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1971, dans la
Chine rouge. Deux garçons de 17 et 18 ans débarquent
dans un village perdu de montagne. Ils font partie de ces millions
de lycéens ou jeunes "intellectuels" expédiés
à la campagne par Mao, afin d'y être rééduqué
par les paysans, en apprenant à vivre à la dure. Luo
et le narrateur sont d'autant plus "délictueux"
que leurs parents sont des "ennemis du peuple", de "puantes
autorités savantes" car ils appartiennent au monde
médical ou scientifique.
Tant bien que mal, les deux citadins s'accoutument à leur
vie rurale, malgré les corvées dangereuses (transport
d'excréments à dos d'homme sur des sentiers escarpés,
forage d'une mine de charbon ou travaux dans les champs). Car les
deux amis, en dépit des circonstances, sont animés
d'une profonde envie de vivre et de s'en sortir : débrouillards,
inventifs et roublards, ils se tirent de mauvais pas en jouant sur
la crédulité des paysans incultes. Charmé par
les talents de conteur de Luo, le chef du village leur octroie chaque
mois un congé pour qu'ils puissent se rendre au cinéma
de la ville voisine (deux jours de marche...) afin qu'à leur
retour, ils rejouent et miment le film aux villageois.
Dans le même temps, ils tombent sous le charme d'une beauté
montagnarde, la petite tailleuse, et découvrent qu'un autre
rééduqué, le "binoclard", dissimule
des objets interdits : des livres, des romans occidentaux... Le
premier qu'ils lui empruntent, c'est Ursule Mirouët,
de Balzac, qui leur ouvre un univers merveilleux ; ils n'auront
de cesse que de vouloir posséder les autres ouvrages du Binoclard
afin d'éduquer (d'une façon peu conforme aux objectifs
communistes ! ) la petite tailleuse. Le livre est un révélateur
magique, le symbole d'une liberté qu'ils ne connaissent pas,
dans un monde où tout doit plier sous le carcan communiste.
L'évasion amoureuse et livresque est narrée dans un
style limpide, concis, par un jeune homme au coeur ouvert, fidèle
en amitié. Un récit que l'on devine autobiographique,
marqué par l'insouciance et la vivacité de la jeunesse
où souvent, l'humour des situations l'emporte sur les événements
plus tragiques.
Ce premier roman, écrit par un chinois qui vit en France
depuis quinze ans, réalisateur et scénariste, se lit
d'une traite et le charme qui en émane ne se dissipe pas
une fois la lecture achevée, car il est avant tout un formidable
pied de nez à toute dictature, quelle qu'elle soit.
B.
Longre
(décembre 2000)

Chine,
du côté des livres
Gallimard
http://www.gallimard.fr/
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