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Spilliaert
Spilliaert.
Le nom claque, au début, comme un fouet sur la croupe d’un
cheval de trait, puis il reluit, brise-lame humide, glissant, algueux,
pour se résoudre en une sonorité plus minérale,
celle du sable qui, en lignes de fuite infinies, bordait encore
uniformément la côte belge, au début du XXe
siècle. Avant l’envahissement. Avant la saturation.
À l’époque
où James Ensor croquait les sarabandes de masques au Bal
du Rat Mort et la vulgarité satisfaite de baigneurs pétomanes
; à l’époque où Permeke dressait sur
d’énormes toiles les corps terreux de paysans flamands
aux mains et aux sabots démesurés, Léon Spilliaert
se fit le peintre du vent, du silence et des instants suspendus.
Une feuille de calendrier marquant un 2 novembre éternel.
Une salle de restaurant vouée à rester déserte.
La géométrie énigmatique des reflets d’une
véranda. Une rue obscure qui file vers la digue et n’attend
que vous. Le sillon et la fumée d’un bateau, déjà
loin, là-bas.
Ses silhouettes
flottent, figées dans l’attente du retour d’un
pêcheur, hérissées par une bourrasque, abattues
par un deuil secret sur la banquette d’un train, recluses
dans un grenier, courbées sous un châle blanc, marchant
à petits pas vers la lune. Quand ce n’est pas la sienne
même qui s’incarne, au détour d’un miroir,
l’œil rond, le trait creusé, une crampe tombante
pour tout cri. Lui, Léon Spilliaert, trentenaire moribond
sanglé dans sa stricte redingote noire, happé par
on ne sait quelle prémonition.
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Entrez
dans cet univers les mains libres, désencombré,
sans audio-guide surtout. N’entrez dans cet univers
qu’avec vos pupilles. Ici, vous le constaterez assez
tôt, les nonnes ne se déplacent que par sept
et une fermière de 150 kilos peut dissimuler, sous
ses oripeaux de misère, une idéaliste. Ici,
c’est l’ivrogne qui soutient la colonne. Ici,
c’est Ève qui charme le Serpent.
Frédéric
Saenen
(octobre 2006)
Frédéric
Saenen, licencié
en philologie romane, professeur de français-langue
étrangère, auteur et poète, collabore
à de nombreuses revues de poésie ou de critique
littéraire, en Belgique et en France et participe régulièrement
à des lectures publiques. Depuis mai 2003, avec Frédéric
Dufoing, il anime Jibrile,
revue de critique littéraire et politique.
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Musées
royaux des Beaux-Arts de Belgique
rue de la Régence n°3, 1000 Bruxelles
Ouvert
du mardi au dimanche de 10h à 17 h
www.expo-spilliaert.be
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