The boy next door
(Candid 2003 ; distr. Harmonia Mundi)

 

Stacey Kent (vocal), Jim Tomlinson (saxophones), Colin Oxley (guitare), David Newton (claviers), Dave Chamberlain (contrebasse), Matt Home (batterie)

Si l’on compte les nouvelles vedettes du chant masculin sur les doigts d’une seule main, la relève, par contre, des chanteuses est assurée… Outre les incontestables divas que sont Shirley Horn, Cassandra Wilson et Abbey Lincoln, voici que nos sens frissonnent à l’écoute de nouvelles voix, celles de Diana Krall, Patricia Barber, Jane Monheit, Lizz Wright, Susanne Abbuehl, Sidsel Edresen et … Stacey Kent (découverte tardive en France, déjà cinq albums, sur Candid, avant celui-ci !)

Cette new-yorkaise est très tôt imprégnée de la musique des maîtres du répertoire du «Great American Songbook» constitué de standards interprétés par Frank Sinatra, Nat King Cole, Tony Bennett, Ella Fitzgerald ou Billie Holiday, sans véritablement songer à une carrière de chanteuse professionnelle. Installée à Londres pour suivre un stage de musique, elle fait son apprentissage du jazz avec un big band avant de rencontrer le saxophoniste Jim Tomlinson (très inspiré par Stan Getz et Zoot Sims au ténor et au baryton) qui deviendra son mari et l’accompagnera avec son sextette.

Dès lors la critique (presque) unanime chante louanges. Il est vrai, et ce dernier disque en est l'illustration, que cette voix séduit par sa justesse, ce joli grain de voix, un sens inné du phrasé, du swing et, surtout, par cette fraîcheur qui nous laisse, nous, sans voix. Stacey a décidé de rendre hommage(s) à ces « boys » qui, dit-elle, "ont tous enrichi, animé et alimenté ma vie musicale et continuent à le faire". Alors ces messieurs (vivants ou morts) : Tony Bennett (The Boy Next Door), Ray Charles (Makin’ Woopee), James Taylor (You’ve got a Friend), Dizzy Gillespie et Joe Carroll (Ooh-Shoo-Be-Doo-Be), Nat King Cole (‘Tis Autumn), Duke Ellington (I Got it Bad) peuvent être heureux et fiers — tout comme Michel Legrand et Charles Trenet (les délicates et émouvantes versions de Que feras-tu de ta Vie? et Que reste-t-il de nos Amours?) — de cette interprète qui redonne des couleurs à ces chansons, dont certaines sont tombées dans l’oubli comme You’re the Top ou Too Darn Hot de Cole Porter.
J’appuie une fois de plus sur la touche repeat de ma machine…
Partagerez-vous mon emballement ?

J’ai reçu en cadeau le dernier CD (apparemment non distribué en France) d’un très jeune chanteur et pianiste anglais (il enregistra son premier disque à 19 ans), Jamie Cullum, Twenty Something (Universal Classics & Jazz, 2003). Pour ceux qui aimeront sa compatriote Stacey Kent, je le recommande vivement pour sa façon originale de traiter le même répertoire composé de standards.
A ceux qui s’étonneraient de ne pas voir dans ce magazine beaucoup de chroniques de disques produit par Universal, je signale que ces derniers ont décidé de ne pas m’inscrire sur leur service de presse... il n’y a pas de petites économies ! L'album de Jamie Cullum fait donc exception… A bon entendeur...

Jacques Chesnel
(février 2004)

Jacques Chesnel est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).


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