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du
même auteur : La vie triée
(N. Philippe, 2002)
Loin du nombrilisme
lassant de certains romans français pseudo-autobiographiques,
le récit de Christophe Spielberger s'inscrit dans une démarche
innovante qui bouscule les tabous, le langage et le genre romanesque.
L'histoire de Mathieu, réparateur de photocopieuses et collectionneur
de jeux de Monopoly, de Bénédicte, conductrice de
métro et passionnée de cinéma britannique et
(ne l'oublions pas), d'Armand, ami-amant-ennemi-psychiatre, repose
en surface sur une intrigue plutôt limpide : Mathieu et Bénédicte
s'aiment depuis la fac et malgré les coups du sort (la disparition
d'un "chipou" et un "O de vair"
qui refuse d'être fécondé), ils continuent à
s'aimer. En cette veille de départ annuel en vacances, le
candide bonheur de Mathieu est touchant mais Bénédicte
a du mal à trouver la paix entre l'adoration d'un homme qu'elle
aime et ce qu'elle dissimule. Le matin suivant, quand Mathieu découvre
la froideur du corps de sa femme, le "on part" se mue
en un "on reste" ou plutôt un "on part autrement"...
La suite ne saurait être racontée car trop en dire
briserait le charme de ce roman qui ne cesse d'osciller entre comédie
légère et horreur extrême. Cette légèreté
apparente doit beaucoup à la façon dont l'auteur revisite
la langue française et se joue des règles : néologismes,
anacoluthes, jeux de mots et métaphores se succèdent
sans jamais alourdir le récit (rien à voir avec l'exercice
de style) et permettent de glisser naturellement d'une pensée
à l'autre ; La majorité des trouvailles sont heureuses
et allègent un récit qui, sans elles, se confinerait
au tragique. Ainsi, on aborde chaque chapitre avec bonheur, et on
se laisse peu à peu emporter dans les méandres psychologiques
de Mathieu, sage parmi les fous.
Ce roman est aussi l'occasion pour l'auteur de vilipender la psychiatrie
(ou la façon dont certains la pratiquent), les media ou le
conformisme moral et c'est par la satire ou la comédie qu'il
y parvient : on s'amusera beaucoup du portrait d'Armand le "psycul
" qui "cultive le lapsus comme un jardin public",
de sa nouvelle conquête qui "aime lapsucer"
ou encore de Mathieu le faux naïf qui pourtant, "relit
Ulysse pour la huitième fois. Il trouve que c'est pas mal
fou-tu"... Même la mort est affrontée dans
toute son horreur, sans qu'aucune description ne puisse être
taxée de voyeuriste (l'auteur, dans une de ses rares incursions,
admet que "la censure existe...") ou n'atteigne
l'insupportable, la poétique et les images décalées
prenant le relais. Un roman douloureusement drôle qui se lit
et se relit, comme on joue et rejoue au monopoly ...
Blandine
Longre

00h00.com
http://www.00h00.com/
Le
site de l'auteur
http://www.spielberger.net
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