Tartuffe
De Molière
Mise en scène de Stéphane Braunschweig
Théâtre de l’Odéon, Paris
Du 17 septembre au 25 octobre 2008, et en tournée

 

 

 

Caveau de famille

C’est dans un palais de pierre glaciale que le faux dévot Tartuffe (Clément Bresson) revient hanter et ronger la maison d’Orgon, son admirateur aussi faible que pieux (joué par Claude Duparfait, très drôle), dans la mise en scène plutôt audacieuse de Stéphane Braunschweig, ouvrant la saison de l’Odéon d’Olivier Py non sans un brin d’ironie. Froid et verbeux, tendancieusement vicieux et acidement comique, le spectacle se tient tout d’une pièce, et décompose la descente aux enfers d’un riche père perdu, sombrant dans le caveau de la fausseté morale. On rit, bien sûr, mais Tartuffe reste ici de marbre, beau diable fascinant, rôdant silencieusement dans un mélodrame bourgeois qui ne l’atteint pas. Incarnation cynique des bassesses et des crédulités d’une aristocratie catholique chabrolienne, où même la jeunesse est moralement bien mal lotie, Tartuffe assiste avec un sang-froid permanent aux plates velléités religieuses et amoureuses de la riche maison dont il entraîne la décadence. Les pâles lueurs tournantes du ciel s’éloignent, tandis que la demeure, toute de pierre et de luxe, s’affaisse dans une vulgarité sèche, barrée d’une croix malsaine.

Peu d’idées toutefois, hormis cet affaissement bien mené, peu de mouvement, peu d’action. La place est dégagée pour la lettre aux dépens de l’esprit, sans doute plus bouffon ; et la lettre méticuleusement soupesée par la troupe ne traverse pas sans une certaine lenteur les débats soulignés. Finesse et ironie se retrouvent à faire le jeu d’un manichéisme aride, et Molière semble en perdre la voix : ci-gît l’audace du spectacle, pourtant louable, et le public, confronté à ces affaires de famille piquantes et distantes, pourrait de loin en loin regretter la chaleureuse sympathie dont on aime d’ordinaire à caricaturer la langue de Molière.

Nicolas Cavaillès
(septembre 2008)

http://www.theatre-odeon.fr/