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avec Stellan
Skarsgård, Charlotte Rampling, Deborah Unger, Dimitri Katalifos,
Ashley
Remy et Dave Simonds
Signs and
wonders méritait bien de faire partie de la sélection
officielle du dernier Festival de Berlin mais peut-être aurait-il
mérité de figurer au palmarès, en tout cas
davantage que Magnolia, un film
en définitive assez conventionnel ; il est vrai que le film
de Jonathan Nossiter dérange et requiert du spectateur un
investissement certain, ne serait-ce que pour décrypter les
"signes" et les thèmes quasi-métaphysiques
qui s'y entrecroisent. L'histoire d'Alec Fenton et de ses proches
est profondément polysémique et selon l'angle de vue
choisi, se charge de multiples interprétations.
Alec (Stellan Skarsgård) est un Américain par choix mais
vit à Athènes avec sa femme Marjorie (une Charlotte
Rampling énigmatique à souhait), Américaine
d'origine grecque, et leurs deux enfants, Siri et Marcus. Alec Fenton
est un homme d'affaire accompli, qui se livre avec sa fille à
d'étranges jeux de l'esprit : relever des détails
de la vie quotidienne (répétitions numérales,
associations langagières etc.) et les interpréter
comme des signes ou des révélations. En apparence
anodine, cette activité obsessionnelle est guidée
par un principe quasi-religieux de prédestination qui dicte
à Alec ses actes, comme sa liaison avec l'envoûtante
Katherine, une collègue. Un soir, il avoue tout à
sa femme, qui lui pardonne, et il décide de rompre. L'entente
familiale , momentanément bouleversée, reprend son
cours jusqu'à ce qu'un nouveau "signe" pousse Alec
à quitter définitivement sa femme et à partir
s'installer aux Etats-Unis avec Katherine. Là-bas, tout s'écroule
à nouveau, par la faute d'un signe mal interprété,
et Alec se hâte de revenir à Athènes afin de
reconquérir sa femme. C'était sans compter sur sa
liaison avec Andréas (Dimitri Katalifos), un journaliste
engagé qui souhaite fonder un musée exposant au grand
jour les exactions du régime des colonels, mais aussi la
collaboration américaine à la dictature.
Alec est convaincu, dans sa grande naïveté, que tout
peut être réparé (tout comme ses compatriotes
politiciens et diplomates pensent pouvoir être exonérés
de leur soutien à la dictature en se "réconciliant"
avec la Grèce démocratique) et il s'empresse de séduire
de nouveau une Marjorie impassible et plus que réticente.
Selon le co-scénariste, James Lasdun, le personnage d'Alec
est sensé "représenter la quintessence même
de l'Américain" et cela en ceci qu'il a parfaitement
assimilé deux des concepts inhérents au rêve
américain, "la poursuite du bonheur", une quête
férocement individualiste et parfois destructrice, et la
"destinée manifeste", une rhétorique servant
à justifier tout acte politique (en particulier expansionniste)
ou personnel amoral. Et Alec pense qu'il est destiné à
être heureux, comme tous les autres Américains. Plus
ou moins inconsciemment, il pressent que la vision du monde qu'il
s'est forgée se fissure. A cette vision faussement optimiste,
s'oppose celle d'Andréas, qui, une fois passée la
fougue révolutionnaire (qui lui avait valu diverses séances
de tortures policières) a su mûrir, voyant ses idéaux
démocratiques affaiblis par un libéralisme américain
tout puissant (en témoigne l'abondance de MacDonald's dans
les rues d'Athènes) et une mondialisation montante, incarnés
par Alec.
On est constamment ballotté entre thriller émotionnel
et thriller politique sans savoir lequel des deux se révélera
être dominant, et les activités d'Andréas ainsi
que le thème récurrent de la manipulation multiple
y sont pour beaucoup. La
dislocation intérieure des personnages semble pourtant être
l'objectif essentiel du discours et est étroitement associée
aux éléments qui posent l'atmosphère : des
plans saccadés, des images superposées, des gros plans
sur des visages anxieux comme prisonniers de la foule et de la cohue
athénienne, ses effets traduisent la confusion croissante
des personnages, en particulier celle d'Alec, et Jonathan Nossiter
de dire :"Je suppose que mon oeil doit être comme celui
du public qui tente de pénétrer de l'intérieur
les sentiments des personnages de la façon la plus intime
possible." A cela s'ajoute une réflexion approfondie
sur l'éclairage et la technique de la vidéo, qui donne
à l'ensemble un aspect pictural de grande qualité.
Mais l'élément réellement indissociable de
la construction de l' atmosphère est une bande son étonnante,
qui, contrairement à un alignement superficiel de morceaux
plaqués sur les images, crée un authentique espace
sonore et abat toute frontière entre son et musique (un procédé
qui rappelle les sons agressifs de Cure
de K. Kurosawa). On la doit à Adrian Utley de Portishead
dont, selon le réalisateur la musique "a des qualités
architecturales", hors du commun, pourrait-on ajouter. La symbiose
son/image est totale, parfaite, maîtrisée et les collages
d'univers musicaux différents (Erik Satie, Portishead, mambo
etc) font plus qu'accompagner les transformations émotionnelles
subites des personnages, comme par exemple dans une scène
de course-poursuite à ski un des points culminants du film,
et Jonathan Nossiter l'affirme : "dans cette scène que
nous avions voulue silencieuse au départ, l'émotion
et le récit sont totalement déterminés par
le son".
La confusion peut, par instants, gagner le spectateur,
mais jamais autant que les protagonistes, qui se retrouvent dans
des situations vertigineuses et extrêmes, au bord du gouffre
(au sens propre comme au sens figuré), les manipulateurs
se mêlant aux manipulés, et n'étant pas forcément
ceux que l'on croit, diverses machinations s'enchevêtrant,
sans que l'on sache si tout a déjà été
écrit ou si la tragédie qui s'annonce est uniquement
provoquée par les actes volontaires des hommes.
Un film prodigieux, périlleux et fascinant, un de ceux qui
nécessitent plusieurs visionnages pour être pleinement
appréciés tant leur substance est riche.
B.Longre

le
festival de Berlin 2000
http://www.filmfestivals.com/berlin_2000/index.htm
http://www.filmfestivals.com/berlin_2000/competition/
film_sign.htm
critique
(en Anglais) http://www.spiegel.de/kultur/kino/0,1518,64097,00.html
le
réalisateur
http://www.filmscouts.com/people/jon-nos.asp
Portishead,
site officiel
http://www.portishead.co.uk/home-j.htm
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