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Petite
philosophie appliquée
Parler de la
mort aux enfants est un exercice difficile, d'abord parce que les
adultes eux-mêmes ne savent pas définir, expliquer
et comprendre le phénomène... Quand un enfant, vers
quatre ou cinq ans (parfois plus tôt), prend conscience de
sa condition mortelle, s'impose pourtant le devoir de répondre
aux questions posées ; la tâche est malaisée
et souvent, l'on aura tendance à édulcorer, voire
occulter, ou bien embellir la mort et ce qui se trouve au-delà
plutôt que d'aborder de plein fouet un sujet dont on fait
vite un tabou.
Ainsi, ce petit roman malicieux s'adresse autant aux jeunes lecteurs,
dès six ou sept ans, qu'aux adultes qui les entourent : l'auteur
y fait montre de compétences psychologiques fines et parvient
à transmettre, en moins de 40 pages, quelques idées
essentielles : en refusant d'apporter des réponses toutes
faites ou trop claires, il montre, par-là même, qu'il
est parfois impossible d'avoir des réponses...
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Le
jeune narrateur de cette histoire s'étonne des explications
paradoxales et cocasses que lui proposent les adultes : d'abord,
son oncle Emile serait parti "faire un grand voyage
avec Jésus" et le petit garçon de
se dire : "Ce n'était pas très sympa
de la part d'Emile de faire un grand voyage en laissant grand-mère
jouer aux mots fléchés toute seule toute la
journée." Justement, la grand-mère
meurt le jour de Noël, et l'explication de son père
("le père Noël est venu déposer
les cadeaux mais il a emporté Grand-mère dans
sa hotte.") trouble profondément le petit
garçon ; enfin, c'est au tour du poisson rouge de sa
copine Marylin de mourir et, selon la maman de cette dernière,
il "est allé rejoindre le paradis des poissons"...
Les deux enfants comprennent que "C'est sûrement
faux mais c'est une belle histoire". |
"C'est
quoi mort ?" lui demande un peu plus tard son père
("Le champion des questions de grand"). La conclusion
du roman est marquée par la lucidité d'un père
qui a compris que l'on ne pouvait pas tout comprendre (on repense
au fameux "je sais que je ne sais pas" socratique)
et qui tente de transmettre ceci à son fils : "La
mort est comme une couleur (...) On sait dire que quelqu'un ou quelqu'un
est mort, et pourtant on ne dit pas ce que c'est que la mort. (...)
Alors on invente des histoires." L'auteur, avec habileté,
crée une mise en abyme narrative qui aide à réfléchir
sur la fonction des histoires - celles que s'inventent les enfants
mais aussi celles des adultes qui, devant la mort, n'en savent décidément
pas plus.
On appréciera ce joli mélange de légèreté
et de gravité sur lequel s'élabore la trame narrative,
fait rare dans un roman destiné aux plus jeunes, et qui mérite
d'être souligné. L'humour, le plus souvent provoqué
par la touchante naïveté du narrateur mais aussi par
sa capacité à raisonner et à s'interroger sans
cesse, se retrouve aussi dans les quelques illustrations qui parsèment
l'ouvrage et qui, par bien des côtés, rappellent les
dessins de Sempé pour Le petit Nicolas...
B.
Longre
(décembre 2003)

voir aussi :
Tu existes encore de T.
Lenain et P. Baud (Syros, 2005)
http://www.ecoledesloisirs.fr
http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?name=Solminihac&surname=Olivier+de
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