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Trop
beau pour être vrai ?
Après
les virus et autres parasites, Scott Westerfeld, auteur doté
d’une imagination fertile, s’empare d’un thème
qui parlera aux adolescents, mais pas seulement : celui de la beauté
«parfaite ». Une beauté dont la formule a enfin
été découverte, selon des calculs morphologiques
et esthétiques précis qui tiennent compte de la physiologie
humaine. Dans le monde que l’auteur invente en s’inspirant
du nôtre, la beauté n’est donc plus relative
et la norme (devenue obligatoire) prévaut. La civilisation
telle que nous la connaissons (celle des «Rouillés
») a disparu pour laisser la place à une société
qui a érigé des règles strictes en matière
de développement durable et de bonheur individuel –
qui n’est plus seulement un droit (comme le souligne par exemple
la Déclaration d’Indépendance américaine)
mais un devoir : devoir d’être heureux et de vivre dans
une société unie, sans conflits ni luttes. Le seul
moyen d’y parvenir ? Eradiquer la notion de jalousie en proposant
aux individus une uniformisation sociale et physique qui leur assure
de ne plus être envieux du voisin… Un égalitarisme
excessif, qui nie les différences et la liberté d’être
autre. Aussi, la jeune Tally Youngblood est-elle impatiente de fêter
ses seize ans, un anniversaire qui marquera son intronisation dans
le monde des « Pretties » (les « mignons »)
et lui permettra d’enfin quitter celui des « Uglies
» - les « moches », qui n’ont pas encore
été opérés de la tête aux pieds
par les chirurgiens plasticiens de New Pretty Town.
Mais quelques semaines avant la date tant attendue, Tally fait la
connaissance d’une jeune fille qui instille le doute dans
son esprit : la beauté qu’on leur a promise ne serait-elle
pas factice ? « Nous sommes normales », affirme
Shay. « Peut-être pas époustouflantes, mais
au moins, nous n’avons rien de poupées Barbie refaites
de partout. » Sa nouvelle amie lui confie alors qu’une
communauté de rebelles vivrait à des centaines de
kilomètres de là, dans la forêt, et qu’elle
hésite à les rejoindre afin d’échapper
à l’opération. Tally a du mal à comprendre
Shay : comment pourrait-on refuser cette métamorphose, «première
étape vers le bonheur » ?
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La
dictature de « la » beauté est un fléau
qui nous est familier et l’auteur, par le biais de l’anticipation,
compose une fable moderne engagée qui s’inscrit
totalement dans les préoccupations contemporaines :
tyrannie des apparences, rejet (explicite ou non) des différences,
normalisation des comportements, religion du corps, et on
en passe. L’aventure de Tally et de ses futurs amis
rebelles est palpitante à souhait, bien menée
par un auteur qui n’a plus rien à prouver dans
ce domaine, et même si ce roman d’apprentissage
est moins complexe dans sa trame et davantage destiné
à de jeunes adolescents que V-Virus
(beaucoup plus sombre et terrifiant), il n’en demeure
pas moins que les adultes le liront eux aussi avec plaisir.
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Blandine
Longre
(septembre 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique
littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

Tomes
à venir
Pretties (novembre 2007)
Specials (2008)
http://www.pocket.fr/pocket-jeunesse-presentation.html
http://www.scottwesterfeld.com/
du
même auteur
V-Virus
- Milan, Macadam, 2007
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