Repli
vers l'intime
Emily est une
jeune fille indécise et désœuvrée, qui
ne sait quel tournant doit prendre sa vie adulte. L'été
que dure cette histoire est un temps d'introspection, une pause
avant d'aller à l'université ; un temps de découvertes
aussi, intimes et familiales. Elle rencontre Tom, un garçon
oisif, qui offre au monde une façade de libertin, arrogant
et extrême en tout. Ensemble, ils font presque chaque soir
la tournée des bars, des restaurants et des soirées
où ils retrouvent les amis de Tom, aussi superficiels et
velléitaires que lui, semble-t-il. Mais quand Emily rencontre
Simon, le cousin de Tom, un jeune homme dont la bonté et
la délicatesse semblent presque surnaturelles, son sentiment
de solitude s'accentue : elle n'aime pas vraiment Tom, ni ces nuits
vides qui ne peuvent la satisfaire.
Dans le même
temps, Emily tente de se réconcilier avec le passé
de sa famille qui, de l'extérieur, donne l'impression d'être
soudée ; l'occasion pour elle de se souvenir des frasques
de son père, de la bigoterie et de l'incompréhensible
soumission de sa mère. Sa difficulté à s'inscrire
dans ce nœud familial emplit le roman d'un sentiment indéfinissable
de déliquescence et la jeune fille s'interroge sur sa place
dans cet univers confiné, étouffant, dont la stabilité
n'est qu'illusion. L'histoire d'Emily, aux prises avec l'hypocrisie
du monde adulte, se pare de nombreux éléments tragiques
: l'amour impossible, la duperie et la trahison, la jalousie et
la vengeance, terreur et compassion. Mais par-dessus tout, la narratrice
prend conscience de la grande solitude qui habite chaque être
et de l'isolement, qu'elle cultive : "J'ai toujours été
secrète, car quand les gens savent ce qui est important pour
vous, tout est gâché.", comme si elle craignait
de livrer son intimité en pâture ; et plus loin : "J'ai
juste un talent pour la solitude", une qualité
incarnée par cette pièce vide où chaque nuit,
elle et Simon se retrouvent, à l'insu de tous ; le temps
se dilate alors, entre les heures dans cette chambre et les journées
d'attente.
| L'intrigue
de ce premier roman est assurément très banale
mais tout réside ici dans l'art de raconter. Chaque
détail est comme magnifié par le prisme de la
conscience d'Emily, et chaque pensée paraît comme
finement ciselée ; l'écriture se fait incisive,
la perception des choses et des êtres se fait plus limpide
et les moindres petites choses prennent une ampleur qui influe
sur l'atmosphère du drame, latent. On repense à
deux autres "premiers" romans, dans lesquels tout
se joue aussi minutieusement, Twelve
de Vanessa Jones et If
nobody speaks of remarkable things de Jon
McGregor : un retour à l'intime marqué par une
myriade de minuscules épiphanies ; The
empty room est ainsi un beau roman d'apprentissage,
une quête douloureuse mais loin d'être vide de
sens...
B.
Longre
(octobre 2003)
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voir aussi :
Exposure (Virago,
2005)
http://www.virago.co.uk
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