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L'Ecole des loisirs, 2004
collection Neuf
à partir de 9 ans

 

Où il est question de polyèdres ! !

Quand Hélène avoue avoir « copié » pour obtenir une bonne note en géométrie, son papa lui fait gentiment la morale et sa maman l’aide à réviser le chapitre des polyèdres… Voilà un comportement nouveau et étrange de la part de cette petite fille qui multiplie les bouderies depuis son anniversaire. Consulté, le docteur Zwangs réfléchit « en caressant sa barbichette » et décrète que pour les enfants, « avoir neuf ans n’est pas une chose facile » ! Selon lui, à cet âge, leurs difficultés proviennent des « transformations physiques et psychiques » qui s’opèrent en eux et qu’ils ont du mal à maîtriser. Quelle solution va donc proposer le vieux médecin, sage conseiller des mamans quand leurs enfants les dépassent ?

Dominique Souton attribue à Hélène une mère « hyperactive », peu soucieuse des travaux ménagers mais très attentive au bien-être de ses deux filles : c’est une maman avant tout. Dans Recherche doudou désespérément (Mouche de l’école des loisirs, 1999) on la voyait déjà courir les magasins en quête d’une nouvelle peluche pour sa cadette Azalaïs. Dans Maman fait ses devoirs (Mouche de l’école des loisirs, 2003) elle s’acharnait à décrypter les mystérieux messages du maître d’Hélène, alors au CP. D’ailleurs, cette année-là il avait déjà fallu recourir aux services du bon docteur Zwangs qui avait diagnostiqué chez la petite élève une « surstimulation » et prescrit « des temps pour ne rien faire ».
Hélène a grandi, elle est au CM1 maintenant. D’ordinaire elle est plutôt enjouée et bonne copine ; d’habitude elle participe, à la récré, aux « clubs » de son amie Taynara. Elle aime se regarder dans la glace, s’habiller de couleurs. Elle s’entend bien avec sa petite sœur et lui trouve parfois même du « talent ». Elle est indulgente avec son papa, l’éternel optimiste qui considère leur foyer comme « la maison du bonheur ». Tout, dans la vie d’Hélène, semble aller pour le mieux…
Mais voilà, la machine s’emballe et dès que les neuf bougies sont soufflées, « pppfffttt… » rien ne va plus. Hélène raconte comment chaque jour, pendant une longue semaine, des détails noircissent son humeur et amplifient son malaise. Les gâteaux au chocolat la dégoûtent. Les blagues, les « clubs », les films d’Harry Potter et même son penchant pour le bel Edward lui paraissent ridicules ! On la dirait blasée. Elle n’arrive plus à sourire et son reflet dans la glace lui semble « flou et terne ». Habillée d’un jogging gris et mou, elle veut passer inaperçue. De toute façon, « personne ne se sent plus obligé de s’occuper d’elle » ! Des tas de questions l’obsèdent, elle liste ce qu’elle déteste, établit un catalogue de « gros mots » dans lequel «polyèdre» obtient une place d’honneur : elle hait ce mot. D’ailleurs l’appartement « de ses rêves » est lui aussi un « polyèdre sans cheminée ni chat mais noir et rempli de rats ». Enfin, l’histoire que serine Azalaïs lui trotte dans la tête : cette galette, qui « taille la route » et finit par se faire avaler, lui fait penser à la mort… « Le destin de l’homme est aussi de mourir » lui dit son père. Alors Hélène craint-elle d’être oubliée dans un monde froid et hostile, abandonnée à son « destin » ?

Ainsi, au bout d’une semaine de désolation, la maman d’Hélène doit bien se résoudre à voir le docteur Zwangs. La solution originale, à découvrir, du vieux médecin à barbichette permet à la petite fille de sortir de sa déprime et lui offre la possibilité de se projeter dans l’avenir, un avenir à construire. Hélène retrouve le sourire et les couleurs…
Dominique Souton fait bien raconter par sa petite héroïne les choses de la vie quotidienne et son livre se lit d’un trait. Le journal d’Hélène traduit une observation attentive du monde enfantin et du fonctionnement des familles. Les jeunes lecteurs y retrouveront des questions qui les préoccupent et reconnaîtront souvent leurs mamans dans les pas pressés de la mère d’Hélène. Le récit, juste et sensible, toujours teinté d’humour, ne laisse jamais douter d’une issue heureuse. Cependant l’auteur évoque d’autres périodes de crise, futures et inévitables ; c’est la vie, et tout n’y est pas vraiment organisé et défini comme dans l’univers des polyèdres !

Martine Falgayrac
(mars 2004

Martine Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

http://www.ecoledesloisirs.fr

du même auteur
Innocente (L'Olivier, 2000 / Points Seuil, 2004)
Comment mon mari et moi avons failli sauver notre mariage (l'Olivier, 2001)