Uglies
de Scott Westerfeld
Traduit de l’anglais par Guillaume Fournier
Pocket jeunesse, 2007
Dès 13 ans

 

 

 

Trop beau pour être vrai ?

Après les virus et autres parasites, Scott Westerfeld, auteur doté d’une imagination fertile, s’empare d’un thème qui parlera aux adolescents, mais pas seulement : celui de la beauté «parfaite ». Une beauté dont la formule a enfin été découverte, selon des calculs morphologiques et esthétiques précis qui tiennent compte de la physiologie humaine. Dans le monde que l’auteur invente en s’inspirant du nôtre, la beauté n’est donc plus relative et la norme (devenue obligatoire) prévaut. La civilisation telle que nous la connaissons (celle des «Rouillés ») a disparu pour laisser la place à une société qui a érigé des règles strictes en matière de développement durable et de bonheur individuel – qui n’est plus seulement un droit (comme le souligne par exemple la Déclaration d’Indépendance américaine) mais un devoir : devoir d’être heureux et de vivre dans une société unie, sans conflits ni luttes. Le seul moyen d’y parvenir ? Eradiquer la notion de jalousie en proposant aux individus une uniformisation sociale et physique qui leur assure de ne plus être envieux du voisin… Un égalitarisme excessif, qui nie les différences et la liberté d’être autre. Aussi, la jeune Tally Youngblood est-elle impatiente de fêter ses seize ans, un anniversaire qui marquera son intronisation dans le monde des « Pretties » (les « mignons ») et lui permettra d’enfin quitter celui des « Uglies » - les « moches », qui n’ont pas encore été opérés de la tête aux pieds par les chirurgiens plasticiens de New Pretty Town.
Mais quelques semaines avant la date tant attendue, Tally fait la connaissance d’une jeune fille qui instille le doute dans son esprit : la beauté qu’on leur a promise ne serait-elle pas factice ? « Nous sommes normales », affirme Shay. « Peut-être pas époustouflantes, mais au moins, nous n’avons rien de poupées Barbie refaites de partout. » Sa nouvelle amie lui confie alors qu’une communauté de rebelles vivrait à des centaines de kilomètres de là, dans la forêt, et qu’elle hésite à les rejoindre afin d’échapper à l’opération. Tally a du mal à comprendre Shay : comment pourrait-on refuser cette métamorphose, «première étape vers le bonheur » ?

La dictature de « la » beauté est un fléau qui nous est familier et l’auteur, par le biais de l’anticipation, compose une fable moderne engagée qui s’inscrit totalement dans les préoccupations contemporaines : tyrannie des apparences, rejet (explicite ou non) des différences, normalisation des comportements, religion du corps, et on en passe. L’aventure de Tally et de ses futurs amis rebelles est palpitante à souhait, bien menée par un auteur qui n’a plus rien à prouver dans ce domaine, et même si ce roman d’apprentissage est moins complexe dans sa trame et davantage destiné à de jeunes adolescents que V-Virus (beaucoup plus sombre et terrifiant), il n’en demeure pas moins que les adultes le liront eux aussi avec plaisir.

Blandine Longre
(septembre 2007)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

 

Tomes à venir
Pretties (novembre 2007)
Specials (2008)

http://www.pocket.fr/pocket-jeunesse-presentation.html

http://www.scottwesterfeld.com/

du même auteur
V-Virus - Milan, Macadam, 2007