Riven Rock
(Penguin, 1998)
(Edition française : Grasset, 1999)
Poche : novembre 2001

 

Entre histoire et fiction

1908.Héritier du célèbre millionnaire Cyrus McCormick (archétype du self-made man à l'américaine, inventeur de la faucheuse) Stanley McCormick souffre de schizophrénie avancée et d'obsession sexuelle. Un diagnostic qui pousse Hamilton, son psychiatre, à lui prescrire un isolement forcé, loin du monde des affaires et surtout, loin des femmes ; plus particulièrement, loin de sa mère (castratrice, comme de bien entendu ...), de sa soeur Mary-Virginia (l'autre démente du clan) et de sa femme, Katherine Dexter McCormick.
Cette dernière ne renoncera pas et sans répit, croira la guérison possible, en dépit des calomnies des médisants. Car Katherine Dexter n'est pas une simple bourgeoise attachée à son mari, et c'est bien le portrait de cette femme que l'auteur esquisse, tout au long du roman : suffragette, diplômée en sciences (plutôt atypique pour l'époque), ses combats furent multiples (droit à la contraception, planning familial ...). Mue par un amour improbable et l'argent aidant, elle fait installer son mari dans une cage dorée californienne, merveilleuse résidence, Riven Rock ; nommée ainsi pour un arbre qui a su, par un caprice de la nature, pousser dans la fente d'un rocher ... Symbole révélateur pour Stanley, obsédé par le sexe de la femme, source d'adoration et de haine.

TC Boyle a su adapter un pan de l'histoire américaine plutôt riche en bouleversements et conflits : A travers l'histoire de S. McCormick, c'est la cause des femmes qui sert de toile de fond au roman, entre puritanisme castrateur et féminisme combatif : les hommes y sont décrits comme de grands enfants pour qui l'autre moitié de l'humanité demeure incompréhensible. C'est en particulier le cas de O'Kane, le fidèle infirmier du millionnaire, dont les déboires avec les femmes illustrent ce point à la perfection, et dont on suit le parcours, chaotique.
La psychanalyse est balbutiante et ses représentants (tous des hommes ...) se succèdent à Riven Rock, scientifiques ou grotesques charlatans, mais aucun ne semble parvenir à soulager le "pauvre Stanley", entre états catatoniques et accès violents. On regrettera que l'aspect purement psychiatrique soit souvent écarté, mais la richesse des thèmes et des sentiments compense largement ce manque. On appréciera aussi une structure narrative plutôt retorse et ingénieuse, qui alterne époques, points de vue et protagonistes. Un roman fascinant, une "vraie histoire" comme savent encore en raconter les écrivains américains...

Blandine Longre

du même auteur The Inner Circle (Bloomsbury, 2005)

Pages dédiées à l'auteur
http://www.english.schule.de/boyle/boyleaut.htm
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Katherine Dexter Mc Cornick
http://www.pinn.net/~sunshine/15women.html

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