An Empty Room
Virago, 2003

 

Repli vers l'intime

Emily est une jeune fille indécise et désœuvrée, qui ne sait quel tournant doit prendre sa vie adulte. L'été que dure cette histoire est un temps d'introspection, une pause avant d'aller à l'université ; un temps de découvertes aussi, intimes et familiales. Elle rencontre Tom, un garçon oisif, qui offre au monde une façade de libertin, arrogant et extrême en tout. Ensemble, ils font presque chaque soir la tournée des bars, des restaurants et des soirées où ils retrouvent les amis de Tom, aussi superficiels et velléitaires que lui, semble-t-il. Mais quand Emily rencontre Simon, le cousin de Tom, un jeune homme dont la bonté et la délicatesse semblent presque surnaturelles, son sentiment de solitude s'accentue : elle n'aime pas vraiment Tom, ni ces nuits vides qui ne peuvent la satisfaire.

Dans le même temps, Emily tente de se réconcilier avec le passé de sa famille qui, de l'extérieur, donne l'impression d'être soudée ; l'occasion pour elle de se souvenir des frasques de son père, de la bigoterie et de l'incompréhensible soumission de sa mère. Sa difficulté à s'inscrire dans ce nœud familial emplit le roman d'un sentiment indéfinissable de déliquescence et la jeune fille s'interroge sur sa place dans cet univers confiné, étouffant, dont la stabilité n'est qu'illusion. L'histoire d'Emily, aux prises avec l'hypocrisie du monde adulte, se pare de nombreux éléments tragiques : l'amour impossible, la duperie et la trahison, la jalousie et la vengeance, terreur et compassion. Mais par-dessus tout, la narratrice prend conscience de la grande solitude qui habite chaque être et de l'isolement, qu'elle cultive : "J'ai toujours été secrète, car quand les gens savent ce qui est important pour vous, tout est gâché.", comme si elle craignait de livrer son intimité en pâture ; et plus loin : "J'ai juste un talent pour la solitude", une qualité incarnée par cette pièce vide où chaque nuit, elle et Simon se retrouvent, à l'insu de tous ; le temps se dilate alors, entre les heures dans cette chambre et les journées d'attente.

L'intrigue de ce premier roman est assurément très banale mais tout réside ici dans l'art de raconter. Chaque détail est comme magnifié par le prisme de la conscience d'Emily, et chaque pensée paraît comme finement ciselée ; l'écriture se fait incisive, la perception des choses et des êtres se fait plus limpide et les moindres petites choses prennent une ampleur qui influe sur l'atmosphère du drame, latent. On repense à deux autres "premiers" romans, dans lesquels tout se joue aussi minutieusement, Twelve de Vanessa Jones et If nobody speaks of remarkable things de Jon McGregor : un retour à l'intime marqué par une myriade de minuscules épiphanies ; The empty room est ainsi un beau roman d'apprentissage, une quête douloureuse mais loin d'être vide de sens...

B. Longre
(octobre 2003)

voir aussi : Exposure (Virago, 2005)

http://www.virago.co.uk