Auditorium
de Lyon
149 rue Garibaldi
69003 Lyon
renseignements
04 78 95 95 95
Propos
d'avant concert : 1 heure avant le début de chaque
concert
Concerto
pour piano n° 1, en si bémol mineur, op. 23
Symphonie n° 4, en fa mineur, op. 36
Un
public très nombreux accueillit ce jeudi soir L'ONL
sous la direction du chef polonais Jerzy SEMKOV, pour
dette première soirée Tchaïkovski.
En première partie, nous était proposé
le célèbre concerto pour piano n°1 en
si bémol mineur, op.23. L'ouverture de ce premier
mouvement, allegro non troppo, un des " standards "
du répertoire classique est impressionnante. Une descente
retentissante de quatre notes est répétée
trois fois par les cuivres, suivie du thème interprété
par les cordes et accompagnée par de puissants accords
au piano. Il est à noter que ce magnifique thème
ne réapparaîtra pas de toute l'uvre.
Une accélération brutale du tempo vif et énergique
(allegro con spirito) annonce l'exposition du thème
principal, dérivé, semble-t-il, d'une chanson
traditionnelle ukrainienne. Virtuosités du piano et
brillantes couleurs instrumentales se mêlent. Un second
thème apparaît, interprété par
les bois, puis un troisième, avec des cordes au son
étouffé, au climat rêveur. Il conduit
à une confrontation passionnante entre le piano et
l'orchestre grâce, en particulier, à la maestria
du pianiste Barry DOUGLAS. Puis le thème revient
avec, quand même, l'évocation des premiers et
deuxièmes thèmes, et le piano vient pour faire
retomber la température.
Le second mouvement (andantino semplice) est interprété
dans un tempo médium, dans un style souple, dénué
de floritures ou le jeu des cordes est discret quoique présent.
Le mouvement est introduit par une mélodie douce à
la flute. Au milieu, surgit un passage joué très
rapide (prestissimo), dont l'air est extrait d'une vieille
chanson française : "Il faut s'amuser, danser
et rire". Le piano y fait montre de toute sa virtuosité
enjouée. Puis le soliste ralentit le temps, les notes
semblent tenues en suspension.
Dans Le troisième mouvement, rapide et avec fougue
(allegro con fuoco), dès le début, le piano
introduit des arabesques et un rythme rapide, presque fougueux.
L'orchestre, au complet, reprend le thème avec vigueur.
Puis les cordes introduisent une mélodie romantique.
Le second thème sert de base pour un saisissant crescendo
dans lequel la puissance atteint son apogée.
Jerzy SEMKOV a su diriger cette uvre en faisant ressortir
l'originalité du premier mouvement ou l'équilibre
entre le soliste et l'orchestre est remarquablement maintenue,
et sur l'ensemble de l'uvre, a su accentuer la beauté
sereine des mouvements lents et les rythmes scintillants du
rondo.
Le pianiste Barry DOUGLAS, quant à lui, a bien mérité
la longue ovation dont le public l'a gratifié. Cet
irlandais qui vit désormais à Paris, déjà
médaille d'or à la compétition internationale
de piano Tchaikovski en 1986, apporte à ce concerto
un son élégant dans les mouvements lents, la
percussivité, le contraste et la fougue dans les passages
majestueux, une sonorité somptueuse, une manière
bien à lui de faire écouter les silences comme
partie intégrante de la musique.
En
deuxième partie, c'est à l'écoute de
la 4 ième Symphonie en fa mineur, op.36, auquel
nous étions conviés. En évoquant la 4
ième Symphonie, Tchaïkovski parlait, sans l'orgueil
qui n'était pas sa marque de fabrique, d'une uvre
aboutie. Paradoxe du créateur qui trouve, dans une
des périodes las plus douloureuses de sa vie, moyen
de se transcender. Paradoxe si fréquent pourtant.
Le premier mouvement (andante) débute par le percutant
des cuivres auquel répond le thème introductif,
à la fois pathétique et élégant,
thème dont dépendra l'ensemble de cette symphonie.
Le compositeur veut exprimer ce " fatum, force du
destin qui vous interdit de goûter le bonheur ".
La sonorité du hautbois apaise, les clarinettes reprennent
le thème, aidées par les vrilles des flûtes,
les cors arrivent placides, les cordes reprennent le thème,
chaque pupitre répond à l'autre.
S'en suit une partie au rythme plus lent (moderato), où
le thème est toujours présent : L'orchestre
développe une sérénité propre
au refuge dans le rêve ? Les violons se font alors pianissimo
sur le thème initial. Le premier mouvement s'achève
sur un allegro vivo ou les cuivres réapparaissent cette
fois en demi-teinte.
Le second mouvement, andantino, à la manière
d'une chanson (in modo di canzone), lance le chant très
mélodieux d'abord par la clarinette puis par tout l'orchestre.
Puis à ce thème se superpose un autre thème
dans le registre de la mélancolie. Le hautbois apporte
sa sonorité à la fois grave et douce puis les
flûtes, les bois et l'orchestre tout entier qui, dans
un rythme plus lent, reprennent " la canzone ".
On s'imagine fredonner cet air, après une dure journée,
lorsque la nuit tombe (le jeu des bois, notamment, accentue
cette atmosphère).
Le troisième mouvement, le plus court, démarre
sur un rythme soutenu par les violons en pizzicato (au doigté
sans archer). Le picolo surgit en forte puis les violons en
pizzicato et sur le mode pianissimo, dessinent des arabesques
sur le thème. Violoncelles et contrebasses rejoignent
les violons en pizzicato. Remarquable choix du chef d'orchestre
qui accroît par cela la douceur du rêve. Enfin,
Le quatrième mouvement, final -allegro con fuoco- est
censé marquer le " triomphe " de l'artiste
sur le sort adverse.
L'orchestre donne dans le flamboyant, subitement retenu par
un jeu des bois discret, puis les cors et les percussions
manifestent leur naturelle puissance et pour finir, l'orchestre
revient, apaisé par les sonorités des flûtes.
Les percussions, les cordes puis tout l'orchestre, enfin,
viennent parachever l'exposé dans son pathétique
dans une orchestration que tout mélomane ne peut considérer
que magistrale.
Le
parti qu'a pris Jerzy SEMKOW de doubler quasi systématiquement
les voix pour rééquilibrer les cuivres, le choix
du pizzicato de l'ensemble des cordes sur le troisième
mouvement, évitent, à notre sens, à cette
uvre splendide le " pathos " romantique que
quelques critiques (en mal de notoriété ?) ne
manquent pas de reprocher à certaines interprétations.
Sur l'ensemble de ce concert, quel sens de l'équilibre
et de la musicalité a fait montre ce grand chef, qui
a su glaner au cours de son long parcours aux quatre coins
du monde, à la tête des orchestres les plus prestigieux
!
Quant aux musiciens de l'ONL, ils ont visiblement adhéré
à cette démarche musicale. Ils ont brillé
dans leur ensemble et pour quelques-uns dans les solis. Bravo
à tous. Bref, pour tous les artistes, une soirée
à la mesure du maître de l'école russe.
Philippe Anthonioz
(avril 2002)