parution en anglais en juin 2001
Balzac and the little chinese seamstress
traduction de Ina Rilke (Chatto & Windus)

Balzac et la petite tailleuse chinoise
2000, Gallimard

 

1971, dans la Chine rouge. Deux garçons de 17 et 18 ans débarquent dans un village perdu de montagne. Ils font partie de ces millions de lycéens ou jeunes "intellectuels" expédiés à la campagne par Mao, afin d'y être rééduqué par les paysans, en apprenant à vivre à la dure. Luo et le narrateur sont d'autant plus "délictueux" que leurs parents sont des "ennemis du peuple", de "puantes autorités savantes" car ils appartiennent au monde médical ou scientifique.
Tant bien que mal, les deux citadins s'accoutument à leur vie rurale, malgré les corvées dangereuses (transport d'excréments à dos d'homme sur des sentiers escarpés, forage d'une mine de charbon ou travaux dans les champs). Car les deux amis, en dépit des circonstances, sont animés d'une profonde envie de vivre et de s'en sortir : débrouillards, inventifs et roublards, ils se tirent de mauvais pas en jouant sur la crédulité des paysans incultes. Charmé par les talents de conteur de Luo, le chef du village leur octroie chaque mois un congé pour qu'ils puissent se rendre au cinéma de la ville voisine (deux jours de marche...) afin qu'à leur retour, ils rejouent et miment le film aux villageois.
Dans le même temps, ils tombent sous le charme d'une beauté montagnarde, la petite tailleuse, et découvrent qu'un autre rééduqué, le "binoclard", dissimule des objets interdits : des livres, des romans occidentaux... Le premier qu'ils lui empruntent, c'est Ursule Mirouët, de Balzac, qui leur ouvre un univers merveilleux ; ils n'auront de cesse que de vouloir posséder les autres ouvrages du Binoclard afin d'éduquer (d'une façon peu conforme aux objectifs communistes ! ) la petite tailleuse. Le livre est un révélateur magique, le symbole d'une liberté qu'ils ne connaissent pas, dans un monde où tout doit plier sous le carcan communiste.
L'évasion amoureuse et livresque est narrée dans un style limpide, concis, par un jeune homme au coeur ouvert, fidèle en amitié. Un récit que l'on devine autobiographique, marqué par l'insouciance et la vivacité de la jeunesse où souvent, l'humour des situations l'emporte sur les événements plus tragiques.
Ce premier roman, écrit par un chinois qui vit en France depuis quinze ans, réalisateur et scénariste, se lit d'une traite et le charme qui en émane ne se dissipe pas une fois la lecture achevée, car il est avant tout un formidable pied de nez à toute dictature, quelle qu'elle soit.

B. Longre
(décembre 2000)

Chine, du côté des livres

Gallimard
http://www.gallimard.fr/