| 
Gros-lapin
R. Badescu et D. Durand, Naïve
Gros-lapin
a du chagrin, Gros-lapin a un gros problème qui le
suit partout, partout, même dans la télé,
sous la forme d’un monstre gris sombre. Gros-lapin déprime
sec, en gros. Et personne ne s’intéresse à
ce gros gros gros… euh… ennui. Lui. Sauf que,
bien sûr, ça va bien se terminer. Allez, viens
dans mes bras, mon lapin. |
Chroniques
d’une Vieille Taupe
Ça
y est, vous êtes en train de vous dire, mais qu’est-ce
qu’une vieille taupe vient faire là ?
C’est que… voilà, depuis mon grand chez-moi,
j’ai entendu parler d’une crotte mal placée,
et qu’on en faisait toute une histoire, images à
l’appui, un livre, un livre sans nous consulter, nous
les taupes. On vit enterrées, mais on n’est pas
mortes, hein, pas encore. J’en ai parlé à
Bernard, Bernard la taupe, Bernard de mon cœur, bla bla
bla la crotte, bla bla bla la taupe, la crotte la taupe, la
taupe la crotte, la crotte la taupe, il a trouvé ça
scandaleux, mon cœur, et il m’a donné un
conseil de vieille taupe :
- Monique, fais gaffe, j’ai connu une taupe qui s’est
fait écraser par une tonne de livres, une fois.
Une tonne de livres, ça fait combien de kilos ça
?
Mais
moi j’ai peur de rien. Je me suis dit :
« Monique, faut que t’y ailles voir un coup de
bigle.»
J’ai chaussé mes lunettes, parce que sans, j’y
vois que terre, et j’ai emprunté le couloir qui
mène au tunnel qui mène à l’escalier
qui mène au trottoir qui mène au plan et puis
je suis redescendue avec, et puis j’ai élaboré
mon plan perso et puis je suis remontée et j’ai
atterri pile poil dans la maison des livres.
LIT
PRAIRIE, y’avait écrit en gros. Eh !
je suis myope mais je sais lire, attention !
« En deux minutes, ce sera plié, je retourne
me pieuter dans un vrai lit. Avec Bernard peut-être.»
Pas folle la Monique.
Pas
folle la Monique. Euh… pas très au courant non
plus.
Oh
là là ! Y’en avait de ces tas ! Pire que
mes mottes de terre lorsque je creuse. Des piles de livres
de toutes les tailles de toutes les couleurs et partout n’importe
où sur tout, sur des tables, sur des étagères,
par terre, un véritable enfer. Où est-ce que
j’allais trouver une taupe là-dedans ?
J’allais tout de même pas tout lire !
Alors, faut pas m’en vouloir, hein, je les ai pas ouverts,
enfin qu’à moitié, pas le temps ! J’ai
juste regardé le devant et puis un petit peu dedans.
J’ai commencé par les gros livres avec beaucoup
d’images, les images quand on est presque aveugle ça
se voit de loin, et mieux que les lettres, et je sais encore
faire la différence entre un animal et un être
humain, entre un lapin, une taupe et un chien. Les lapins,
justement, y’en avait plein, c’est comme nous
ça, ça se reproduit à une vitesse ! Mais
y’en a que deux qui m’ont parlé.
Un gros lapin orange assis, joli. Pas l’air très
fute-fute, hein ! Mais bon, c’est pas si grave, y’a
Monique… je l’ai serré dans mes bras et
je l’ai reposé. Gros-lapin
a eu un gros-câlin.
Un autre faisait face à une hyène, et tous les
deux, ils discutaient de la chose la plus douloureuse
du monde. Moi, j’ai ma petite idée
sur la question. J’aurais bien mis mon grain de sel
dedans, mais pas le temps…
En
parlant de grains, j’ai vu trois antilopes à
table avec des serviettes nouées autour du cou et je
me suis demandé ce qu’elles faisaient là
et si elles mangeaient correctement et d’ailleurs quel
était le menu, hein ! hein ! Des contes
pour enfants pas sages… ah ! Mais alors
alors, ce livre, juste à côté, qui annonce
que les humains, ils sont polis, si polis et tout
et tout… Mouais, ça sent l’arnaque
à plein nez, ça, faudrait demander au lièvre
et à la hyène, ce qu’ils en pensent.
- C’est que des mensonges ! a vociféré
le lièvre.
Je ne savais plus trop bien, pour les humains. Je me suis
arrêtée un peu plus loin, devant un chien blanc,
tout en papier. Il était enchaîné,
triste à en pleurer. J’ai voulu le détacher
du livre, le libérer, mais je n’ai pas réussi…
Je me suis dit :
« Monique, les humains, ils sont encore plus féroces
que les fauves ! Et peut-être bien plus bêtes
que les bêêêtes
! Qui sait ? »
En tout cas, sur un autre livre, y’avait un homme en
tenue de chasseur et un mouton en tenue de mouton. Moi, je
n’ai pas hésité. J’ai parié
sur le mouton. Parce qu’il n’y avait pas de taupe,
sinon, j’aurais tout misé dessus, bien entendu.
Nan mais !
Et
puis j’ai voulu continuer mon petit tour, mais j’ai
entendu un cri, un cri qui venait du tunnel. Les tunnels ça
porte bien les cris. Alors y’a le cri qui crie :
- Monique, qu’est-ce tu fiches ?
Houps ! c’était Bernard. Bernard la taupe. Bernard
de mon cœur. Je me suis encore dit :
« Monique, si tu te fais surprendre avec un livre, ça
va l’inquiéter, Bernard. À cause de l’histoire
de la taupe écrasée. »
-
Monique ? Monique, t’es où ?
- En haut.
- Sur terre ?
- Ben oui, où que c’est que j’irais autre
part ?
- Bon, bon. Tu viens ?
- J’arrive, j’arrive. Voilà.
- Alors, ce mystère de la crotte ?
- J’enquête, j’enquête…
- En tout cas, si tu la trouves, ne la ramène pas chez
moi, hein !
Bien
bien. Je me suis promis que j’y retournerais. Foi de
vieille taupe, je la retrouverai !
Et je la vengerai.
Monique
(octobre 2007) |