La traversée du Styx
De Corneliu Mitrache
Mise en scène d’Igor Otto

Théâtre de l’ARTicle, Paris

 

 

Les samedi à 21h et dimanches à 19h45 du 8 sept. au 30 déc. 2007
Avec : Maurizio Arena, Ayesha Carmody, Swan Demarsan, Daniela Dondos, Bill Dunn, Christian Termis, Patricia de Hennessy.


L’exil des audaces

1982, la Roumanie entre dans la plus noire décennie de son histoire, une période qui mènera quelques uns à la révolution, et beaucoup d’autres aux formes les plus extrêmes d’échappatoire ; Corneliu Mitrache est de tous ceux qui choisirent l’exil, par le tour de force de la traversée du Danube (vers la Yougoslavie). Cette aventure lui a inspiré un long roman, La traversée du Styx, écrit en anglais depuis les Etats-Unis (traduit en français par Philippe Rouard - Denoël), qu’il a depuis adapté pour le théâtre, pour un projet en langue française porté par Kim Tilbury.

Nous est conté, en tableaux entrecoupés de passages narratifs directs (le comédien face au public) le destin parallèle de deux amis d’une école d’aviation de Bucarest ; à l’instar des deux sœurs de Toujours ensemble d’Anca Visdei, l’un, le fier Doru (Maurizio Arena), partira, l’autre, l’honnête Radu (Swan Demarsan), restera en Roumanie, malgré le joug d’un père membre de la Securitate (Christian Termis, très bon). Au cœur de leur amitié, une femme, Simina (Ayesha Carmody), jeune comédienne dont Doru tombe amoureux bien que ce soit la petite amie de Radu. Les grands-parents de Radu, une humble petite vieille à fichu (Patricia de Hennessy) et un courageux grand-père (Bill Dunn), viennent compléter le cadre de ce qui s’avèrera être une véritable tragédie familiale, pour laquelle Kim Tilbury, assistante du metteur en scène Igor Otto, a convoqué une troupe internationale, comprenant d’ailleurs une jeune comédienne roumaine, Daniela Dondos.

Drame amoureux placé sous le signe romantique de la Mouette de Tchekhov et de l’aigle noir de la dictature, La traversée du Styx fait la part belle à la trame sentimentale, volontiers érotique, non sans sarcasmes ni saynètes irrévérencieuses, non sans audaces métaphoriques ni un gros grain de zeflemie, mais l’issue n’appartient point aux amoureux : la politique reprend inexorablement ses droits, et si la pièce n’élude pas la révolution de 1989, celle-ci sera survenue trop tard pour les protagonistes, comme pour les trois générations sacrifiées qu’ils représentent.

Nicolas Cavaillès
(novembre 2007)

http://www.corneliumitrache.com/

Théâtre de l’ARTicle
http://larticle.blogspot.com/

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