Quartier lointain
Tome 2 (Casterman, 2003)

Titre original : Harukana Machi-e
Traduction : Kaoru Sekizumi et Frédéric Boilet
Adaptation graphique : Frédéric Boilet

Tome 1
(Casterman, 2002)

 

du même auteur : L'Orme du Caucase (Casterman, 2004)

 

Chacun sa vérité

Souvenez-vous du premier tome de Quartier Lointain (Prix Alph’Art du meilleur scénario au festival d’Angoulême 2003) : Hiroshi, père de famille de 48 ans, revivait son adolescence et essayait de comprendre pourquoi son père, apparemment heureux, avait un beau jour brusquement disparu. Ce second volume dans les mains, les questions reviennent en rafales : Hiroshi va-t-il découvrir le secret de son père et l’empêcher de quitter sa famille ? Pourra-t-il retourner à l’âge adulte et rejoindre sa femme et ses filles ?

Si le jeune Hiroshi occupe toujours une place prépondérante dans ce tome, un autre personnage est également omniprésent : son père, Yoshio, qui est appelé à disparaître dans quelques mois. Hiroshi essaye de recueillir le plus d’informations possibles sur lui, comme la façon dont se sont nouées ses relations avec sa mère alors que Yoshio lui ramenait les cendres de son mari mort à la guerre. Hiroshi se décide même à prendre son père en filature alors que celui-ci va visiter des clients dans la ville voisine, il pense alors lui découvrir une maîtresse, mais Yoshio se rend simplement au chevet d’une amie d’enfance, très gravement malade et qui vit dans l’isolement.
Le jour de la disparition du père arrive, Hiroshi n’a plus d’autre recours que de l’attendre à la gare, dernier endroit où Yoshio a été vu 34 ans plus tôt. Le jeune home tente de le retenir ; Yoshio lui donne alors « sa vérité » et lui explique qu’il n’a pas vraiment choisi l’existence heureuse mais pourtant insatisfaisante qui est la sienne. Cette confrontation va amener Hiroshi à réfléchir sur sa propre vie d’adulte.

Malgré une vive envie de connaître la suite des aventures d’Hiroshi, c’est avec une certaine appréhension que l’on ouvre ce deuxième tome de Quartier Lointain, peut-être par peur d’être déçu par une fin bâclée ou trop classique ? Rassurons-nous, Jirô Taniguchi a su éviter tous les écueils avec élégance. Si le précédent volume traitait surtout du bonheur de pouvoir revivre sa propre adolescence avec une maturité d’adulte – ce qui est toujours le cas ici avec l’ébauche des amours d’Hiroshi avec la délicieuse Tomoko – le tome 2 décrit davantage les tourments de la vie des adultes et la difficulté de faire certains choix au bon moment. Une fois de plus, on ne peut qu’être admiratif devant la finesse des dessins du maître japonais – les visages féminins sont d’une exquise délicatesse -. Ce manga est un véritable chef d’œuvre !

Anne Weber
(septembre 2003)

 

Quartier Lointain - Tome 1
Prix Alph’Art du meilleur scénario, Angoulême 2003

De retour d’une réunion à Kyoto (qui lui a donné l’occasion d’une soirée bien arrosée), Hiroshi, un cadre de 48 ans, se trompe de train et se retrouve en partance pour sa ville natale. Avant de repartir pour Tokyo, il décide d’aller se recueillir sur la tombe de sa mère, morte il y a une vingtaine d’années ; c’est le moment pour lui de se souvenir de son enfance et en particulier de la disparition subite de son père, parti un beau jour sans laisser de traces. Après un léger assoupissement, Hiroshi se réveille plus léger : il est redevenu un collégien de 14 ans.
D’abord persuadé d’être plongé dans un cauchemar, Hiroshi revit donc son adolescence mais avec quelques différences : il a gardé une maturité d’adulte qui l’aide dans ses études et lui donne une vision plus agréable de ces années qui lui avaient d’abord parues ingrates tandis que sa connaissance des événements futurs va lui permettre d’influer sur ces derniers. Il aura désormais un seul but : comprendre pourquoi son père est parti et faire en sorte que dans cette nouvelle vie, cela ne se reproduise pas.

Ce premier tome de la dernière trilogie de Jirô Taniguchi publiée en France (à lire également Le journal de mon père aux Editions Casterman) est un véritable chef-d’œuvre, d’une part pour les dessins qui sont d’une grande finesse mais aussi parce que l’auteur sait admirablement retracer les tourments de cet homme qui revit son passé. Les adolescents sont dépeints de manière subtile : premières amours, rivalités ou amitiés masculines sont des épisodes savoureux de ce livre à suspense.

Comment Hiroshi est-il revenu en arrière, on ne le saura pas ici (et sans doute jamais), simple hallucination due à l’alcool (on apprend par sa femme et ses filles, apparaissant parfois quand il s’endort, qu’il en a une consommation plus que régulière) ? Sortilège pour remonter le cours du temps ? La vie peu exaltante d’Hiroshi, partagée entre un travail envahissant et des proches qui semblent peu l’apprécier, imposait de toutes façons ce moment d’introspection qui lui permettra peut-être de surmonter les blessures du passé pour s’épanouir dans le présent.
Reviendra-t-il avec sa femme, parviendra-t-il à découvrir le secret de son père et à l’empêcher de partir ? On attend la suite avec impatience !

Anne Weber
(janvier 2003)

Jiro Taniguchi est né en 1947 à Tottori. Il débute dans la BD en 1970 avec Un été desséché. De 1976 à 1979, il publie avec le scénariste Natsuo Sekigawa plusieurs BD hard-boiled, dont Ville sans défense, Le vent d'ouest est blanc et Lindo 3. Influencé par la BD européenne - celle de Moebius, Bilal ou Crespin - il dessine en collaboration avec un autre scénariste et retrouve Sekigawa de 1985 à 1991 pour L'Epoque de Soseki, en trois volumes. C'est aussi pendant cette période qu'il attaque la BD en solitaire avec, entre autres, L'homme qui marche, publié par Casterman en 1995, Le chien Blanco (2 volumes) et Le Journal de mon père, en trois tomes (1999-2000)


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