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Avec Isabelle
Huppert, Sandrine Kiberlain, Pierre Arditi, Mathieu Amalric, Alexandre
Soulié, Philippe Vieux
Une pièce
de théâtre peut-elle faire un bon film ? Assurément
oui, si on en juge par la qualité de La Fausse Suivante,
le dernier film de Benoît Jacquot. Mais qu'on ne se méprenne
pas sur l'adaptation proposée : le cinéaste aurait
pu choisir de reconstituer une époque en décors naturels,
ou de transposer l'intrigue dans notre monde contemporain. Au lieu
de cela, il met en scène la pièce au théâtre,
dans un théâtre, en en investissant la scène
mais aussi la salle (vide) et les coulisses, étendant ainsi
l'espace scénique au lieu tout entier. Ce procédé
est un rappel constant de la caractéristique du théâtre
: ce que nous contemplons est du domaine de l'artifice et de l'illusion.
La mise en abîme est d'autant plus efficace que la trame même
de cette comédie d'intrigue repose sur la tromperie et la
mascarade.
Une demoiselle de bonne famille est promise en mariage à
Lélio. Elle ne le connaît pas et afin de sonder son
caractère, se travestit en chevalier et se lie d'amitié
avec lui. Le jeune homme croit avoir affaire à un homme et
ouvre son coeur : il dévoile qu'il veut rompre avec sa maîtresse,
une comtesse capricieuse, mais moins fortunée que la jeune
fille qu'on lui propose d'épouser. Il demande alors à
son "ami" de séduire la comtesse et d'ainsi l'en
débarrasser ...
Chacun y va de sa petite intrigue, de ses pièges et les masques
tombent peu à peu, révélant ainsi les désirs
véritables de chacun des personnages : Trivelin, le nouveau
valet du chevalier, sarcastique et philosophe, tombe sous le charme
de son 'maître', mais montre aussi son avidité. L'appât
du gain prédomine aussi chez le valet de Lélio, Arlequin,
dont les mimiques et la gestuelle nous rappellent qu'il est issu
de la comédie italienne. L'attrait de l'argent vaut aussi
chez les maîtres : Lélio se retrouve dupe (en amour
et en argent) en voulant duper la comtesse, qui est perçue
comme volage, et son inconstance la perdra, malgré le raffinement
de ses sentiments. Le chevalier, pivot des intrigues, est obstiné
et rusé, et n'aura de cesse que de démasquer Lélio,
qui brille davantage par sa fourberie (même envers les valets)
que par la beauté de ses sentiments.
Le jeu des acteurs est rythmé, vif, et jamais une scène
ne s'étiole, et la sensation d'être avec eux dans ce
théâtre est renforcée par les nombreux gros
plans fixes sur les visages. On l'aura compris, le décor,
excepté ce théâtre, est inexistant et le réalisateur
préfère mettre en valeur le texte et les mécanismes
des sentiments. Sous le langage fleuri et précieux, affleure
un ton résolument moderne : les femmes ne souhaitent pas
faire de mariages sans amour et la jeune fille est prête à
tout pour connaître son mari, même changer (temporairement)
de sexe ; les différences sociales, qui ne disparaissent
jamais complètement (nous sommes sous l'Ancien Régime,
ne l'oublions pas), ont néanmoins tendance à s'estomper
sous l'effet des multiples métamorphoses du personnage central
: chevalier, jeune fille riche, servante, selon le personnage qui
lui donne la réplique.
Mais contrairement aux comédies d'amour de Marivaux, les
masques qui tombent révèlent une réalité
peu plaisante et glaçante, une réalité qui
se reflète magnifiquement sur le visage défait de
la comtesse : la farce a ses limites et l'illusion ne peut durer
que le temps d'un jeu subtil mais cruel.
B.Longre

La
pièce au théâtre
http://fr.news.yahoo.com/000226/60/96ko.html
Pierre
Arditi sur le Théâtre
http://www.syndicat-enseignants.org/enseignant/006/006_en_debat.htm
Isabelle
Huppert
http://www.ecran-noir.com/stars/actrice/huppert.htm
Sandrine
Kiberlain
http://www.ecran-noir.com/stars/gen/kiberlain.htm
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