La fille du roi Salomon
L'Ecole des loisirs, 2004, collection Medium

Le miroir d'Elvina
L'Ecole des loisirs, 2003, collection Medium
dès 13 ans

 

 

Elvina l'intrépide

Elvina est de retour, pour notre plus grand plaisir ! La jeune héroïne a grandi et approche de ses quinze ans, l’âge de se marier… Nous sommes toujours à Troyes, à la fin du XIe siècle, dans le quartier juif de la cité, et Elvina éprouve toujours autant d’admiration et d’affection pour Obadiah, le maître d’école. Mais en ce soir de Shabbat, la jeune fille se rend compte qu’Obadiah est ailleurs, prend ses distances, ne la regarde plus comme auparavant. Elle apprend alors qu’une jeune orpheline venue d’Egypte, Dulcia, est en route pour Troyes, où elle doit rejoindre le maître d’école : leurs pères respectifs ont échangé une promesse, des années plus tôt, celle de marier leurs deux enfants… Elvina ne peut que se plier à cette décision, malgré sa tristesse, et répète haut et fort, à qui veut bien l’entendre : « Les projets de mariage d’Obadiah ben Moyses ne me concernent pas ! » Mais son bon cœur et sa curiosité l’empêchent de rejeter tout à fait l’étrangère, et elle l’accueille avec bienveillance ; elle est vite subjuguée par les contes, les coutumes et les histoires que Dulcia apporte de terres lointaines, par les foulards et les bijoux qu’elle porte… Peu à peu, elle deviennent comme deux sœurs et Elvina n’aura pas à regretter cette surprenante amitié.

Dans le même temps, quelques événements bouleversent la petite communauté juive : Salomon ben Isaac, le célèbre grand-père d’Elvina, se prépare à partir pour Châlons, chercher sa fille Rachel (répudiée par son époux), tandis qu’Obadiah et le jeune Ephraïm (sauvée de la folie dans Le miroir d’Elvina) se rendent à Mayence. Quand Elvina apprend que le maître d’école qui remplace Obadiah bat les plus petits, elle propose à son grand-père de leur faire la classe… Il accepte, conscient que cette tâche peut convenir à sa petite-fille tant érudite… L’amitié entre Elvina et Dulcia s’épanouit et quand elles apprennent que le bel Obadiah a été enlevé par un terrible baron chrétien, qui exige une importante rançon, elles n’hésitent pas à s’engager dans une dangereuse escapade afin de le libérer.

Ce troisième tome des aventures d’Elvina est aussi palpitant que les précédents et le regard documentaire de l’auteure est particulièrement affûté ; de même, le présent de narration donne au récit une plaisante proximité et la reconstitution historique, religieuse et sociologique n’en devient que plus vivace.

B.Longre
(avril 2004)

 

 

 

A travers les yeux d'Elvina

Le Miroir d'Elvina est le deuxième tome des aventures de la jeune Elvina, mais il n'est pas indispensable d'avoir lu Le Mazal d'Elvina (Prix Sorcières 2002) pour s'attacher à ce second roman. L'auteure, agrégée de lettres et professeur de littérature française à New-York, communique sans peine sa fascination pour la communauté juive de Troyes du XIe siècle et plus particulièrement pour une figure célèbre, Salomon ben Isaac, dit Rachi, rabbin connu pour ses commentaires de la Bible et du Talmud (elle lui a déjà dédié un ouvrage intitulé Les Vendanges de Rachi, publié chez Flammarion) et pour l'une de ses petites filles (fictive, elle), Elvina.
Cette dernière, à treize ans, ne ressemble pas aux autres filles juives, car son grand-père l'a autorisée à s'instruire : elle est la seule à pouvoir entrer dans l'école pour discrètement y suivre les enseignements du jeune maître, Obadiah (qui semble avoir un faible pour elle) et à pouvoir rivaliser intellectuellement avec son cousin Samuel, un garçon très érudit. Mais Elvina est aussi une fille et apprend beaucoup auprès de sa mère, tout en parvenant à conserver une certaine indépendance. Toute la communauté juive de Troyes s'apprête à fêter la Pâque (Pesach en hébreu) et les maisonnées sont en effervescence. Au marché, notre jeune héroïne fait la connaissance d'une petite fille que les vendeurs refusent de servir ; sa famille vient d'Allemagne, et l'on murmure que ce sont des juifs convertis au catholicisme (sous la menace des croisés) maintenant repentis. Elvina parvient à mettre en confiance la petite-fille, Columba, et décide de l'aider, en dépit des rumeurs et des superstitions. Mais des phénomènes étranges et inhabituels dérangent peu à peu la tranquillité du quartier : on retrouve des animaux égorgés au coin des ruelles, des parchemins sont volés à la synagogue, des enfants tombent malade les uns après les autres et même Salomon Ben Isaac, accusé de protéger la famille de Columba, ne semble pas capable de ramener le calme. Dans le même temps, un jeune chevalier chrétien aux yeux bleus, Gauthier, est venu trouver le rabbin afin d'étudier les textes sacrés à ses côtés ; Elvina le connaît et l'admire, et sans s'en rendre compte, elle se met à le comparer à Obadiah, le maître d'école, beaucoup moins "exotique", il est vrai...

Tout sonne juste dans ce palpitant roman médiéval : l'intrigue, qui nous tient en suspens tout en demeurant vraisemblable, la reconstitution historique, captivante, et les personnages, tout particulièrement Elvina. Elle est une héroïne "moderne", à la fois proche et lointaine ; son monde n'est pas le nôtre, et l'on y trouve une fusion du quotidien et du mystérieux, une vie domestique rythmée par les croyances et les superstitions et pourtant, ses interrogations et ses préoccupations sont bien celles d'une jeune fille de treize ans, qui se confie chaque soir à son Mazal (l'ange gardien que chacun possède, messager entre Dieu et les hommes), qui fait ici office de journal intime ! Au-delà du personnage lui-même, l'on découvre des traditions juives toujours vivaces et par le biais du rabbin Salomon ben Isaac, pilier de la communauté, ses petits-enfants (et par la même occasion, le lecteur !) reçoivent des explications limpides sur les sources et les motifs de ces rites, des passages qui jamais n'alourdissent le récit et qui, au contraire, lui donnent une profondeur peu commune, tout en se fondant parfaitement au récit.

Le lecteur partage, avec Elvina et ses amis, les angoisses de toute une communauté qui vit en repli, terrorisée à l'idée que les croisés arrivent pour les massacrer, et découvre aussi les peurs que les Juifs éveillent chez les chrétiens (tous les prétextes sont bons pour les accuser de sorcellerie). Mais au beau milieu de cette époque incertaine, l'univers d'Elvina demeure courageusement optimiste (mais sans mièvrerie) et la jeune fille incarne à merveille la transition entre deux univers pas nécessairement incompatibles (Gauthier, le jeune chevalier, explique par exemple que sa vision du peuple d'Elvina a changé quand il a compris que Jésus lui aussi était juif...), même si elle reste partagée entre deux garçons bien différents, Gauthier et Obadiah : tous deux symbolisent parfaitement le monde juif et le monde chrétien qui, parfois, et ce roman en est la preuve, peuvent se rencontrer et mutuellement se reconnaître, même au XIe siècle !

B.Longre
(mars 2003)

http://www.ecoledesloisirs.fr

http://www.frenchculture.org/books/awards/yourcenar/weil-vendanges.html

http://web.gc.cuny.edu/french/faculty/weil.html

http://perso.wanadoo.fr/citrouille/prix/prix2000/romj.htm