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Un
ange passe
Force est de
constater que, dans le paysage revuistique français contemporain,
La Sœur de l’Ange occupe une
place à part. Après une absence dont la durée
se faisait presque inquiétante, la voici de retour, sous
l’égide des non moins atypiques éditions Le
Grand Souffle. Un peu plus fine – on se souviendra des précédentes
livraisons qui flirtaient volontiers avec les 400 pages ! –,
la publication gagne en élégance tout en conservant
son format et sa présentation soignée. Passé
l’agréable tâtonnement de cet objet, que certains
jugeront peut-être trop sophistiqué à leur goût,
immergeons-nous dans le foisonnement des regards, des orientations
et des figures qui surgissent au détour de chaque article.
Ce numéro
5 ne déroge pas à la tradition de fonder sa réflexion
sur un provocant « À quoi bon… ? »,
et cette fois c’est la notion de résistance que les
nombreux contributeurs ont dû approcher, frontalement ou par
la bande. Résumer La Sœur de l’Ange
? Et pourquoi pas la plumer tant qu’on y est
? Non, il s’agit plutôt de la suivre, en confiance,
le long des ornières du possible jusqu’au seuil de
la Porte des Humbles. Le parcours est semé de poèmes
(notamment les traductions proposées d’un texte où
Thoreau interpelle les lignes télégraphiques), de
bouteilles rejetées par la mer (l’estomacante lettre
ouverte à l’Abbé Pierre de Rosa Cochet-Neumann),
d’échappées belles vers le Japon ou un ring
de boxe. On y croise Beckett, Artaud, Depestre, Daumal, en goguette
entre feu et néant. On se quitte sur La demande officielle
pour obtenir l’autorisation d’être sur toutes
les listes noires qu’Armand Robin eut le culot suprême
d’adresser en 1946 aux membres du Comité d’Épuration
pour les Lettres.
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Qui
pense aujourd’hui à resservir de tels morceaux
de choix ? Qui prétend encore donner à lire
? Qui prend le pari de mener le Grand Jeu de la littérature,
de la philosophie, de la politique, de la matière et
de l’esprit mêlés ? Quelques intrépides
qui se refusent à ne répondre au désenchantement
du monde qu’en haussant les épaules. Vous savez
désormais où les trouver…
Frédéric
Saenen
(juillet 2007) |
Frédéric
Saenen, licencié
en philologie romane, professeur de français-langue étrangère,
auteur et poète, collabore à de nombreuses revues
de poésie ou de critique littéraire, en Belgique et
en France et participe régulièrement à des
lectures publiques. Depuis mai 2003, avec Frédéric
Dufoing, il anime Jibrile,
revue de critique littéraire et politique.

http://www.legrandsouffle.com/
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