|
|
Traduction
Vincent Bady et le comité de lecture des Célestins,
Théâtre de Lyon.
Décor : Graciela Galan
Lumière : Marie Nicolas et Maurice Fouilhé
Costumes : Graciela Galan et Claire Risterucci
Son : Bernard Vallery
Création projection : Laurent Langlois
Chorégraphie : Denis Plassard
Avec Nada
Strancar, Daniel Martin, Paul Predki, Thierry Bordereau,
Laurent Soffiatti, Anne Suarez, Marie-Sophie Ferdane, Emmanuel
Daumas, Philippe Vincenot, Patrick Zimmermann, Nicolas Gabion,
Gilles Pastor, Martine Vandeville.
Création
proposé par Les Célestins, Théâtre
de Lyon
Les Nuits de Fourvière
|

© Christian GANET
avec
4 danseurs de la Compagnie Propos, pour les esprits de la
Forêt : Anne-Sophie Fayolle, Pauline Maluski, Samuel
Mathieu, Manoëlle Vienne.
|
Marivaudage
onirique où la folie amoureuse s'empare des êtres,
Le Songe est un pur divertissement, aussi éphémère
que le sentiment amoureux peut parfois l'être, semble nous
dire Shakespeare ; une idée essentielle que la mise en scène
colorée et audacieuse de Claudia Stavisky explore plutôt
bien, capturant avec finesse l'élan amoureux, les interrogations
du texte, ainsi que les ambivalences des trois univers que le dramaturge
fait converger ; le premier se situe non loin d'Athènes,
dans une forêt féerique où le roi Obéron
et la reine Titania gouvernent un petit peuple d'elfes, dont les
tenues bariolées et extravagantes, et les danses mécaniques
et lascives renforcent le sentiment de délire ambiant.
|

|
Le
monde rationnel des humains, lui, est dominé par la figure
puissante du Duc d'Athènes, Thésée, sur
le point d'épouser Hippolyte, la belle Amazone conquise
par les armes ; un autre mariage se prépare, à
l'instigation d'Egée, qui souhaite donner sa fille Hermia
à un jeune noble, Démétrius ; Mais Hermia
aime Lysandre (qui le lui rend bien), et Helena se meurt d'amour
pour Démétrius... L'amour, sentiment que s'interdit
d'éprouver Egée, ronge peu à peu les fondations
du monde raisonnable des hommes et trouvera dans la forêt
un lieu où se répandre et contaminer tous les
êtres, humains comme elfes. |
Ce
décor enchanté est pourtant en chaos depuis qu'Obéron
et Titania se querellent pour un jeune page ; ils poussent la nature
à bout, déstabilisent les éléments,
et le conflit conjugal s'est comme propagé au cosmos tout
entier, obligeant Obéron à mettre en oeuvre un stratagème
qui soumettra enfin la reine à sa volonté. Tout comme
Thésée règne sur Athènes, Obéron
mène son petit monde et l'on apprécie le procédé
répandu mais néanmoins judicieux de donner les deux
rôles au même comédien (Daniel
Martin) ; même chose pour Titania/Hippolyte (Nada Strancar,
que l'on a déjà vue cette année interpréter
une exceptionnelle Mère Courage)
et pour Philostrate/ Puck (Paul Predki) : ce dernier, petit punk
clownesque, joue un rôle essentiel dans le déroulement
de l'intrigue, tant par sa malicieuse lucidité (c'est à
lui que sont confiés les derniers mots de la pièce)
que par ses bévues (plus ou moins conscientes). Son rôle
de serviteur n'est qu'un camouflage, car il est celui qui parle
pour le poète, celui qui mène le jeu du hasard, au
gré de son imagination ; il est aussi juge et critique alors
qu'il s'amuse à observer les deux couples de jeunes amoureux
se débattant dans d'effroyables situations amoureuses à
la limite du burlesque, qu'il a lui-même bâties.
| Mais
la farce fait véritablement son apparition avec l'arrivée
dans la forêt d'un autre groupe d'hommes (ici à
bicyclette...) : six artisans de la cité, tous aussi
balourds les uns que les autres, chargés de monter une
pièce dans le cadre des réjouissances à
venir ; ils sont novices en matière dramatique mais leur
bonne volonté visible est touchante. Eux aussi mêlés
aux intrigues qui se trament durant la nuit (tout particulièrement
Nick Bottom, le tisserand, joyeusement interprété
par Philippe Vincenot) ce n'est pourtant que dans la dernière
partie de la pièce qu'ils apparaissent dans toute leur
splendeur comique, jouant leur mini-tragédie (l'histoire
de Pyrame et Thisbée) sous les rires de Thésée
et des autres nobles : un moment exceptionnel de gaieté,
où paillardises et comique de situation ont la part belle,
tandis que les multiples regards (ceux du public de comédiens
et du public véritable) se réjouissent de leur
jeu ridicule. |
©
Christian GANET
|
Cette
pièce dans la pièce est un fiasco total (pour notre
plus grand plaisir pourtant), mais Shakespeare l'a sans doute voulu
ainsi, comme pour nous donner un contre-exemple de son art, tout
entier dominé par la puissance de l'imagination, entièrement
voué à la création de l'illusion, illusion
dramatique et illusion amoureuse. L'art, comme l'amour, a la capacité
de tout transfigurer, de métamorphoser une créature
repoussante en objet purement érotique : c'est ainsi que
la reine Titania peut s'éprendre d'un Nick Bottom à
tête d'âne (un sort jeté par Puck le malicieux)
et le poursuivre de ses assiduités ! De même, par le
biais d'une petite fleur magique, Puck transforme soudainement le
regard de Démétrius puis celui de Lysandre qui ne
sont plus amoureux d'Hermia, mais d'Helena...
|
La
création de Claudia Stavisky a le mérite de
plonger le spectateur au beau milieu d'un enchantement sylvestre,
une magie nocturne rehaussée par le décor du
grand théâtre de Fourvière et l'ensemble
est une réussite ; paradoxalement, l'espace scénique
paraît souvent surdimensionné au regard de l'action,
qui n'occupe qu'une partie de la scène ; est-ce cela
qui semble desservir les transitions, parfois maladroites
ou bien artificielles, du moins en décalage par rapport
à l'esprit général de la mise en scène
? Il reste que ce songe n'a rien d'un cauchemar : il ne manque
ni de piquant ni de provocation, et l'esprit résolument
moderne qui plane sur la pièce est à l'image
du renouveau du théâtre des Célestins
de Lyon.
Blandine
Longre
(20 juin 2002)
|

Puck
et Hermia
(Mickey Rooney et Olivia de Havilland)
production de 1935
|

Théâtre
des célestins
http://www.celestins-lyon.org
Les
nuits de Fourvière
http://www.nuits-de-fourviere.org/
Nuits
de Fourvière 2001
Le
texte
http://quarles.unbc.ca/midsummer/midsummer1.html
mises
en scènes de Claudia Stavisky
La Locandiera Goldoni
Minetti T.
Bernhard
Le Barbier de Séville
(Opéra de Rossini)
Répétition Publique Enzo
Cormann
|