concert symphonique
25-27 avril 2002

Orchestre National de Lyon

Direction
Jerzy Semkov
Piano
Barry Douglas

 

Auditorium de Lyon
149 rue Garibaldi
69003 Lyon
renseignements
04 78 95 95 95

Propos d'avant concert : 1 heure avant le début de chaque concert

Concerto pour piano n° 1, en si bémol mineur, op. 23
Symphonie n° 4, en fa mineur, op. 36

Un public très nombreux accueillit ce jeudi soir L'ONL sous la direction du chef polonais Jerzy SEMKOV, pour dette première soirée Tchaïkovski.
En première partie, nous était proposé le célèbre concerto pour piano n°1 en si bémol mineur, op.23. L'ouverture de ce premier mouvement, allegro non troppo, un des " standards " du répertoire classique est impressionnante. Une descente retentissante de quatre notes est répétée trois fois par les cuivres, suivie du thème interprété par les cordes et accompagnée par de puissants accords au piano. Il est à noter que ce magnifique thème ne réapparaîtra pas de toute l'œuvre.
Une accélération brutale du tempo vif et énergique (allegro con spirito) annonce l'exposition du thème principal, dérivé, semble-t-il, d'une chanson traditionnelle ukrainienne. Virtuosités du piano et brillantes couleurs instrumentales se mêlent. Un second thème apparaît, interprété par les bois, puis un troisième, avec des cordes au son étouffé, au climat rêveur. Il conduit à une confrontation passionnante entre le piano et l'orchestre grâce, en particulier, à la maestria du pianiste Barry DOUGLAS. Puis le thème revient avec, quand même, l'évocation des premiers et deuxièmes thèmes, et le piano vient pour faire retomber la température.
Le second mouvement (andantino semplice) est interprété dans un tempo médium, dans un style souple, dénué de floritures ou le jeu des cordes est discret quoique présent. Le mouvement est introduit par une mélodie douce à la flute. Au milieu, surgit un passage joué très rapide (prestissimo), dont l'air est extrait d'une vieille chanson française : "Il faut s'amuser, danser et rire". Le piano y fait montre de toute sa virtuosité enjouée. Puis le soliste ralentit le temps, les notes semblent tenues en suspension.
Dans Le troisième mouvement, rapide et avec fougue (allegro con fuoco), dès le début, le piano introduit des arabesques et un rythme rapide, presque fougueux. L'orchestre, au complet, reprend le thème avec vigueur. Puis les cordes introduisent une mélodie romantique. Le second thème sert de base pour un saisissant crescendo dans lequel la puissance atteint son apogée.
Jerzy SEMKOV a su diriger cette œuvre en faisant ressortir l'originalité du premier mouvement ou l'équilibre entre le soliste et l'orchestre est remarquablement maintenue, et sur l'ensemble de l'œuvre, a su accentuer la beauté sereine des mouvements lents et les rythmes scintillants du rondo.
Le pianiste Barry DOUGLAS, quant à lui, a bien mérité la longue ovation dont le public l'a gratifié. Cet irlandais qui vit désormais à Paris, déjà médaille d'or à la compétition internationale de piano Tchaikovski en 1986, apporte à ce concerto un son élégant dans les mouvements lents, la percussivité, le contraste et la fougue dans les passages majestueux, une sonorité somptueuse, une manière bien à lui de faire écouter les silences comme partie intégrante de la musique.

En deuxième partie, c'est à l'écoute de la 4 ième Symphonie en fa mineur, op.36, auquel nous étions conviés. En évoquant la 4 ième Symphonie, Tchaïkovski parlait, sans l'orgueil qui n'était pas sa marque de fabrique, d'une œuvre aboutie. Paradoxe du créateur qui trouve, dans une des périodes las plus douloureuses de sa vie, moyen de se transcender. Paradoxe si fréquent pourtant.
Le premier mouvement (andante) débute par le percutant des cuivres auquel répond le thème introductif, à la fois pathétique et élégant, thème dont dépendra l'ensemble de cette symphonie. Le compositeur veut exprimer ce " fatum, force du destin qui vous interdit de goûter le bonheur ". La sonorité du hautbois apaise, les clarinettes reprennent le thème, aidées par les vrilles des flûtes, les cors arrivent placides, les cordes reprennent le thème, chaque pupitre répond à l'autre.
S'en suit une partie au rythme plus lent (moderato), où le thème est toujours présent : L'orchestre développe une sérénité propre au refuge dans le rêve ? Les violons se font alors pianissimo sur le thème initial. Le premier mouvement s'achève sur un allegro vivo ou les cuivres réapparaissent cette fois en demi-teinte.
Le second mouvement, andantino, à la manière d'une chanson (in modo di canzone), lance le chant très mélodieux d'abord par la clarinette puis par tout l'orchestre. Puis à ce thème se superpose un autre thème dans le registre de la mélancolie. Le hautbois apporte sa sonorité à la fois grave et douce puis les flûtes, les bois et l'orchestre tout entier qui, dans un rythme plus lent, reprennent " la canzone ". On s'imagine fredonner cet air, après une dure journée, lorsque la nuit tombe (le jeu des bois, notamment, accentue cette atmosphère).
Le troisième mouvement, le plus court, démarre sur un rythme soutenu par les violons en pizzicato (au doigté sans archer). Le picolo surgit en forte puis les violons en pizzicato et sur le mode pianissimo, dessinent des arabesques sur le thème. Violoncelles et contrebasses rejoignent les violons en pizzicato. Remarquable choix du chef d'orchestre qui accroît par cela la douceur du rêve. Enfin, Le quatrième mouvement, final -allegro con fuoco- est censé marquer le " triomphe " de l'artiste sur le sort adverse.
L'orchestre donne dans le flamboyant, subitement retenu par un jeu des bois discret, puis les cors et les percussions manifestent leur naturelle puissance et pour finir, l'orchestre revient, apaisé par les sonorités des flûtes. Les percussions, les cordes puis tout l'orchestre, enfin, viennent parachever l'exposé dans son pathétique dans une orchestration que tout mélomane ne peut considérer que magistrale.

Le parti qu'a pris Jerzy SEMKOW de doubler quasi systématiquement les voix pour rééquilibrer les cuivres, le choix du pizzicato de l'ensemble des cordes sur le troisième mouvement, évitent, à notre sens, à cette œuvre splendide le " pathos " romantique que quelques critiques (en mal de notoriété ?) ne manquent pas de reprocher à certaines interprétations.
Sur l'ensemble de ce concert, quel sens de l'équilibre et de la musicalité a fait montre ce grand chef, qui a su glaner au cours de son long parcours aux quatre coins du monde, à la tête des orchestres les plus prestigieux !
Quant aux musiciens de l'ONL, ils ont visiblement adhéré à cette démarche musicale. Ils ont brillé dans leur ensemble et pour quelques-uns dans les solis. Bravo à tous. Bref, pour tous les artistes, une soirée à la mesure du maître de l'école russe.


Philippe Anthonioz
(avril 2002)


Casse-Noisette

http://membres.lycos.fr/magnier/composit/tchaikow.html

http://www.orchestredeparis.com/orch/bios/semkow.html

http://www.radio-france.fr/chaines/francemusiques/biographies/

http://www.dsso.com/2000-2001%20Achive/barry_douglas.htm