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Elvina
l'intrépide
Elvina
est de retour, pour notre plus grand plaisir ! La jeune héroïne
a grandi et approche de ses quinze ans, l’âge de se
marier… Nous sommes toujours à Troyes, à la
fin du XIe siècle, dans le quartier juif de la cité,
et Elvina éprouve toujours autant d’admiration et d’affection
pour Obadiah, le maître d’école. Mais en ce soir
de Shabbat, la jeune fille se rend compte qu’Obadiah est ailleurs,
prend ses distances, ne la regarde plus comme auparavant. Elle apprend
alors qu’une jeune orpheline venue d’Egypte, Dulcia,
est en route pour Troyes, où elle doit rejoindre le maître
d’école : leurs pères respectifs ont échangé
une promesse, des années plus tôt, celle de marier
leurs deux enfants… Elvina ne peut que se plier à cette
décision, malgré sa tristesse, et répète
haut et fort, à qui veut bien l’entendre : «
Les projets de mariage d’Obadiah ben Moyses ne me concernent
pas ! » Mais son bon cœur et sa curiosité
l’empêchent de rejeter tout à fait l’étrangère,
et elle l’accueille avec bienveillance ; elle est vite subjuguée
par les contes, les coutumes et les histoires que Dulcia apporte
de terres lointaines, par les foulards et les bijoux qu’elle
porte… Peu à peu, elle deviennent comme deux sœurs
et Elvina n’aura pas à regretter cette surprenante
amitié.
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Dans
le même temps, quelques événements bouleversent
la petite communauté juive : Salomon ben Isaac, le célèbre
grand-père d’Elvina, se prépare à
partir pour Châlons, chercher sa fille Rachel (répudiée
par son époux), tandis qu’Obadiah et le jeune Ephraïm
(sauvée de la folie dans Le
miroir d’Elvina) se rendent à
Mayence. Quand Elvina apprend que le maître d’école
qui remplace Obadiah bat les plus petits, elle propose à
son grand-père de leur faire la classe… Il accepte,
conscient que cette tâche peut convenir à sa petite-fille
tant érudite… L’amitié entre Elvina
et Dulcia s’épanouit et quand elles apprennent
que le bel Obadiah a été enlevé par un
terrible baron chrétien, qui exige une importante rançon,
elles n’hésitent pas à s’engager dans
une dangereuse escapade afin de le libérer. |
Ce troisième tome des aventures d’Elvina est aussi
palpitant que les précédents et le regard documentaire
de l’auteure est particulièrement affûté
; de même, le présent de narration donne au récit
une plaisante proximité et la reconstitution historique,
religieuse et sociologique n’en devient que plus vivace.
B.Longre
(avril 2004)
A travers
les yeux d'Elvina
Le
Miroir d'Elvina est le deuxième tome des aventures
de la jeune Elvina, mais il n'est pas indispensable d'avoir lu Le
Mazal d'Elvina (Prix Sorcières 2002) pour s'attacher
à ce second roman. L'auteure, agrégée de lettres
et professeur de littérature française à New-York,
communique sans peine sa fascination pour la communauté juive
de Troyes du XIe siècle et plus particulièrement pour
une figure célèbre, Salomon ben Isaac, dit Rachi,
rabbin connu pour ses commentaires de la Bible et du Talmud (elle
lui a déjà dédié un ouvrage intitulé
Les Vendanges de Rachi, publié chez Flammarion)
et pour l'une de ses petites filles (fictive, elle), Elvina.
Cette dernière, à treize ans, ne ressemble pas aux
autres filles juives, car son grand-père l'a autorisée
à s'instruire : elle est la seule à pouvoir entrer
dans l'école pour discrètement y suivre les enseignements
du jeune maître, Obadiah (qui semble avoir un faible pour
elle) et à pouvoir rivaliser intellectuellement avec son
cousin Samuel, un garçon très érudit. Mais
Elvina est aussi une fille et apprend beaucoup auprès de
sa mère, tout en parvenant à conserver une certaine
indépendance. Toute la communauté juive de Troyes
s'apprête à fêter la Pâque (Pesach en hébreu)
et les maisonnées sont en effervescence. Au marché,
notre jeune héroïne fait la connaissance d'une petite
fille que les vendeurs refusent de servir ; sa famille vient d'Allemagne,
et l'on murmure que ce sont des juifs convertis au catholicisme
(sous la menace des croisés) maintenant repentis. Elvina
parvient à mettre en confiance la petite-fille, Columba,
et décide de l'aider, en dépit des rumeurs et des
superstitions. Mais des phénomènes étranges
et inhabituels dérangent peu à peu la tranquillité
du quartier : on retrouve des animaux égorgés au coin
des ruelles, des parchemins sont volés à la synagogue,
des enfants tombent malade les uns après les autres et même
Salomon Ben Isaac, accusé de protéger la famille de
Columba, ne semble pas capable de ramener le calme. Dans le même
temps, un jeune chevalier chrétien aux yeux bleus, Gauthier,
est venu trouver le rabbin afin d'étudier les textes sacrés
à ses côtés ; Elvina le connaît et l'admire,
et sans s'en rendre compte, elle se met à le comparer à
Obadiah, le maître d'école, beaucoup moins "exotique",
il est vrai...
Tout sonne juste
dans ce palpitant roman médiéval : l'intrigue, qui
nous tient en suspens tout en demeurant vraisemblable, la reconstitution
historique, captivante, et les personnages, tout particulièrement
Elvina. Elle est une héroïne "moderne", à
la fois proche et lointaine ; son monde n'est pas le nôtre,
et l'on y trouve une fusion du quotidien et du mystérieux,
une vie domestique rythmée par les croyances et les superstitions
et pourtant, ses interrogations et ses préoccupations sont
bien celles d'une jeune fille de treize ans, qui se confie chaque
soir à son Mazal (l'ange gardien que chacun possède,
messager entre Dieu et les hommes), qui fait ici office de journal
intime ! Au-delà du personnage lui-même, l'on découvre
des traditions juives toujours vivaces et par le biais du rabbin
Salomon ben Isaac, pilier de la communauté, ses petits-enfants
(et par la même occasion, le lecteur !) reçoivent des
explications limpides sur les sources et les motifs de ces rites,
des passages qui jamais n'alourdissent le récit et qui, au
contraire, lui donnent une profondeur peu commune, tout en se fondant
parfaitement au récit.
Le lecteur partage, avec Elvina et ses amis, les angoisses de toute
une communauté qui vit en repli, terrorisée à
l'idée que les croisés arrivent pour les massacrer,
et découvre aussi les peurs que les Juifs éveillent
chez les chrétiens (tous les prétextes sont bons pour
les accuser de sorcellerie). Mais au beau milieu de cette époque
incertaine, l'univers d'Elvina demeure courageusement optimiste
(mais sans mièvrerie) et la jeune fille incarne à
merveille la transition entre deux univers pas nécessairement
incompatibles (Gauthier, le jeune chevalier, explique par exemple
que sa vision du peuple d'Elvina a changé quand il a compris
que Jésus lui aussi était juif...), même si
elle reste partagée entre deux garçons bien différents,
Gauthier et Obadiah : tous deux symbolisent parfaitement le monde
juif et le monde chrétien qui, parfois, et ce roman en est
la preuve, peuvent se rencontrer et mutuellement se reconnaître,
même au XIe siècle !
B.Longre
(mars 2003)

http://www.ecoledesloisirs.fr
http://www.frenchculture.org/books/awards/yourcenar/weil-vendanges.html
http://web.gc.cuny.edu/french/faculty/weil.html
http://perso.wanadoo.fr/citrouille/prix/prix2000/romj.htm
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