Daniel Humair

SKETCH est un label de JAZZ … pas vraiment comme les autres.

Plusieurs raisons à cela : le choix musical d’abord, essentiel, édifiant (le catalogue), mais aussi ces beaux objets carrés cartonnés toujours diversement et admirablement colorés, proposés par le producteur, Philippe Ghielmetti, un « créatif » de talent (il est notamment directeur artistique de la série du Poulpe), également éditeur de livres ; plaisir de l’œil, donc, avant celui de l’oreille.
L’histoire commence en 1999 avec la réalisation d’un remarquable (et remarqué, il rafla nombre de distinctions) coffret, HUM, réunissant trois célèbres complices, le pianiste René Urtreger, le contrebassiste Pierre Michelot et le batteur Daniel Humair à trois époques différentes, 1960 en direct du Club St-Germain, 1979 en studio, et, vingt après, 1999, avec les mêmes musiciens dont le talent n’a pas pris une ride, bien au contraire.
La suite est à la hauteur ; citons parmi la production déjà bien étoffée en pianistes : le duo du pianiste Michel Graillier et du contrebassiste Ricardo del Fra (Soft Talk), l’Orinica de René Urtreger, les enregistrements du pianiste transalpin Giovanni Mirabassi… deux disques du contrebassiste Jean-Philippe Viret (Considérations et étant donnés)… mais aussi Work du trio Lacy-Humair-Cox (ces trois derniers albums chroniqués dans la rubrique)… et ces deux récentes réalisations : Ghost Ships du Bill Carrothers trio et de Ear Mix, quartette réuni autour de Daniel Humair.

Bill Carrothers Ghost Ships (2003)
Bill Carrothers (piano), Bill Stewart (batterie), Anton Denner (saxophone).
Ce pianiste, fantasque et versatile quant aux climats musicaux, retrouve ici ses compagnons de A Band in all Hope (1993) pour aborder ces « vaisseaux fantômes » en trois versions dans une atmosphère étrange, d’une beauté crépusculaire, riche en émotions fortes alors que surgissent au milieu des flots une interprétation du Water Babies de Wayne Shorter ou une superbe lecture d’un chef-d’œuvre de Duke Ellington, Prelude to a kiss pour s’achever par The Navy Hymn en passant par (ironie !) God Bless America ! Un disque dont l’écoute se mérite… à condition d’appuyer plusieurs fois sur la touche replay de votre lecteur.

Daniel Humair Ear Mix (2003)
Daniel Humair (batterie), Marvin Stamm (trompette), David Friedman (vibraphone), Sébastien Boisseau (contrebasse).
Plusieurs réalisations sur le feu pour l’infatigable meneur (leader ou accompagnateur) qui a concocté ce quartette au charme discret, aux sonorités délicatement et délicieusement assemblées ; dans ce contexte le trompettiste se démarque habilement de sa réputation de néo-bopper, le vibraphoniste virtuose alterne suavité et fulgurances, le contrebassiste (par ailleurs membre du Baby Boom d’Humair) assure impeccablement son rôle ; quant au batteur, sa discrétion s’ajoute à sa redoutable efficacité, une fois de plus. Il s’agit bien là de son meilleur disque depuis la fin du trio avec Joachim Kühn et J.F.Jenny-Clark. Il semble avoir enfin trouvé un producteur à sa (dé)mesure.

Prochaines parutions fin avril : Pentacle, disque de la pianiste Sophia Domancich et It takes 2 to know 1, duo piano-batterie de Yaron Herman et Sylvain Ghio.

Jacques Chesnel
(mars 2003)

Jacques Chesnel est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

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