Dracula’s guest and other weird stories
de Bram Stoker

introduction de Kate Hebblethwaite
Penguin Classics, 2006

 

 

Transgressions


Le Dracula de Stoker a laissé dans l’ombre les autres écrits de l’écrivain, pourtant prolifique ; cet ouvrage érudit permet de les découvrir, tout en incitant à mieux comprendre les diverses évolutions du mythe vampirique ainsi que tout un pan de la veine « gothique », à laquelle appartiennent entre autres Sheridan Le Fanu ou Ann Radcliffe, et qui continue d'inspirer nombres d'écrivains. Stoker lui-même était un homme énigmatique (sa discrétion a suscité nombre de conjectures sur sa vie sexuelle) et on a souvent eu tendance à émettre des hypothèses biographiques à l’aune de son œuvre. Il est vrai que Dracula le texte freudien par excellence » selon un critique) est révélateur de désirs refoulés et de préoccupations d’ordre pulsionnel, mais il faut aussi savoir étudier les écrits en tant que tels, comme le rappelle Kate Hebblethwaite dans son excellente introduction.

Le premier des récits, Dracula’s guest, a parfois été considéré comme un fragment qui aurait pu être le premier chapitre original de Dracula ; l’histoire de ce voyageur anglais qui se retrouve seul dans un village abandonné des Carpates a en effet des points communs avec le roman, et tout se prête évidemment à une étude comparative – l’atmosphère sinistre de l’aventure, les éléments surnaturels, la présence d’une créature tapie dans l’ombre, les effets « spéciaux »…

Le surnaturel réapparaît dans chacun des récits suivants, plus ou moins cruels et toujours ambigus. The Squaw relate la vengeance d’une chatte dont le petit vient d’être tué par un grossier personnage, un Américain qui visite la forteresse de Nuremberg en compagnie d’un jeune couple d’Anglais. La tour des tortures, la tradition de la « vierge de fer » (un engin diabolique), l’émotivité de la jeune femme et la farouche détermination de l’animal tendent vers une inéluctable tragédie dont le lecteur devine le dénouement, sans pourtant pouvoir lâcher le livre… Tout comme dans The Secret of the Growing Gold, où un autre assassin est poursuivi sans relâche par sa victime. Le destin est parfois moins terrible et l’on peut aussi lui forcer la main, comme dans A Gipsy Prophecy.

La transgression est au cœur de ces récits, qui posent en creux la notion de limite ; les frontières entre la vie et la mort, entre l’animalité et l’humanité, entre le réel et l’imaginaire sont allègrement franchies. Même si les intrigues ne sont jamais novatrices, c’est dans l’évolution du suspense et dans l’habileté à créer des atmosphères et des tensions que l’auteur excelle. Ces « contes de l’étrange » décrivent un univers où l’horreur côtoie le quotidien, où le monstrueux l’emporte sur les sentiments et où le macabre et le mortifère règnent en maîtres. Un pur régal.

Blandine Longre
(février 2007)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

 

http://www.penguinclassics.co.uk/

Kate Hebblethwaite a organisé un colloque consacré à la "peur" (avril 2006)
http://fear-conference-2006.blogspot.com/

 

 

 

Quelques romans fantastiques.

The Historian / L'historienne et drakula de Elizabeth Kostova
(Little, Brown, 2005 / éditions XO, 2006)

La maison inhabitée de Mrs Riddell
traduit de l’anglais par Jacques Finné - Domaine Romantique, José Corti, 2003

Century / Les Fantômes de century de Sarah Singleton
Simon & Schuster 2005 /Plon 2006

Une histoire sans nom, de Sarah K.
Hachette jeunesse 2006

 

Carmilla, Zulma Classics, 2005

La fiancée de Vlad

Que les amateurs se réjouissent : ce roman atypique aurait été une source d'inspiration non négligeable pour Bram Stoker ; publié en 1872, bien avant le (presque trop) célèbre Dracula (1897), Carmilla est l'une des premières histoires de vampires de la littérature anglophone et met en scène une femme redoutable (désignée comme « oupire ») ouvertement attirée par les jeunes filles ; un saphisme cannibale évoqué avec finesse et qui confère à ce roman (ou longue nouvelle) une touche érotique résolument subversive, la narratrice étant une jeune fille assez candide, justement, sur laquelle Carmilla a jeté son dévolu.
Récit rétrospectif - et subjectif -, aux fonctions thérapeutiques évidentes, Carmilla est une curiosité littéraire raffinée et brutale tout à la fois, dont l’atmosphère en huis clos renvoie, par instants, au roman d’Henry James Le tour d’écrou.
B.L.
(août 2005)

Le roman est paru en français en 1996 chez Actes Sud / Babel (traduction de Girard Gaïd) et en 2004 en Livre de Poche (traduction de Jacques Papy).

Les éditions Zulma ont lancé en 2005 une collection anglophone des œuvres classiques, comme The Haunted Hotel de WW. Collins ou encore Carmilla de Sheridan Le Fanu.
www.zulma.fr/

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