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Femmes
de Shanghai
Ouvrage hétéroclite
d'un point de vue littéraire, ce "roman d'une ville"
décline cinq visions et expériences dissimilaires
d'une ville chinoise qui apparaît ici comme encore profondément
marquée par la présence coloniale occidentale passée.
D'un point de vue thématique, l'homogénéité
de ce recueil est frappante : cinq textes (trois nouvelles, un essai
et un extrait de roman) composés par cinq auteures, qui mettent
en scène des personnages féminins.
Shanghai est "une fleur vénéneuse qui s'épanouit
en brillant de mille feux, pleine de folie est vide de sens"
pour Wei Hui dans sa nouvelle intitulée
La chambre de l'amant — une énigmatique
série de saynètes numérotées qui décrivent
les faits et gestes d'une jeune fille imprégnée de
musique occidentale (Sonic Youth, Kurt Cobain et Jim Morrison) :
elle écrit des poèmes nocturnes et espionne l'immeuble
d'en face, dans l'espoir de revoir la silhouette d'un inconnu qui
la fascine. Elle quitte rarement sa "chambre douce comme
un tombeau" mais ses rêveries la poussent à
traverser la rue, pour découvrir cet homme impalpable. Ce
texte morbide est une longue descente désespérante,
au dénouement énigmatique et "impénétrable".
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Les
espoirs et les déceptions de Linda, fille
de bar sont plus terre à terre et l'auteure,
Chen Danyan, offre une vision contrastée
de Shanghai, en décrivant l'existence plutôt morne
de Linda ; cette dernière pense que "l'argent
est la clef de tout", tandis qu'elle végète
entre le taudis familial, le bar miteux où elle travaille
chaque soir et l'école d'art qu'elle fréquente
et où elle tente de s'épanouir. Quand elle rencontre
John, un occidental venu passer quelques heures au bar, elle
s'imagine, avec naïveté, que ce dernier pourra peut-être
changer un peu sa vie... Tan Ying, de son côté,
signe un texte (Valses d'un hiver)
empreint de nostalgie, dans lequel la narratrice se souvient
des premiers émois ressentis en entendant un air de Strauss
et de son oncle Jiu, qui organisait chez lui des bals, à
la fin des années 70. Là encore, la présence
étrangère est prégnante, en particulier
à travers la musique et la danse. |
Le texte qui suit, Ton nom, ton prénom,
est plus de l'ordre de l'essai ; Cheng Naishan
a choisi de parler de ses concitoyennes et de leur rendre hommage
: "J'ai toujours pensé que les femmes ressemblaient
à la ville où elles vivaient. Les femmes font le charme
des villes, elles en sont la poésie et en renforcent le pouvoir
de séduction. Elles sont les catalyseurs des légendes
urbaines." Et d'ajouter : "Autrefois, l'influence
de Shanghai ne se limitait pas à la Chine (...) Car c'était
la ville qui avait le plus de caractère, et cela grâce
aux Shanghaiennes." Pour illustrer son propos, elle entreprend
de reconstruire la biographie de Mme Zhong, une "Shanghai baby",
une courtisane exceptionnelle... Un récit qui nous en apprend
beaucoup sur les mœurs et les habitudes maritales ou amoureuses
de certains habitants, tout au long du XXe siècle. Quant
au dernier texte, on peut considérer qu'il est proposé
en annexe, et sa présence dans ce recueil peut se comprendre
comme une invitation à découvrir d'autres écrivains
chinois : c'est en effet un extrait d'un roman intitulé Ruelles,
de Wang Anyi, à paraître en 2004 aux
éditions Philippe Picquier. Ce passage est une longue description
des ruelles de Shanghai, "sensuelles, intimes comme le
contact de la peau ; fraîches et tièdes au toucher,
elles gardent secrets leurs émois." Une belle évocation,
qui s'applique peut-être aussi aux Shanghaiennes, pour achever
ce panorama littéraire captivant.
B.
Longre
(juin 2004)

Chine,
du côté des livres
dans
la même collection Tokyo Electrique
(Autrement, 2000 / Picquier, 2006)
http://www.autrement.com/
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