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Né il
y aura cent ans le 1er novembre prochain, mort en 1995, Jean Tardieu
est un auteur aux multiples talents et aux multiples facettes. Homme
de radio (à la Libération, après sa participation
à la vie littéraire de la Résistance, il eut
des responsabilités importantes à la Radiodiffusion
française), poète lyrique (Le fleuve caché,
La part de l’ombre…), il est surtout connu (pas
assez) pour son théâtre, composé de ces irrésistibles
petites comédies que l’on trouve par exemple dans Théâtre
de chambre ou Poèmes à jouer.
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La
publication du Professeur Froeppel
dans la collection « L’imaginaire » est une
heureuse initiative des éditions Gallimard. Elle contribuera
sans doute à faire mieux connaître ce personnage
étrange, sorte de double de l’auteur tout droit
sorti de son imagination mais tout à fait représentatif
de la diversité de son écriture. Comme ailleurs
dans l’œuvre de Tardieu, tout repose ici sur le langage
et ses articulations. Langage des mots en premier lieu, que
ce soit les « infra-langages » dont le Professeur
Froeppel s’est fait une spécialité (témoin
l’«ébauche de dictionnaire » dont il
est l’auteur, Les mots sauvages de la langue française,
ainsi que les «Dernières notes du journal intime»),
une «langue nouvelle, bizarre et totalement incompréhensible»
qui va l’inciter à composer le «Dictionnaire
de la Signification universelle», ou encore l’exploration
du langage des végétaux qui va provoquer sa mort.
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Langage des
mots encore, assorti de ses ambiguïtés, de ses impuissances
et de ses blancs, dans la Comédie du langage, où
on lit et relit avec délectation les courtes pièces
que sont les inénarrables Un mot pour un autre et
Les mots inutiles, l’émouvant Finissez vos
phrases ! et l’énigmatique De quoi s’agit-il
?. Au-delà et par le truchement des mots, nous ne sommes
jamais loin de la musique chère à Tardieu, et des
poèmes comme « Les Zii », « Pan ! Pan
! » ou « Le tombeau du professeur »
jouent sur les sonorités au moins autant que sur le sémantisme
du langage verbal. Langage des chiffres dans les Œuvres
pédagogiques, où les biographies de quelques
hommes célèbres sont « mises en vers et
en chiffres » et où le génial professeur
n’hésite pas à poser quelques « petits
problèmes » cruciaux comme « Quel est
le plus long chemin d’un point à un autre ? ».
Langage des formes enfin, formes minimales et d’un esthétisme
parfaitement épuré dans L’œuvre plastique
du professeur Froeppel qui offre « Dix variations sur
une ligne ».
L’unité
de l’ouvrage, sous l’apparent éclectisme du volume,
est celle qui est inhérente à l’homme et à
l’expression de ses préoccupations, expression qui
passe toujours par un système de signes reposant sur les
mots, les sons, les silences, les formes, les gestes, et qui est
le fondement de tout langage artistique. On a donc affaire à
un livre fort sérieux, à une œuvre d’art,
mais le sérieux et l’art se déchiffrent ici
avec le sourire, voire les éclats de rire, bref avec le plaisir
qui pousserait le commentateur à tout citer, ce qu’évidemment
il se gardera de faire ici, se bornant à reproduire l’ultime
phrase du Professeur Froeppel : « Tout commentaire est
inutile ».
Jean-Pierre
Longre
(août 2003)
Jean-Pierre
Longre,
enseignant en littérature du XXème siècle à
l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse
sur Raymond Queneau,
de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains
et sur la comparaison des langages littéraire et musical.
Il a participé à l'édition des romans de Queneau
dans la "Pléiade", et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

http://www.gallimard.fr
http://www.orage-lagune-express.com/jt.htm
http://www.koikadit.net/JTardieu/jtardieu.html
http://www.chantiers.org/tardieu.htm
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