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Longue
partie...
Mandchourie,
1936 ; sur la place des Mille Vents, seule femme à être
acceptée dans le cercle des joueurs de go, une jeune chinoise
pourfend ses adversaires. Depuis 1931, les terres extérieures
à la Grande Muraille sont contrôlées par le
Japon, qui a restauré Pu Yi, empereur fantoche et il plane
sur cette petite ville du sud une angoisse diffuse, accentuée
par la présence invisible des résistants à
l'occupant. Un jeune officier japonais arrive à Mille Vents
après une longue mission dans la campagne mandchoue, où
il a enfin pu laisser libre cours à ses pulsions cruelles,
découvrir le goût du sang et "l'énergie
irremplaçable de la mort". Mais les prostituées
ou les beuveries ne suffisent pas à son esprit cultivé
et à la demande du capitaine Nakamura, officier des renseignements,
il se rend sur la place des Mille Vents, déguisé en
chinois, rejoindre les joueurs de go dont certains sont peut-être
des terroristes camouflés. Là, la jeune fille semble
l'attendre...
Dérouté par la façon dont les Chinois jouent
au go en place publique, alors que cet art divin n'est réservé
qu'à l'élite au Japon, il prend pourtant goût
à retrouver sa rivale chaque fois qu'il le peut. Le mutisme
de cette jeune fille, pour qui "chaque pion est une marche
de plus dans la descente de l'âme" masque une tragédie
qui se joue dans sa chair et dans son coeur et entre deux coups
de go, le Japonais déchiffre sur son visage impassible une
métamorphose qu'il s'acharne à comprendre (est-elle
réellement une simple collégienne rêveuse ?),
tout comme il cherche à saisir comment leurs deux peuples,
issus d'une même culture, ont pu ainsi s'éloigner l'un
de l'autre et devenir ennemi.
Epurée, la prose de Shan Sa n'est jamais dépourvue
de poésie et c'est dans l'alternance de courts chapitres,
donnant la parole à l'un ou l'autre des deux joueurs, que
se révèlent pleinement l'essence des deux protagonistes
et la structure du jeu de go ; lui-même est employé
comme une métaphore subtile qui poétise la guerre
et ses stratégies. Tous deux obsédés par la
mort, les personnages luttent au jeu et dans l'existence, sans avoir
la moindre idée de la beauté de leur destin commun
; page après page, ce roman nous mène à l'émerveillement,
à la découverte de deux civilisations antagonistes
(même si elles puisent leurs valeurs à la même
source) que les occidentaux ont parfois tendance à confondre.
En dépit du fait que l'auteure nous plonge au coeur d'une
Chine déchirée par les luttes politiques, ravagée
par l'armée japonaise, peu avare de meurtres et de tortures
diverses, et qu'elle-même est chinoise, elle demeure admirablement
objective : le soldat japonais n'est pas moins humain que la jeune
chinoise et malgré leurs dissensions et le gouffre culturel
qui les sépare, la partie de go pourrait bien se prolonger...
Les romans de Shan Sa sont politiques et humains, réalistes
et poignants, crus et délicats tout à la fois ; mais
l'auteure, que ce soit dans Porte de la paix céleste,
dans Les quatre vies du saule, ou dans ce dernier
roman, semble avoir résolument pris le parti de faire confiance
à la nature humaine, toujours capable de se défaire
des carcans ou des lois.
B.Longre
(septembre 2001)

Chine,
du côté des livres
http://www.edition-grasset.fr
http://perso.wanadoo.fr/calounet/presentation_auteurs/shansa_presentation.htm
http://perso.wanadoo.fr/calounet/resumes_livres/shansa
http://www.chez.com/blorer/Shan%20Sha/shan_sha.html
entretien
avec l'auteur
http://www.eurasie.net/articles/entretiens/shansa.html
Prix
Goncourt des lycéens
http://www.goncourtdeslyceens.com/2001/index.php
Le
jeu de Go
http://perso.wanadoo.fr/francois.mizessyn/
Bibliographie
Les quatre vies du saule (Grasset, 1999)
Porte
de la paix céleste (Ed. du Rocher, 1997)
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