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La
tache originelle...
Il existe des
cahiers du jour ou de grammaire, des cahiers de brouillons, de liaison
ou d’évaluation, que les enfants ne connaissent que
trop bien… On doit désormais à Claire Faÿ
l’invention du Cahier de taches,
un support diabolique qui devrait inspirer les écoliers dont
les cahiers sont invariablement qualifiés de torchons, l’ouvrage
étant justement dédié « à
tous les cahiers qui ont été injustement traités
de porcherie »… Le ton est donné, et le
lecteur prend conscience qu’il s’engage dans une voie
dangereusement subversive en ouvrant ce livre hors normes et, il
faut le dire, profondément réjouissant : un catalogue
de taches et autres bavures accompagnées de quelques légendes
ludiques et inspirées.
Passer du stylo
bille au stylo plume n’est pas une mince affaire (les effaceurs
eux aussi ont leurs limites…) et quand un cahier se recouvre
de taches, rien de mieux qu’une bonne punition bien classique
(qui, comme chacun sait, est d’une redoutable efficacité…)
: donner « des lignes » à faire, une façon
de guérir l’écolier récalcitrant ou maladroit
; mais après quelques « je ne ferai plus de taches
» laborieusement copiés sur papier seyes, Claire
Faÿ (ou l’écolière qu’elle incarne
malicieusement…), sur un coup de tête, transforme son
« Cahier d’écriture » en «
Cahier de taches ».
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Quelques
giclures basiques pour débuter (« jolie tache
», « tache cubiste »), suivies d’éclaboussures
plus élaborées (« tache maniérée
», « tache de myope ») qui atteignent
plus loin des sommets de sophistication (« tache de
psychiatre », « taches de collectionneur méticuleux
» - ces derniers spécimens étant répertoriées
et numérotées avec un soin très paradoxal
!…). L’humour omniprésent sait se faire noir
(voire rouge… ainsi les «taches que ferait la
maîtresse… » ) ou critique («
tache de pétrolier ») et l’on s’arrêtera
plus particulièrement sur les « taches des
tropiques » (de jolis moustiques à l’air
bien agressif) où l’inventivité bat son
plein… |
Cette énumération
impertinente, en laissant l’imaginaire prendre le dessus et
s’emparer d’un comportement désordonné
(que d’aucuns réprouveraient pour son caractère
futile), permet de prendre conscience que derrière le geste
consistant à éclabousser un cahier peut se dissimuler
un mode d’expression artistique authentique (à l’image
de l’Action Painting d’un Pollock). Tout comme l’élève
se détourne de l’inepte punition en début d’ouvrage,
ce cahier dédramatise la « tache » et le geste
est enfin libéré de tout jugement moral (la tache
n’étant plus « sale » par essence) ; en
conséquence, l’initiation peut commencer, et le lecteur
se voit invité à participer ponctuellement à
l'oeuvre, quand l’auteure propose une « tache à
remplir »… ou encore un espace vierge face à
une tache solitaire qui supplie : « S’il te plaît,
dessine moi des copains… ». Une incitation à
la désobéissance esthétique. Osera ou n’osera
pas ?...
B.
Longre
(décembre 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

Quelques
livres d'art pour la jeunesse
http://www.parismusees.com/
Chez le même
éditeur
Qui je suis : Le singe de Pierre Grosz
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