La fille sans cœur
de Pieter van Oudheusden et Goele Dewanckel

traduit du néérlandais par Daniel Cunin,
Editions du Rouergue, 2007

 

 

 

Beauté or not beauté ?


Histoire étrange et cruelle, magnifique album.
La fille sans cœur est belle, si belle que c’en est un problème et qu’on le lui fait vite savoir : pas de cœur. Elle cherche à en acquérir un et s’adresse à plusieurs personnes à qui elle propose en échange un baiser et qui toutes refusent et lui demandent autre chose. Auprès du sculpteur, du peintre, du forgeron, du boucher… elle demande et obtient, mais en vain : cœur de pierre, de fer, de peinture à l’eau, etc. tous ces cœurs de substitution ne servent à rien et elle les paie au prix fort, petite sirène mutilée différemment à chaque étape.

Cette chute s’achève le jour où elle s’abandonne, non à l’amour comme on l’attendrait dans une histoire classique, mais aux conseils et à l’amitié d’une vieille femme. L’amour vient avant ou après, mais pas pendant ce qui apparaît comme une quête de soi, ou une quête de sens.

Entre-temps, la jeune fille aura découvert la solitude, la perte de la beauté, la mutilation même, toutes sortes de métaphores d’un dépouillement qui apparaît comme la condition de l’ouverture au monde et au bonheur. Mais le parcours est rude et le conte cruel.
Cette fable étonnante, racontée dans un style très sobre, en forme de conte de randonnée, ouvre à toutes sortes de lectures.
Elle est accompagnée d’images très fortes. Couleurs vives et contrastées, stylisation extrême, modernité (silhouettes et tracés à la Munch, parfois), étrangeté ou douceur, tout cela fait de cet album beau et troublant un concentré d’art.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(décembre 2007)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

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