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Parlons
du temps qu’il fait.
La
petite mariée et Nuage et soleil,
deux petites histoires qui se font agréablement écho.
La
petite mariée, c’est la naissance difficile
d’un amour entre Apurbo, le savant étudiant tombé
sous le charme de Mrinmayi, et cette jeune fille sauvage dont Rabindranath
Tagore nous dit : «Dans le royaume des enfants elle était
un fléau, comme les guerriers mahrattes dans le royaume des
Moghols». Nuage et soleil raconte
les péripéties de Sashibusan qui a pour seule amie
la petite Giribala ; elle cherche auprès du jeune homme à
apprendre la lecture mais le jeune avocat, compromis dans un procès
de village, est jeté en prison cinq années ; là
aussi des liens forts se construisent à travers les jeux
des débuts puis les épreuves de la vie.
Ces deux histoires
auraient pu s’appeler « Rires et sanglots »
et « Nuage et soleil » : au nuage correspond
la tristesse, le malheur, les larmes ; au soleil la joie, les rires,
la vie, l’amour. La première rencontre entre Apurbo
et Mrinmayi est plutôt cocasse. Il vient de s’étaler
de tout son long sur l’escalier boueux près de la rivière
et entend alors les rires moqueurs de la petite fille, les mêmes
qui feront obstacle au baiser qu’Apurbo désire pourtant
ardemment. Leur amour réciproque naîtra du passage
de ces rires aux larmes de la jeune fille réticente à
un mariage qu’elle craint comme une prison.
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«
Les rayons d’un clair de lune s’étendaient
sur le lit et au milieu de la nuit Apurbo regarda Mrinmayi dans
cette lumière. Et il lui semblait que quelqu’un
avait endormi sa princesse avec une baguette magique en argent.
Il lui suffirait de la toucher avec une baguette d’or
pour la réveiller et l’épouser. La baguette
d’argent c’était le rire, et la baguette
d’or les larmes ». Puis le repentir de sa mauvaise
conduite envers Apurbo transformera Mrinmayi : « de
tendres bras [...] entourèrent son cou et deux lèvres
douces comme des pétales de fleurs l’étouffèrent
presque de leurs baisers mouillés de larmes.
Tout d’abord Apurbo fut grandement surpris, mais ensuite
il sut que ces baisers, qui avaient autrefois été
arrêtés par le rire, avaient trouvé leur
chemin dans les larmes. » |
Les correspondances
entre la Nature, le temps et l’histoire d’Apurbo et
Mrinmayi structurent ce récit d’amour. Elle est une
personne espiègle et farouche, en harmonie avec cette Nature.
Rabindranath Tagore la compare à un faon ou encore à
« une tornade en miniature ». Lorsqu’elle
cherche à fuir ce mariage qui l’effraie, la Nature
semble protéger la jeune fille. «Mrinmayi sauta
dans la barque. Les nuages au ciel devenaient plus épais
et la pluie se mit à tomber en cascade. La rivière
grossie par ces pluies de mousson secouait fortement le bateau.
Mrinmayi s’enroula dans son sari et cette jeune personne turbulente
s’endormit comme un enfant très calme, choyée
par la Nature, dans ce bateau qui était pour elle comme un
berceau». Le coup de foudre du jeune homme est lui aussi
marqué par l’empreinte complice du temps : «Apurbo
la poursuivit si rapidement qu’il la retint captive par le
poignet. Mrinmayi se trémoussait, s’agitait, mais ne
pouvait se libérer. Un rayon de soleil tomba sur son visage
espiègle à travers une brèche dans les branches
au-dessus de sa tête et Apurbo regarda intensément
dans ses yeux scintillants comme des étoiles, en se penchant
vers elle, comme un voyageur curieux regarde dans le fond du ruisseau
clair et agité, brillant de soleil».
Mais tandis
qu’avec la narration de cette histoire d’amour singulière
l’humain est le référent de la comparaison avec
les éléments, Nuage et soleil semble
plus réflexif. Le poète adopte le temps comme référent
et prend aussi de la hauteur par rapport à un récit
où se mêlent des conflits sociaux, des problèmes
internes à la « polis ». Dès
le début, le ton est donné, le décor planté
: « Tandis que les deux acteurs, le soleil et le nuage,
jouaient leur partie dans le ciel tout entier qui était leur
scène, d’autres pièces innombrables se jouaient
au-dessous dans des endroits divers du théâtre du monde»,
l’histoire de Sashibusan et Giribala n’en prenant pas
moins un relief particulier : « Comme le jeu léger
du soleil et du nuage dans le ciel était superficiel et passager,
ainsi le jeu de ces deux êtres sur ce coin de terre. Mais
comme le jeu du soleil et du nuage dans le ciel n’est pas
vraiment sans importance et n’est pas un jeu en réalité,
mais seulement en apparence, ainsi en est-il ce cette humble histoire
de ces deux êtres ».
Avec ces deux
brèves histoires, on ressent d’emblée et de
façon très prégnante la perfection de la poésie,
de l’écriture, une impression quasi dérangeante
que chaque mot est — comme par enchantement — idéalement
choisi, qu’il se suffit parfaitement à lui-même.
Louise
Charbonnier
(janvier 2005)

Gallimard
http://www.gallimard.fr/
http://www.kirjasto.sci.fi/rtagore.htm
http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Rabindranath_Tagore
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