|
NING Ying est
une cinéaste chinoise à peu près inconnue en
France. Pourtant, Un Taxi à Pékin est
son quatrième long métrage. Formée en Chine
puis en Italie (assistante de Bertolucci), elle a pour habitude
de filmer les folles mutations de sa ville natale et de ses myriades
d'habitants.
Un Taxi à Pékin s'ouvre d'ailleurs sur
une plongée sur la fourmilière pékinoise, saturée
d'automobiles, de bus, de cyclistes et de piétons. Au milieu
de la fournaise, Dezi conduit ses clients (et le spectateur) vers
d'improbables destinations : boîtes de nuit, tours de béton
gigantesques, terrains vagues, etc.
Son récent divorce l'entraîne à errer aussi
parmi les corps féminins (tous forts séduisants) et
les histoires d'amour sans lendemain.
Errances urbaine et amoureuse. Errances du montage et du scénario
aussi: le film ne propose aucun fil dramatique ni continuité.
Il y a même dans la manière de filmer de NING Ying
une grande désinvolture : libre au spectateur de reconstruire
les séquences, d'imaginer une cohérence, d'aimer telle
scène plutôt que telle autre... La cinéaste
donne à voir, fait diverses propositions, expérimente
différentes formes.
 |
Nous
parcourons pendant 80 minutes un réseau sans raccord
ni centre. L'onirisme d'une rencontre, la violence de bandes
mafieuses, l'intimité du couple ou l'anonymat des foules,
jardins ancestraux ou buildings "macdonaldisés",
quartiers lépreux ou boîtes luxueuses, sont autant
de plans ou de séquences juxtaposés.
Pékin est une ville "post-moderne" où
le béton recouvre les temples d'autrefois, où
le cycliste croise l'homme d'affaire, où le capitalisme
naissant côtoie la misère la plus noire
C'est un "immense bordel" où l'on entrevoit
des formes de liberté en germe, des signes funestes ou
encore quelques lignes de fuite. Le spectateur se perd avec
joie dans ce beau film désinvolte. |
Jean-Emmanuel
Denave
(janvier 2002)

http://www.france.diplomatie.fr/culture/france/cinema
http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne_gen_cpersonne=24916.html
|