de William Shakespeare
Mise en scène
Claudia Stavisky

18-29 juin 2002 à 21h30

Théâtres Romains de Lyon

 

Traduction
Vincent Bady et le comité de lecture des Célestins, Théâtre de Lyon.
Décor : Graciela Galan
Lumière : Marie Nicolas et Maurice Fouilhé
Costumes : Graciela Galan et Claire Risterucci
Son : Bernard Vallery
Création projection : Laurent Langlois
Chorégraphie : Denis Plassard

Avec Nada Strancar, Daniel Martin, Paul Predki, Thierry Bordereau, Laurent Soffiatti, Anne Suarez, Marie-Sophie Ferdane, Emmanuel Daumas, Philippe Vincenot, Patrick Zimmermann, Nicolas Gabion, Gilles Pastor, Martine Vandeville.

Création proposé par Les Célestins, Théâtre de Lyon
Les Nuits de Fourvière


© Christian GANET

avec 4 danseurs de la Compagnie Propos, pour les esprits de la Forêt : Anne-Sophie Fayolle, Pauline Maluski, Samuel Mathieu, Manoëlle Vienne.

 

Marivaudage onirique où la folie amoureuse s'empare des êtres, Le Songe est un pur divertissement, aussi éphémère que le sentiment amoureux peut parfois l'être, semble nous dire Shakespeare ; une idée essentielle que la mise en scène colorée et audacieuse de Claudia Stavisky explore plutôt bien, capturant avec finesse l'élan amoureux, les interrogations du texte, ainsi que les ambivalences des trois univers que le dramaturge fait converger ; le premier se situe non loin d'Athènes, dans une forêt féerique où le roi Obéron et la reine Titania gouvernent un petit peuple d'elfes, dont les tenues bariolées et extravagantes, et les danses mécaniques et lascives renforcent le sentiment de délire ambiant.

Le monde rationnel des humains, lui, est dominé par la figure puissante du Duc d'Athènes, Thésée, sur le point d'épouser Hippolyte, la belle Amazone conquise par les armes ; un autre mariage se prépare, à l'instigation d'Egée, qui souhaite donner sa fille Hermia à un jeune noble, Démétrius ; Mais Hermia aime Lysandre (qui le lui rend bien), et Helena se meurt d'amour pour Démétrius... L'amour, sentiment que s'interdit d'éprouver Egée, ronge peu à peu les fondations du monde raisonnable des hommes et trouvera dans la forêt un lieu où se répandre et contaminer tous les êtres, humains comme elfes.

Ce décor enchanté est pourtant en chaos depuis qu'Obéron et Titania se querellent pour un jeune page ; ils poussent la nature à bout, déstabilisent les éléments, et le conflit conjugal s'est comme propagé au cosmos tout entier, obligeant Obéron à mettre en oeuvre un stratagème qui soumettra enfin la reine à sa volonté. Tout comme Thésée règne sur Athènes, Obéron mène son petit monde et l'on apprécie le procédé répandu mais néanmoins judicieux de donner les deux rôles au même comédien (Daniel Martin) ; même chose pour Titania/Hippolyte (Nada Strancar, que l'on a déjà vue cette année interpréter une exceptionnelle Mère Courage) et pour Philostrate/ Puck (Paul Predki) : ce dernier, petit punk clownesque, joue un rôle essentiel dans le déroulement de l'intrigue, tant par sa malicieuse lucidité (c'est à lui que sont confiés les derniers mots de la pièce) que par ses bévues (plus ou moins conscientes). Son rôle de serviteur n'est qu'un camouflage, car il est celui qui parle pour le poète, celui qui mène le jeu du hasard, au gré de son imagination ; il est aussi juge et critique alors qu'il s'amuse à observer les deux couples de jeunes amoureux se débattant dans d'effroyables situations amoureuses à la limite du burlesque, qu'il a lui-même bâties.

Mais la farce fait véritablement son apparition avec l'arrivée dans la forêt d'un autre groupe d'hommes (ici à bicyclette...) : six artisans de la cité, tous aussi balourds les uns que les autres, chargés de monter une pièce dans le cadre des réjouissances à venir ; ils sont novices en matière dramatique mais leur bonne volonté visible est touchante. Eux aussi mêlés aux intrigues qui se trament durant la nuit (tout particulièrement Nick Bottom, le tisserand, joyeusement interprété par Philippe Vincenot) ce n'est pourtant que dans la dernière partie de la pièce qu'ils apparaissent dans toute leur splendeur comique, jouant leur mini-tragédie (l'histoire de Pyrame et Thisbée) sous les rires de Thésée et des autres nobles : un moment exceptionnel de gaieté, où paillardises et comique de situation ont la part belle, tandis que les multiples regards (ceux du public de comédiens et du public véritable) se réjouissent de leur jeu ridicule.

© Christian GANET

Cette pièce dans la pièce est un fiasco total (pour notre plus grand plaisir pourtant), mais Shakespeare l'a sans doute voulu ainsi, comme pour nous donner un contre-exemple de son art, tout entier dominé par la puissance de l'imagination, entièrement voué à la création de l'illusion, illusion dramatique et illusion amoureuse. L'art, comme l'amour, a la capacité de tout transfigurer, de métamorphoser une créature repoussante en objet purement érotique : c'est ainsi que la reine Titania peut s'éprendre d'un Nick Bottom à tête d'âne (un sort jeté par Puck le malicieux) et le poursuivre de ses assiduités ! De même, par le biais d'une petite fleur magique, Puck transforme soudainement le regard de Démétrius puis celui de Lysandre qui ne sont plus amoureux d'Hermia, mais d'Helena...

La création de Claudia Stavisky a le mérite de plonger le spectateur au beau milieu d'un enchantement sylvestre, une magie nocturne rehaussée par le décor du grand théâtre de Fourvière et l'ensemble est une réussite ; paradoxalement, l'espace scénique paraît souvent surdimensionné au regard de l'action, qui n'occupe qu'une partie de la scène ; est-ce cela qui semble desservir les transitions, parfois maladroites ou bien artificielles, du moins en décalage par rapport à l'esprit général de la mise en scène ? Il reste que ce songe n'a rien d'un cauchemar : il ne manque ni de piquant ni de provocation, et l'esprit résolument moderne qui plane sur la pièce est à l'image du renouveau du théâtre des Célestins de Lyon.

Blandine Longre
(20 juin 2002)


Puck et Hermia
(Mickey Rooney et Olivia de Havilland)
production de 1935

Théâtre des célestins
http://www.celestins-lyon.org

Les nuits de Fourvière
http://www.nuits-de-fourviere.org/

Nuits de Fourvière 2001

Le texte
http://quarles.unbc.ca/midsummer/midsummer1.html

mises en scènes de Claudia Stavisky
La Locandiera
Goldoni
Minetti
T. Bernhard
Le Barbier de Séville
(Opéra de Rossini)
Répétition Publique
Enzo Cormann