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la
pièce a été créée en novembre
2004 à Noisy-Le Sec (Théâtre des Bergeries)
et en décembre 2004 à Bruxelles (Théâtre
Varia)
Mise
en scène de l’auteur
avec
: Slimane Benaïssa, Damien Bernard, Erwan Dujardin, Hala
Ghosn, Carole Leblanc
Production-Diffusion
Compagnie L’Eté
56 rue Paul-Vaillant-Couturier
F-92240 MALAKOFF
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tournée
2005
15
- 16 mars
Le Perreux sur Marne, Centre des Bords de Marne / 01 43
24 54 28
25
mars
Beynes / La Barbacane, 78650 / 01 34 91 06 58
31 mars - 1er avril
Fontenay sous Bois / Fontenay en Scènes 01 48 75
44 88
18 avril
Aulnay sous Bois / Espace Jacques Prévert / Théâtre
d’Aulnay, 93600 - 01 48 68 00 22
3 mai
Marseille / Théâtre Toursky - 04 91 02 58 35
10 mai
Théâtre Outremont, Outremont, Québec
14-15 mai
Assomption (Canada) - Festival Le fait
20-29 mai
Genève - Théâtre Saint-Gervais - 00
41 22 908 20 42
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Le
mécréant malgré lui
Karim est décidément
un bien mauvais musulman, incapable de se plier aveuglément
aux règles dictées par la religion que lui impose
sa culture, et dès l’enfance, la naïveté
cependant logique de ses multiples questionnements dérange
le cheikh chargé de lui enseigner la loi du prophète
; en témoigne cet échange savoureusement ironique
entre Karim et son maître à penser :
Karim : Sidi, pourquoi Ammi Salah a-t-il épousé
une deuxième femme ?
Le cheikh : parce que en islam, les hommes ont droit à quatre
femmes.
Karim : Sidi ! Les femmes, elles ont droit à quatre hommes
?
Le cheikh : Y a pas à dire, tu es monté à l’envers.
C’est déjà compliqué pour les hommes
d’avoir quatre femmes…
Karim se pose d’emblée comme un personnage inconsciemment
subversif et l’irritation du cheikh, peu habitué à
ces remises en question, des défis lancés à
son obscurantisme, est bien compréhensible. La réponse
de sa mère, plus pragmatique, ne manque pas de cocasserie,
bien qu’on y lise aussi une lucidité qui déjà
annonce l’évolution de la condition féminine,
un combat auquel Slimane Benaïssa a toujours été
attaché : « Parce que nous, les femmes, selon le
compte des hommes, nous valons un quart d’homme. (…)
Un homme c’est déjà les emmerdements de quatre
! Donc, en épousant un homme, c’est comme si tu en
avais épousé quatre. »
A douze ans,
tandis que l'Algérie commence à revendiquer son indépendance
(avec toutes les violences que l’on sait) mais que les colons
sont encore les maîtres du pays, le garçon grandit
tant bien que mal : quand il tombe amoureux de Gracia, une jeune
française aperçue de loin, il pense qu’il est
temps pour lui de devenir un homme (dans le seul but de courtiser
Gracia !) ; il doit pour cela obtenir son « permis »
de prière, en prouvant au cheikh qu’il possède
les attributs d’un homme… S’ensuit un interrogatoire
en règle (« Ton mâle décharge de l’eau
? »), plutôt caustique, qui semble sorti d’un
manuel à l’usage des jeunes gens vertueux, un savant
mixe de grivoiserie et de pureté bien-pensante. Alors que
sa sœur jumelle, Karima, se dresse contre l’injuste sort
qui l’attend parce qu’elle est née fille («
Karim m’a dit que quand il commencera la prière, moi
je porterai le voile.»), le garçon oppose toujours
une résistance naïve aux enseignements du cheikh, qui
ne parvient pas à lui faire croire que les femmes «
ne sont pas finies » et « souillées
»…
Karim est accepté au collège, mais le père
réserve un autre sort à sa sœur (« un
garçon doit réussir sa vie, la fille doit réussir
son mariage, ce n’est pas la même chose. »)
; là encore, la mère prend la défense de Karima,
allant jusqu’à tenir des propos que d’aucuns
jugeraient blasphématoires (« C’est vous,
les hommes, qui lisez le Coran selon votre intérêt.
La preuve : il n’y a pas une seule Imame femme pour le lire
selon notre intérêt »), une attitude exemplaire
qui, peu à peu, déteint sur Karim, en dépit
du patriarcat tout puissant dans lequel il baigne. De même,
le professeur français, un modèle de laïcité,
tient un discours éclairé, tolérant et rationaliste
: « Chacun de nous a le droit de croire au dieu qu’il
veut, mais nous devons tous avoir la même définition
de la droite et de l’oblique. »
C’est
ainsi que le jeune homme, écartelé entre la logique
occidentale et le carcan musulman, entre les interdits religieux
rétrogrades et les enseignements dispensés par les
Français, ne parvient à comprendre ni la guerre d’usure
menée par ses compatriotes, ni les absurdités de d’indépendance.
Il voit son existence bouleversée quand il tombe amoureux
de Micheline, une jeune enseignante venue dans le cadre de la coopération
; cette liaison salutaire opère une véritable métamorphose
chez le personnage, la relation harmonieuse entre Karim et Micheline
prouvant que nul échange n’est impossible et qu’au
contraire, les différences sont source de richesse : «
J’ai donné à Micheline tout le soleil que
j’avais dans les tripes ; elle m’a donné toute
la bibliothèque qu’elle avait dans la tête. Plus
elle avait chaud, plus je devenais instruit, c’est ça
l’amour… ». Leur histoire est vouée
à l’échec, tous les obstacles (culturels, politiques,
religieux, familiaux…) s’accumulent, jusqu'au jour où
Micheline repart pour la France… Après l’euphorie
que procure l’indépendance, tandis que débutent
les massacres et les exactions des islamistes, on retrouve Karim,
adulte, interrogeant un dieu sourd et muet, auquel il ne peut plus
croire.
Tout au long de ces cinq actes, l’auteur utilise le langage
pour montrer comment naissent et s’épanouissent le
libre-arbitre et la volonté individuelle, et quelles souffrances
ce processus engendre ; Les confessions d’un musulman
de mauvaise foi est un beau texte aux allures de fable,
qui balaie quelques décennies de l’histoire algérienne,
en s’attachant à retracer un cheminement individuel,
hors-normes ; Karim apprend à devenir impartial envers le
tout religieux et ceux qui font dire tout et n’importe quoi
à leur dieu. Les personnages incarnent des fonctions bien
définies (on repense ici aux procédés employés
par Kateb Yacine dans son théâtre) et la pièce
tombe à pic en ces temps où les obscurantismes refont
surface, où la religion et le repli culturel tentent des
esprits sans certitudes ; c’est d’une telle littérature
que nous avons besoin, d'un engagement au service de l’humain,
de la tolérance et d’un relativisme culturel et spirituel
qui revendique, non sans humour, le droit à l’athéisme.
B.
Longre
(janvier 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice depuis
1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

voir aussi
Que pense
Allah de l'Europe ?
de Chahdortt Djavann / Gallimard, 2004
http://www.lansman.org/
http://www.fsu.edu/~icffs/event-benaissa.html
http://www.peripheries.net/g-bena.htm
http://www.theatreoutremont.ca/
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