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Caveau
de famille
C’est
dans un palais de pierre glaciale que le faux dévot Tartuffe
(Clément Bresson) revient hanter et ronger la maison d’Orgon,
son admirateur aussi faible que pieux (joué par Claude Duparfait,
très drôle), dans la mise en scène plutôt
audacieuse de Stéphane Braunschweig, ouvrant la saison de
l’Odéon d’Olivier Py non sans un brin d’ironie.
Froid et verbeux, tendancieusement vicieux et acidement comique,
le spectacle se tient tout d’une pièce, et décompose
la descente aux enfers d’un riche père perdu, sombrant
dans le caveau de la fausseté morale. On rit, bien sûr,
mais Tartuffe reste ici de marbre, beau diable fascinant, rôdant
silencieusement dans un mélodrame bourgeois qui ne l’atteint
pas. Incarnation cynique des bassesses et des crédulités
d’une aristocratie catholique chabrolienne, où même
la jeunesse est moralement bien mal lotie, Tartuffe assiste avec
un sang-froid permanent aux plates velléités religieuses
et amoureuses de la riche maison dont il entraîne la décadence.
Les pâles lueurs tournantes du ciel s’éloignent,
tandis que la demeure, toute de pierre et de luxe, s’affaisse
dans une vulgarité sèche, barrée d’une
croix malsaine.
Peu d’idées
toutefois, hormis cet affaissement bien mené, peu de mouvement,
peu d’action. La place est dégagée pour la lettre
aux dépens de l’esprit, sans doute plus bouffon ; et
la lettre méticuleusement soupesée par la troupe ne
traverse pas sans une certaine lenteur les débats soulignés.
Finesse et ironie se retrouvent à faire le jeu d’un
manichéisme aride, et Molière semble en perdre la
voix : ci-gît l’audace du spectacle, pourtant louable,
et le public, confronté à ces affaires de famille
piquantes et distantes, pourrait de loin en loin regretter la chaleureuse
sympathie dont on aime d’ordinaire à caricaturer la
langue de Molière.
Nicolas
Cavaillès
(septembre 2008)

http://www.theatre-odeon.fr/
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