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Epopée bureaucratique
Samedi, dimanche,
lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche, lundi
: dix jours seulement pour obtenir le renouvellement de son passeport
à Téhéran. Tel est l’exploit que doit
accomplir la narratrice, née à Téhéran
qu’elle connaît donc très bien, où elle
a de la famille et de nombreux amis. Elle vit désormais à
Paris, mariée à un écrivain et scénariste
célèbre, et elle doit rentrer au plus vite avec sa
fille, Kiara, âgée de trois ans. Elle raconte au jour
le jour ses aventures épiques, complexes et parfois dangereuses
qui devront au bout du compte lui procurer le précieux document.
Elle entraîne les lecteurs dans son sillage, aux prises avec
les dédales de l’administration iranienne et des lois
islamiques, dont la logique échappe bien souvent !
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Nahal
Tajadod est née en Iran. Elle descend d’une
famille liée à l’histoire de son pays.
Elle vient vivre à Paris en 1977, étudie le
chinois et travaille sur les relations entre l’Iran
et la Chine. Elle a publié en 2005 Roumi
le brûlé, une biographie romancée
du grand poète persan. |
La
première épreuve consiste à se faire faire
des photos d’identité. Pour cela elle se rend chez
deux photographes de son quartier, spécialistes du portrait
islamique. « Pas de cheveux apparents sous le foulard,
pas de maquillage visible, pas de sourire. Il faut, en somme,
offrir le portrait d’une femme qui regarde directement
l’objectif de l’appareil mais qui n’a pas,
dans le quotidien de sa vie, l’autorisation de fixer les
yeux de son interlocuteur lorsque celui-ci est un homme.
» Elle doit donc devenir une vraie femme islamique pour
quelques instants, cachant sous ses vêtements austères
le contour de son corps bien sûr, ses cheveux aussi, considérés
comme un attribut érotique très fort, et tout
ce qui pourrait attirer le regard des hommes.
« L’apparence de la femme islamique a été
soigneusement étudiée. Elle a un sens : le voile
qui recouvre sa tête représente le sang des martyrs
versé au cours de la guerre Iran-Irak – plus d’un
million de morts du côté iranien -, et les boutons
de son col, qui serrent son gosier et l’étouffent
un peu, sont une allusion à l’honneur sain et sauf
de son époux ou de son frère, pour la bonne raison
que ces boutons empêchent d’apercevoir sa chair
de femme. » Pour échapper ensuite à
la deuxième épreuve qui consiste à faire
la queue une bonne quinzaine d’heures à la porte
du bureau des passeports, la narratrice utilise les services
d’un médecin légiste, ami des deux photographes,
qui connaît des gens hauts placés dans l’administration.
Elle découvre, abasourdie, que le dit médecin
légiste se livre à un lucratif trafic d’organes
et que, malheureusement pour elle, son influence n’est
pas aussi importante qu’il le prétend ! |
C’est
donc un parcours coloré et très vivant dans la mégalopole
qu’est devenue Téhéran que nous raconte Nahal
Tajadod, et ses rencontres avec ses habitants qui se débrouillent
comme ils peuvent pour vivre, survivre, contourner les rigueurs
des préceptes des mollahs et pour se procurer toutes sortes
de marchandises occidentales soigneusement prohibées. Elle
pimente son récit d’une solide dose d’humour,
sous laquelle perce parfois l’exaspération, et sait
faire montre de patience, en respectant certains règles non
écrites qui régissent les relations entre les gens,
notamment « târof » iranien, qui consiste à
refuser dans un premier temps par politesse les choses que l’on
désire le plus, et qui donne lieu à de longs moments
de palabres.
Dans le sillage
de l’auteure, on rencontre toutes sortes de personnages insolites,
souvent très attachants, les gens de sa famille tout d’abord,
notamment sa tante, une femme adorable et bavarde toute dévouée
à son mari invalide et aux domestiques qu’elle emploie
; son amie et confidente Narguess, qui connaît le tout Téhéran
et qui peut se procurer n’importe quoi, toujours pendue à
son téléphone portable ; et puis ceux qu’elle
rencontre au cours de ses pérégrinations : un chauffeur
de taxi qui lui met un CD de Peter Gabriel durant sa course à
travers la ville ; un autre qui peste parce que l’Iran n’a
pas encore la bombe atomique, alors que l’Inde et le Pakistan
la possèdent ; une femme maquerelle qui fait le siège
du bureau des Passeports pour pouvoir envoyer des filles à
Doubaï ; une vieille femme qui veut amadouer un policier intraitable
en jetant sur son bureau une poule vivante ; le concierge de l’immeuble
qui veut à tout prix rencontrer des Suédois pour obtenir
des nouvelles de son fils, parti en Suède depuis des années
; un installateur de télévision qui cache la parabole
qu’il installe chez elle dans une marmite destinée
aux offrandes religieuses ; un marionnettiste très célèbre
appartenant à une grande lignée d’artistes persans…
On sent dans le récit de Nahal Tajadod tout l’amour
qu’elle éprouve pour son pays meurtri, qui nous permet
aussi d’approcher l’Iran d’une manière
très concrète et de nous éloigner un peu des
clichés habituels que véhicule l’Occident.
Catherine
Gentile
(octobre 2007)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

www.editions-jclattes.fr
sur
l'Iran, lire aussi
Persépolis
de Marjane Satrapi - L'Association
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Alavi
Danse macabre - L'Aube, 2004
Goli
Taraghi
Les trois bonnes - Actes Sud, 2004
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Le jardin de cristal - Serpent à Plumes, 2003
Dowlatabadi
Cinq histoires cruelles - Gallimard, 2002
Je
viens d'ailleurs
de Chahdortt Djavann - Autrement, Littératures,
2002
Que
pense Allah de l'Europe ?
de Chahdortt Djavann - Gallimard, 2004
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Paysages d'une mère lointaine (Métailié,
2003)
Dorit
Rabinyan Larmes de Miel (Denoël, 2002)
Collectif.
- Les Jardins de solitude. – 1001 nuits
Coville,
Thierry. – Iran, la révolution invisible. – La
Découverte, 2007
Djavann,
Chahdortt. – Bas les voiles ! . – Gallimard, 2003 (Hors
série connaissances)
Djavann,
Chahdortt. – Autoportrait de l’autre. – Sabine
Wepieser, 2004
Ebadi,
Shirin. – Iranienne et libre. – La Découverte
Hedayat,
Sadeq. – Trois gouttes de sang. – Phébus
Tajadod,
Nahal. – Passeport à l’iranienne. – Jean-Claude
Lattès, 2007
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