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Où
il est question de polyèdres ! !
Quand Hélène
avoue avoir « copié » pour obtenir une bonne
note en géométrie, son papa lui fait gentiment la
morale et sa maman l’aide à réviser le chapitre
des polyèdres… Voilà un comportement nouveau
et étrange de la part de cette petite fille qui multiplie
les bouderies depuis son anniversaire. Consulté, le docteur
Zwangs réfléchit « en caressant sa barbichette
» et décrète que pour les enfants, «
avoir neuf ans n’est pas une chose facile » ! Selon
lui, à cet âge, leurs difficultés proviennent
des « transformations physiques et psychiques »
qui s’opèrent en eux et qu’ils ont du mal à
maîtriser. Quelle solution va donc proposer le vieux médecin,
sage conseiller des mamans quand leurs enfants les dépassent
?
Dominique Souton
attribue à Hélène une mère « hyperactive
», peu soucieuse des travaux ménagers mais très
attentive au bien-être de ses deux filles : c’est une
maman avant tout. Dans Recherche doudou désespérément
(Mouche de l’école des loisirs, 1999)
on la voyait déjà courir les magasins en quête
d’une nouvelle peluche pour sa cadette Azalaïs. Dans
Maman fait ses devoirs (Mouche de l’école
des loisirs, 2003) elle s’acharnait à décrypter
les mystérieux messages du maître d’Hélène,
alors au CP. D’ailleurs, cette année-là il avait
déjà fallu recourir aux services du bon docteur Zwangs
qui avait diagnostiqué chez la petite élève
une « surstimulation » et prescrit «
des temps pour ne rien faire ».
Hélène a grandi, elle est au CM1 maintenant. D’ordinaire
elle est plutôt enjouée et bonne copine ; d’habitude
elle participe, à la récré, aux « clubs
» de son amie Taynara. Elle aime se regarder dans la glace,
s’habiller de couleurs. Elle s’entend bien avec sa petite
sœur et lui trouve parfois même du « talent
». Elle est indulgente avec son papa, l’éternel
optimiste qui considère leur foyer comme « la maison
du bonheur ». Tout, dans la vie d’Hélène,
semble aller pour le mieux…
Mais voilà, la machine s’emballe et dès que
les neuf bougies sont soufflées, « pppfffttt…
» rien ne va plus. Hélène raconte comment chaque
jour, pendant une longue semaine, des détails noircissent
son humeur et amplifient son malaise. Les gâteaux au chocolat
la dégoûtent. Les blagues, les « clubs »,
les films d’Harry Potter et même son penchant pour le
bel Edward lui paraissent ridicules ! On la dirait blasée.
Elle n’arrive plus à sourire et son reflet dans la
glace lui semble « flou et terne ». Habillée
d’un jogging gris et mou, elle veut passer inaperçue.
De toute façon, « personne ne se sent plus obligé
de s’occuper d’elle » ! Des tas de questions
l’obsèdent, elle liste ce qu’elle déteste,
établit un catalogue de « gros mots »
dans lequel «polyèdre» obtient une place
d’honneur : elle hait ce mot. D’ailleurs l’appartement
« de ses rêves » est lui aussi un «
polyèdre sans cheminée ni chat mais noir et rempli
de rats ». Enfin, l’histoire que serine Azalaïs
lui trotte dans la tête : cette galette, qui « taille
la route » et finit par se faire avaler, lui fait penser
à la mort… « Le destin de l’homme est
aussi de mourir » lui dit son père. Alors Hélène
craint-elle d’être oubliée dans un monde froid
et hostile, abandonnée à son « destin »
?
Ainsi, au bout
d’une semaine de désolation, la maman d’Hélène
doit bien se résoudre à voir le docteur Zwangs. La
solution originale, à découvrir, du vieux médecin
à barbichette permet à la petite fille de sortir de
sa déprime et lui offre la possibilité de se projeter
dans l’avenir, un avenir à construire. Hélène
retrouve le sourire et les couleurs…
Dominique Souton fait bien raconter par sa petite héroïne
les choses de la vie quotidienne et son livre se lit d’un
trait. Le journal d’Hélène traduit une observation
attentive du monde enfantin et du fonctionnement des familles. Les
jeunes lecteurs y retrouveront des questions qui les préoccupent
et reconnaîtront souvent leurs mamans dans les pas pressés
de la mère d’Hélène. Le récit,
juste et sensible, toujours teinté d’humour, ne laisse
jamais douter d’une issue heureuse. Cependant l’auteur
évoque d’autres périodes de crise, futures et
inévitables ; c’est la vie, et tout n’y est pas
vraiment organisé et défini comme dans l’univers
des polyèdres !
Martine
Falgayrac
(mars 2004
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

http://www.ecoledesloisirs.fr
du
même auteur
Innocente (L'Olivier, 2000 / Points Seuil,
2004)
Comment mon mari et moi avons failli sauver
notre mariage (l'Olivier, 2001)
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