May the music never end
(Verve, 2003)

 

Depuis la disparition des grandes voix du jazz au cours du siècle dernier, peu de chanteuses actuelles atteignent le degré d’excellence des grandes divas que furent Billie Holiday, Dinah Washington, Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan.
En ce début de nouveau millénaire, trois vocalistes féminines se distinguent particulièrement : Diana Krall, Diane Reeves et Shirley Horn, cette dernière, devenue, comme ses consoeurs, star internationale, la seule cependant à pouvoir soutenir la comparaison avec ses illustres devancières.

Nouvel opus donc et retour à la formule du trio avec deux invités, le trompettiste Roy Hargrove et le pianiste Ahmad Jamal sur deux titres. Mais cette fois, la diva, malade (diabète), invalide (chaise roulante) ne peut jouer du piano et se fait remplacer par George Mesterhazy (excellent) soutenu par Ed Howard à la contrebasse et le fidèle Steve Williams à la batterie.

Comme dans le disque précédent (You’re My Thrill avec grand orchestre, 2000), la magie de cette voix sublime est toujours présente, peut-être ici plus que jamais. La chanteuse préférée de Miles Davis (la présence du trompettiste et ses obligatos dans You Won’t Forget Me, 1990) émeut une fois de plus par cette sensualité à fleur de voix, à fleur de peau, cette façon quasi unique d’étirer la phrase, le mot, comme en apesanteur, cet art de l’ellipse et de l’utilisation du silence… et cette voix melliflue sans excès avec parfois des soupçons de raucité vite adoucis par un souffle de tendresse féline…

Puisse évidemment la musique ne jamais s’arrêter, Madame, quand elle atteint de tels sommets, ainsi qu’en témoignent vos interprétations du Yesterday des Beatles ou de Ne Me Quitte pas du grand Jacques Bel qui doit jubiler, j’en suis sûr… ne jamais s’arrêter…

… et toujours Sketch … et ses nouvelles parutions : ((( AIR ))) par le trio Giovanni Mirabassi (piano), Flavio Boltro (trompette et bugle), Glenn Ferris (trombone) ; une formule originale peu explorée : deux cuivres et un piano pour un disque bien sage avec d’excellents interprètes généralement plus expansifs dans d’autres contextes. Avec Insight, le producteur Philippe Ghielmetti permet au pianiste anglais John Taylor de présenter enfin sa musique en solo sur des compositions personnelles d’une grande élégance harmonique dans un style très brillant, aux climats variés d’une intense poésie. A découvrir après son disque en trio Rosslyn (ECM), déjà chroniqué.

Jacques Chesnel
(septembre 2003)


Jacques Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

http://www.vervemusicgroup.com/artist.aspx?aid=2806