Transgressions
Le Dracula de Stoker a laissé dans
l’ombre les autres écrits de l’écrivain,
pourtant prolifique ; cet ouvrage érudit permet de les découvrir,
tout en incitant à mieux comprendre les diverses évolutions
du mythe vampirique ainsi que tout un pan de la veine « gothique
», à laquelle appartiennent entre autres Sheridan
Le Fanu ou Ann Radcliffe, et qui continue d'inspirer nombres
d'écrivains. Stoker lui-même était un homme
énigmatique (sa discrétion a suscité nombre
de conjectures sur sa vie sexuelle) et on a souvent eu tendance
à émettre des hypothèses biographiques à
l’aune de son œuvre. Il est vrai que Dracula
(« le texte freudien par excellence » selon
un critique) est révélateur de désirs refoulés
et de préoccupations d’ordre pulsionnel, mais il faut
aussi savoir étudier les écrits en tant que tels,
comme le rappelle Kate Hebblethwaite dans son excellente introduction.
Le premier des
récits, Dracula’s guest, a parfois été
considéré comme un fragment qui aurait pu être
le premier chapitre original de Dracula ; l’histoire de ce
voyageur anglais qui se retrouve seul dans un village abandonné
des Carpates a en effet des points communs avec le roman, et tout
se prête évidemment à une étude comparative
– l’atmosphère sinistre de l’aventure,
les éléments surnaturels, la présence d’une
créature tapie dans l’ombre, les effets « spéciaux
»…
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Le
surnaturel réapparaît dans chacun des récits
suivants, plus ou moins cruels et toujours ambigus.
The Squaw relate la vengeance d’une
chatte dont le petit vient d’être tué
par un grossier personnage, un Américain qui visite
la forteresse de Nuremberg en compagnie d’un jeune
couple d’Anglais. La tour des tortures, la tradition
de la « vierge de fer » (un engin diabolique),
l’émotivité de la jeune femme et la
farouche détermination de l’animal tendent
vers une inéluctable tragédie dont le lecteur
devine le dénouement, sans pourtant pouvoir lâcher
le livre… Tout comme dans The Secret of
the Growing Gold, où un autre assassin
est poursuivi sans relâche par sa victime. Le destin
est parfois moins terrible et l’on peut aussi lui
forcer la main, comme dans A Gipsy Prophecy.
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La transgression
est au cœur de ces récits, qui posent en creux la notion
de limite ; les frontières entre la vie et la mort, entre
l’animalité et l’humanité, entre le réel
et l’imaginaire sont allègrement franchies. Même
si les intrigues ne sont jamais novatrices, c’est dans l’évolution
du suspense et dans l’habileté à créer
des atmosphères et des tensions que l’auteur excelle.
Ces « contes de l’étrange » décrivent
un univers où l’horreur côtoie le quotidien,
où le monstrueux l’emporte sur les sentiments et où
le macabre et le mortifère règnent en maîtres.
Un pur régal.
Blandine
Longre
(février 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.penguinclassics.co.uk/
Kate
Hebblethwaite a organisé un colloque consacré à
la "peur" (avril 2006)
http://fear-conference-2006.blogspot.com/
Quelques
romans fantastiques.
The
Historian / L'historienne et drakula de Elizabeth
Kostova
(Little, Brown, 2005 / éditions XO, 2006)
La
maison inhabitée de Mrs Riddell
traduit de l’anglais par Jacques Finné - Domaine
Romantique, José Corti, 2003
Century
/ Les Fantômes de century de Sarah Singleton
Simon & Schuster 2005 /Plon 2006
Une
histoire sans nom, de Sarah K.
Hachette jeunesse 2006
| Carmilla,
Zulma Classics, 2005
La
fiancée de Vlad
Que
les amateurs se réjouissent : ce roman atypique aurait
été une source d'inspiration non négligeable
pour Bram Stoker ; publié en 1872, bien avant le (presque
trop) célèbre Dracula
(1897), Carmilla est l'une des premières
histoires de vampires de la littérature anglophone
et met en scène une femme redoutable (désignée
comme « oupire ») ouvertement attirée
par les jeunes filles ; un saphisme cannibale évoqué
avec finesse et qui confère à ce roman (ou longue
nouvelle) une touche érotique résolument subversive,
la narratrice étant une jeune fille assez candide,
justement, sur laquelle Carmilla a jeté son dévolu.
Récit rétrospectif - et subjectif -, aux fonctions
thérapeutiques évidentes, Carmilla
est une curiosité littéraire raffinée
et brutale tout à la fois, dont l’atmosphère
en huis clos renvoie, par instants, au roman d’Henry
James Le tour d’écrou.
B.L. (août 2005)
Le
roman est paru en français en 1996 chez Actes Sud /
Babel (traduction de Girard Gaïd) et en 2004 en Livre
de Poche (traduction de Jacques Papy). |

Les
éditions Zulma ont lancé en 2005 une collection
anglophone des œuvres classiques, comme The
Haunted Hotel de WW. Collins ou encore
Carmilla de Sheridan Le Fanu.
www.zulma.fr/
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