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Le
retour du loup
Gunnar Staalesen
promène Varg Veum, son emblématique anti-héros,
détective privé naïvement idéaliste au
spleen contagieux, de roman en roman ; une balade ici particulièrement
mouvementée, dans un univers balayé par les intempéries
estivales à l’assaut de Bergen, petite ville de bord
de mer qui, à travers le regard du narrateur, semble bien
sinistre… Varg Veum, dont l’allure peu reluisante reflète
les états d’âme (sa dernière petite amie
vient de le quitter), remplit le vide de son existence et de son
agenda professionnel en passant plusieurs heures par jour dans un
café proche de ses bureaux poussiéreux, en compagnie
de quelques bières. C’est là qu’il fait
la connaissance d’un policier à la retraite, Hjalmar
Nymark, et l’amitié qui éclot entre les deux
hommes est sincère. Peu à peu, l’ancien enquêteur
se confie à son «jeune» compagnon de solitude,
lui parle de son passé de résistant et lui raconte
de vieilles affaires jamais résolues, mais qu’il ne
peut effacer de sa mémoire. En particulier l’explosion
de l’usine de peintures Pafugl, survenue en 1953, causant
la mort d’une quinzaine d’ouvriers : un drame qui épargna
le chef d’entreprise, devenu depuis un riche armateur installé
aux Caraïbes ; cette « insoutenable » réussite
hante le policier depuis des années, mais surtout, il n’a
jamais cessé de soupçonner un autre homme, Harald
Ullven, d’avoir été un complice idéal
dans cette affaire. Il a de bonnes raisons de penser que ce dernier,
sous le sobriquet de «Mort aux rats», oeuvrait secrètement
pendant l’occupation allemande, collaborant allègrement
et livrant régulièrement des informations à
la gestapo.
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Quand
Hjalmar Nymark est mystérieusement renversé
par une voiture, Varg Veum reprend spontanément l’enquête
que menait discrètement l’ancien policier, une
façon de rendre hommage au vieil homme et aussi de
satisfaire sa curiosité naturelle. Mais «le
loup est en chasse», le prévient Hjalmar
Nymark, à l’affût, et le détective
comprend que même trente ans après les faits,
les règlements de compte sont toujours possibles. L’atmosphère
est d’emblée très pesante et les difficultés
existentielles du narrateur y sont pour beaucoup ; un sentiment
d’impuissance accompagne fidèlement Veum presque
tout au long de ses pérégrinations urbaines,
et les lieux visités, les hommes et les femmes rencontrés,
tous sont les témoins de notre vieil ennemi, le temps
qui passe. Plus il avance, plus l’entêtement de
Veum pour ressusciter les morts semble vain, et au fil de
ses recherches, les rencontres qu’il fait, pathétiques
ou émouvantes, renforcent la morbidité de l’atmosphère.
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Ce beau roman,
contaminé par la grisaille de Bergen (qui fait écho
au sombre passé de la Norvège occupée), rythmé
par la chute quasi incessante de la pluie, véritable personnage
secondaire, se lit d’une traite, tant sa progression paraît
hasardeuse, aussi imprévisible que «le cycle annuel»
de Bergen ; ainsi que le constate Veum (dont le ton, non dénué
d’humour, à la fois sarcastique et mélancolique,
est conforme au genre), comme en météorologie, «Tout
peut arriver. Il n’y a aucune règle bien établie».
Blandine
Longre
(février 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

du
même auteur
Le Loup dans la bergerie, Gaïa, Polar, 2002
Pour le meilleur et pour le pire, Gaïa, Polar, 2002
La Belle dormit cent ans, Gaïa, Polar, 2002
La Femme dans le frigo,
Gaïa, Polar, 2003
http://www.gaia-editions.com
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