Après
Bartok -retrouvé dans trois programmations durant le
mois d'octobre- l'ONL nous fait rencontrer 2 autres compositeurs
s'inspirant eux aussi du folklore populaire : le polonais
Szymanovski et le tchécoslovaque Janácek. On
peut ainsi s'apercevoir que cette inspiration commune n'empêche
nullement les divergences de caractère.
Dans
son Stabat Mater, Szymanovski poursuit sa quête des
origines. Pour lui, il s'agit de " découvrir l'héritage
génétique de la race " et d'écrire " une
musique nationale et non provinciale " débarrassée
du " déguisement superficiel qui habille la musique
folklorique ". Dès l'andante d'entrée, la soprano
Michiyo Keiko, dans une plainte calme et tragique, montre
toute la douleur de l'humanité. David Robertson et
son orchestre nous imprègnent du paradoxe de cette
œuvre à la fois austère et sensuelle, épurée
et dense.
En seconde partie, la Messe Glagolitique de Janácek
- elle aussi en langue vernaculaire. (Glagolitique désigne
l'alphabet permettant de noter la langue de la liturgie slave),
elle aussi d'essence nationale- nous plonge dans une toute
autre atmosphère. Autant, Szymanovski aspire au mysticisme
(plus tourné vers l'ésotérisme que vers
la métaphysique), autant Janácek. offre une
œuvre fraternelle et patriotique. Douleur dans le Stabat Mater,
joie dans la messe ; formation modeste chez l'un, puissance
de l'orchestre et de l'orgue symphonique chez l'autre.
L'introduction débute avec cors et trompettes par une
allégresse étincelante. Cette impression domine
toute la messe. Dans le long Veruju, l'orchestre lyonnais
et le chœur philharmonique de Prague rendent à merveille
le caractère bref et nerveux de la thématique
de Janácek. et son style âpre et original. Malgré
quelques réminiscences de Moussorgski, on ne peut rapprocher
cette messe d'aucune influence. Janácek assimile les
rythmes et les modes de la musique chorale tchèque
et les chants religieux appris au couvent de son enfance,
pour offrir une œuvre athée, humaniste et fougueuse.
Humaniste et fougueux, voilà deux adjectifs que l'on
pourrait associer à David Robertson, il suffit de voir
son enthousiasme et son sourire lors des rappels.
Véronique
Noël
"Ce
concert s'inscrit dans la thématique des Racines de
la musique, véritable fil rouge de la saison 2000-2001
de l'ONL. Szymanowski et Janacek font partie de ces compositeurs
d'Europe Centrale pour qui le folklore populaire était
une source intarissable d'inspiration."