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La cinquième
aventure de Tara Duncan se déroule à bride abattue,
d’un continent à l’autre et l’héroïne
doit, encore une fois, sauver le monde, toujours avec l’aide
de ses amis (elfe, nain, humains, etc.).
On retrouve dans cette série tous les éléments
qui ont marqué la fantaisy depuis Harry Potter et,
plus largement, la littérature populaire de série
pour les jeunes : sorts, pouvoirs extraordinaires d’un héros
d’exception ; quête des parents et d’une origine
cachée, recherche d’objets maléfiques ; enquête
menée par un groupe de copains, jeunes et fidèles
jusqu’à la mort, et tellement plus malins que les adultes
; histoires d’amour (chastes, la « morale » est
bien sauvée ici en apparence) et d’amitié, présence
d’un animal (les « Familiers » sont une version
assez plate et anecdotique des daemons de Pullman), etc.
Peu de descriptions (on dit que les ados détestent), d’où
un univers beaucoup moins soigné et précis que dans
le premier volume (l’auteur s’est-elle lassée,
va-t-elle vers plus de facilité, ou bien cela résulte-t-il
d’une impossibilité de sa part après un certain
nombre de volumes ?) ; peu de dialogues, une psychologie très
sommaire, des personnages faire-valoir. On est dans la fantasy
prise dans le rayon des gadgets et des accessoires. La veine mythique
(l’héroïne ne s’appelle pas Tara pour rien
et de nombreux noms et mots sont imités du gaëlique
; Duncan est le nom du roi assassiné par Macbeth) tout comme
la veine Lewis-Carrollienne, perceptibles dans le premier volume
qui mêlait absurde et gravité (belle idée de
l’ancêtre transformé en chien stupide) se sont
émoussés. Elles ont laissé place ici à
de nombreux traits de dérision plus directe et nettement
moins sophistiquée. Les jeux de mots et plaisanteries (pas
toujours très raffinées) et les clins d’œil
au lecteur donnent à ce livre le mérite de ne pas
se prendre au sérieux et le rapprochent de son lecteur :
les jeunes héros y parlent d’ailleurs souvent son langage.
Cela plaira sans doute aux ados – quoique cela reste à
vérifier. Le lecteur adulte, lui, peut en être passablement
agacé et se dire à quoi bon aller sur un autre monde
et inventer d’autres univers, si c’est pour que les
personnages y parlent un langage aussi pauvre ? Mais en contrepartie,
un peu d’humour dans ce genre qui a parfois tendance à
se prendre trop au sérieux est salutaire.
Il y a de l’action, des rebondissements permanents tout au
long du livre et quelques belles idées à partir de
la deuxième moitié. Dans la première moitié,
Tara a perdu ses pouvoirs. Ce pourrait être une situation
intéressante : comment faire sans ? Mais en fait elle en
a un peu, et puis elle les retrouve – ce qui permet au passage
de récupérer les amis dispersés et d’assister
à l’horrible supplice subi par Robin. Soit. Les choses
deviennent plus intéressantes au moment où la fine
équipe parvient à entrer dans le continent interdit
et à s’y faire très vite capturer : moins d’action
(forcément), davantage d’invention. Ce n’est
plus cette fois directement l’odieux Magister que Tara combat,
mais à travers lui la terrible reine rouge (encore Carroll,
sans doute) des dragons fous. En effet, ce continent mystérieux
dont l’accès est interdit et fermé par une barrière
invisible contrôlée par les dragons (alliés
habituellement aux humains, bien sûr, pour ceux qui n’auraient
pas mis le pied dans l’univers de L’AutreMonde), est
leur gigantesque asile de fous.
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Des
humains y sont mis en esclavage (Gulliver, la planète
des singes…) et subissent des modifications génétiques
qui les transforment en loup-garous à volonté.
La peinture de cet univers donne au livre un intérêt
qui lui manquait quelque peu jusque là et les événements
qui s’y déroulent déclinent diverses formes
d’asservissement et de perversion intéressante
(belles scènes de jeux du cirque). La stratégie
qui se dévoile alors, tant du côté de
la reine que du côté de Magister (qui, comme
les Olrik ou Rastapopoulos des anciennes BD, est toujours
derrière tout ce qui se trame de « Mal »)
replace l’action dans l’ensemble de la série
et lui donne davantage de relief.
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
(novembre 2007)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

Simultanément,
ont paru les deux premiers volumes en format poche, Les
Sortceliers et Le livre interdit.
http://www.taraduncan.com/
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