Innocente
Editions de l'Olivier, 2000

Points Seuil, 2004

 

Innocente, qualifié de roman, a davantage l'apparence d'un recueil de nouvelles tant les liens entre les chapitres sont ténus, fragiles (une personne croisée, un objet ou un lieu). La narration est distante, chacune des femmes se contentant de décrire patiemment, minutieusement, des actes et des pensées simples et quotidiens, et le temps présent renforce la neutralité de ton, la non-implication de la narratrice dans sa propre histoire qui semble glisser sur elle, comme si une autre qu'elle était passivement décrite.
En résultent des portraits de femmes à la limite de l' archétype : l'étudiante anorexique, la mère au foyer, la stagiaire superficielle, la vieille femme sénile, la divorcée désoeuvrée, la dépensière, la dépressive (sous Prozac), la vacancière... Elles se concentrent sur quelques événements particuliers, se dévoilant peu, et l'écriture elliptique, le style minimaliste n'est pas sans rappeler certains textes de Raymond Carver.
Derrière le constat sociologique minutieux et froid, qui dénonce un univers de consommation tyrannique, aseptisé (imposant aux femmes des critères de beauté et des comportements stéréotypés), l'auteur, à travers ces autoportraits, paraît vouloir nous renvoyer à la solitude vertigineuse d'existences et d'âmes entourées de personnages secondaires anonymes (réduits à des initiales) ou d'individus qu'elles ne reconnaissent plus (Si vous dessinez un arbre ...) ; de la même façon, à force de l'explorer et de l'utiliser, le langage se vide de tout sens et l'acte même de parole (et parfois son absence) révèle une angoisse existentielle profonde due à l'effroyable banalité des échanges (Un dimanche à la campagne), sous lesquels se dissimulent en réalité de terribles révélations. Et souvent, le lecteur n'a d'autre choix que d'aller au-delà de la surface du langage épuré et de l'apparente banalité des phrases et des actes afin d'appréhender la profondeur des tourments de chacune des narratrices, subtilement révélés par de petites touches glaçantes.

B. Longre
(mars 2000)

Du même auteur
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