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Regards
sur une réalité chinoise, les mingongs
photographies Pierre Henniquant
www.mingongs.com/mingong.php
Shanghai
du 16 décembre 2006 au 16 janvier 2007 - Galerie
IFA, Moganshan lu
Paris
Galerie Impression
98 rue Quincampoix - Paris IV
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Les
tribulations d’un sous-pauvre.
Quand, par millions, les paysans chinois abandonnent leur village
pour rejoindre une jungle urbaine, ne croyons pas que ce soit de
gaieté de cœur, ou qu’ils le font pour ajouter
un peu de piment à leur morne existence… C’est
de survie qu'il est ici question. Le choix est mince, après
l’expropriation brutale des terres, entre une misère
sans nom ou l'exode : « Ce que le parti donne, le parti
reprend. Quand il veut. A sa guise. La loi est toujours du côté
des plus forts » ; et surtout des plus riches, comme
l’illustre le parcours chaotique et poignant de Fu Zhanxin,
qui arrive à Shanghai un matin de décembre avec son
père – le bail de leurs terres n’a pas été
renouvelé (la cellule locale du parti les leur a retirées
afin de développer « leur potentiel culturel»
- un projet touristique dont les cadres locaux pourront tirer d’importants
bénéfices…). De désespoir, la mère
du narrateur s’est tuée quelque temps plus tôt.
Fu Zhanxin et son père viennent alors rejoindre les masses
rurales qui envahissent les grandes villes et deviennent des mingong,
des « paysans déracinés », dont on estime
le nombre entre 150 et 200 millions aujourd’hui en Chine.
Les deux hommes
ont la chance de trouver rapidement un travail après seulement…
six jours d’attente sur l’esplanade de la gare –
« vrai marché de l’emploi » digne
des anciens marchés à esclaves, où les paysans,
traités comme du bétail, attendent d’être
sélectionnés ; ils se retrouvent sur un chantier,
chargés de « bâtir un nouveau quartier en
reconstruisant du faux ancien sur du vrai pourri », un
complexe luxueux qui accueillera restaurants et boutiques destinés
aux touristes étrangers, aux expatriés et aux riches
Chinois. Pour 25 renmibi par jour (un peu moins de 2,5 euros), il
leur faut abattre les maisons traditionnelles, ne laisser que les
façades, travailler dans la poussière, sur des échafaudages
de bambous, sans casques ni protections, 16 heures par jour, 7 jours
sur 7, sans flancher ni tomber malade – pas de protection
sociale pour les travailleurs illégaux – et attendre
quatre mois avant de toucher leur premier salaire, les contremaîtres
s’étant d’abord servis afin de leur procurer
leur permis de travail – de faux papiers qui leur permettent
de rester à Shanghai. Car ici, « personne n’est
irremplaçable (…) surtout le mingong, marchandise trop
abondante pour être précieuse, denrée périssable,
sans poids et sans bruit. »
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D’emblée,
le jeune homme est frappé par le nombre de «
nez d’éléphant » croisés
en ville ; il apprendra à les appeler plus courtoisement
« Amis étrangers », même s’il
ne peut s’empêcher d’éprouver du
mépris pour leur arrogance, quand ils agissent comme
en pays conquis, ainsi qu'ils le faisaient dans le Shanghai
des années 1930. Des sentiments qui traversent le roman
de bout en bout, et qui s’appliquent autant aux occidentaux
qu’aux Taïwanais, mais aussi aux nantis en général,
rompus à l’art de la corruption – l’un
des maux du pays – que l’on découvre au
travers de nombre d’anecdotes. Fu Zhanxin est peut-être
un sans-terre, mais il a pu recevoir une certaine éducation,
et son esprit critique, à vif, ne cesse de faire mouche
: le regard qu’il porte sur son nouvel environnement
est caustique, teinté d’amertume, et l’ironie
peut se faire mordante quand il est question des injustices
qu’engendre le système économique de son
pays. |
Seul «
rayon de bonheur » dans cette vie d’esclave, le
sourire d’Aiguo, la jeune fille qui vend chaque jour leur
repas aux ouvriers et qui le favorise en le servant mieux que ses
camarades, car, dit-elle, il est « le plus grand et le
plus costaud de tous les gars du chantier » ! Mais Aiguo,
loin d’être une ingénue, est bien déterminée
à s’extirper de la misère et à profiter
des opportunités urbaines, d’abord en étant
embauchée dans un karaoké – haut lieu de divertissement
et de prostitution – pour sa jolie voix mais aussi pour son
habileté à pousser les clients à consommer
plus que de raison. Fu Zhanxin, contrairement à ses camarades,
n’est pas très intéressé par les petites
prostituées qui viennent se louer pour 5 ou 10 renmibi la
passe dans les baraquements des ouvriers – elles aussi viennent
de la campagne, et sont condamnées à cette existence
afin de nourrir les familles restées au loin. Aiguo ne se
prostitue pas, et comme beaucoup, a un second travail, dans une
boutique de vêtements. Comme elle, Fu Zhanxin apprendra à
cumuler les emplois (maître nageur, gardien d’hôtel,
puis barman pour une « ami étranger » français)
et à grimper quelques échelons, faisant confiance
à la jugeote d’Aiguo et apprenant à obéir
au cynique mot d’ordre des gouvernants de la Chine actuelle
: «Enrichissez-vous de n’importe quelle manière
et sans complexes. »
Sans s’en
rendre compte, et encouragé par Aiguo, il se prend au jeu,
quitte à travailler près de 20 heures par jour, pas
toujours honnêtement, ce qui lui permet d’enfin goûter
en partie à l’abondance étalée aux yeux
de tous et au matérialisme qui semble contaminer le genre
humain : le jeune homme est obnubilé par les chiffres, les
prix et la valeur des choses, non plus parce qu’il est miséreux
et qu'il doit compter chaque yuan, mais surtout pour se rassurer
et palper concrètement son nouveau bonheur. Les menus des
restaurants (désormais bien loin du menu à 1 yuan
avalé debout sur le trottoir devant le chantier) sont eux
aussi détaillés et présentés chaque
fois comme une aubaine qui pourrait être la dernière,
mais incarnent surtout l’évolution du garçon,
subjugué par la facilité (relative) avec laquelle
il arrive maintenant à gagner sa vie.
Récit
picaresque et fable morale alerte, La promesse de Shanghai
est un récit ancré dans la tradition
d'un réalisme social empreint d'une belle sensibilité
; on le lit d’une traite tant les tribulations du narrateur,
entre comédie et tragédie, offrent un regard authentique
sur les absurdités d'un système que l'auteur ne se
lasse pas de dénoncer ; la prose, légèrement
oralisée, est en parfaite adéquation avec le personnage,
avec ce qu’il ressent et expérimente et le lecteur
s'attache d'emblée à cet homme à la fois candide
et débrouillard, plutôt honnête (quand les circonstances
l’y autorisent) et pragmatique, conservant sa sagesse populaire,
qui possède une droiture morale rare, incongrue dans ces
lieux corrompus et sans âme. Son grand cœur l’incite
à aider nombre de ses camarades, une solidarité entre
« ventre-creux » plutôt naturelle étant
donné les conditions de vie sur le chantier – mais
qui ne va pas de soi à Shanghai ; à son propre parcours,
s'ajoutent les multiples histoires d’autres mingongs croisés
en route : de mini-récits insérés qui accentuent
les aspects sociologiques du roman, pittoresques, drôles ou
pathétiques, tel celui de Lao Shou, qui pense que son suicide
permettra à ses camarades de récupérer un peu
d’argent, qu’ils pourront envoyer ensuite à sa
femme restée au village, ou encore celui de Guo Tai, condamné
à travailler aux côtés du narrateur, parce qu'il
n'a pu payer les exorbitants droits d'entrée à l'université.
Mais il y a aussi He Gongxin, dont les affaires prospèrent
depuis qu'il a ouvert une boutique de violons et de violoncelles
fabriqués en Corée du Sud, ou encore Aiguo, prête
à tout sacrifier par ambition.
Ne disons rien
de la dévastation finale, presque attendue mais pareille
à nulle autre, et qui s’inscrit à merveille
dans la trame narrative riche et sans concession ; le roman déplace
nos jugements a priori et offre une peinture juste et assurément
sévère de la Chine moderne, vue du côté
des plus miséreux, les oubliés du paradis capitaliste,
tout en nous permettant de pénétrer un univers narratif
insoupçonné, auquel l’on accède avec
empathie. Oeuvre à la fois singulière et universelle
dans son étude humaine et humaniste, le roman tient fort
bien ses promesses...
Blandine
Longre
(avril 2006)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

Chine,
du côté des livres
http://www.bleudechine.fr/
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Entretien
avec Stéphane Fière
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Stéphane
Fière, chinois ou français ?
L'auteur, qui revendique son statut d’écrivain,
revient sur son parcours atypique, entre Lyon, Harvard et
Shanghai, et évoque la Chine d'aujourd'hui, telle
qu'il la vit au quotidien.
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Stéphane
Fière, depuis quand vivez-vous en Chine ? Et quels désirs
ont motivé cet « exil » ?
Exil ? Depuis
plus de vingt ans je vis dans le monde chinois (au sens large) que
ce soit à Taiwan, à Hong-Kong, ainsi qu’aux
USA et même en France (dans les diasporas) et à Shanghai
évidemment où nous ne vivons pas du tout dans la communauté
d’expatriés ; ma femme d’origine chinoise y a
été nommée en 2002 à un poste important
dans une société hongkongaise et je l’y ai rejoint
avec ma fille une année plus tard, en 2003. Par conséquent
ce serait plutôt un « retour aux sources » qu’un
« exil » !
Ca va vous paraître
extravagant mais j’ai toujours été beaucoup
plus à l’aise dans la société chinoise
que dans la société française où je
n’ai jamais eu le sentiment d’être chez moi, j’ai
toujours eu l’impression d’être en dehors, alors
que (et je comprends que ça puisse paraître incongru,
moi un blanc que tout sépare d’un chinois) au contraire
« chez lui » dans la civilisation chinoise !!
Ceci dit après
avoir vécu si longtemps dans l’univers chinois il était
naturel que je m’y sente bien et « en phase »
sinon j’aurais tout de suite ou très vite changé
d’orientation ou de mode de vie. Et j’ai vraisemblablement
intégré plus ou moins consciemment un grand nombre
de comportements, d’attitudes, de façons de penser
chinoise. C’est donc dans ce sens que je parle d’un
retour aux sources plutôt que d’un exil.
Comment
est né ce roman ? Aviez-vous une idée précise
en tête en l’écrivant ?
Aucune idée
précise. Le roman a été écrit d’une
manière totalement intuitive, instinctive, sans idée
de départ, ni plan, ni intrigue ni rien du tout. Je me suis
seulement assis un jour avec mon ordinateur portable à la
bibliothèque de Shanghai, avenue Huaihai, et j’ai commencé
à écrire, et la première chose qui est sortie
c’est la référence aux « nez d’éléphant
», souvenir d’un voyage à Xi’an avec ma
femme et ma fille : alors que nous nous promenions dans un vieux
quartier typiquement chinois, où les occidentaux ne s’aventurent
presque jamais, j’ai très distinctement entendu un
couple qui en me voyant a simplement dit « tiens, un long
nez » (l’expression courante en Chine pour désigner
les occidentaux), de là j’en ai tiré le nez
d’éléphant et hop c’était parti.
Pourquoi avoir choisi de parler des mingong
? Qu’incarnent-ils dans la société actuelle
?
Les «
mingong », à Shanghai, quand on veut les voir, ou lorsqu’on
sait les reconnaître, ils sont absolument partout, sur les
chantiers et les échafaudages bien entendu, mais aussi accroupis
sur les trottoirs ou dans les gargotes en train de manger, ou à
transporter du matériel dans les rues, le soir en train de
fumer ou de jouer aux échec sur les trottoirs aux abords
des chantiers, dans les gares, aux carrefours avec des pancartes
signalant leurs compétences manuelles…. ; ce sont ces
paysans déracinés qui quittent leurs campagnes appauvries
pour aller louer leur bras dans les chantiers de construction des
villes côtières en plein boom économique ; la
croissance chinoise leur doit beaucoup, ils en sont la face cachée,
celle que l’on prend bien soin de ne jamais montrer, ni d’en
parler, pour ne pas donner une idée « fausse »
de la Chine contemporaine, ils sont le lumpenprolétariat
du XXIe siècle, sacrifiés sur l’autel de la
croissance, exclus socialement, culturellement, administrativement,
économiquement, mais indispensables à l’essor
de l’économie chinoise. D’après les estimations
ils seraient actuellement autour de deux cents millions…
Pourquoi parler
d’eux alors qu’évidemment tout nous sépare
et que nous n’avons rien en commun ? Peut-être après
tout par une certaine affinité, je me sens plus proche de
ceux qui sont toujours mis à l’écart, ceux qu’on
méprise ou que l’on regarde de haut, ceux qui sont
au plus bas de l’échelle et qui n’ont jamais
que leur bras pour essayer de s’en sortir. Peut-être
aussi en raison de mes expériences personnelles, dans ma
jeunesse : au début des années 1980 à Lyon
la municipalité avait décidé de rénover
les immeubles moyenâgeux du Vieux Lyon et je travaillais souvent
sur les chantiers, dans des conditions abominables, à taper
contre les murs avec la masse ou au marteau piqueur, à nettoyer
des caves immondes, repoussantes de saleté et d’odeurs,
à sabler les façades, monter les échafaudages…
En
lisant votre roman, on est d emblée frappé par la
manière dont vous avez construit un discours fictionnel et
qui pourtant résonne avec authenticité : comment avez-vous
pu donner voix à un personnage aussi éloigné
de notre monde ?
De notre monde
? Le votre plutôt, non !!! C’est mon imagination et
ma créativité qui ont fait le reste ; même si
tout ce que j’écris, dans le moindre petit détail,
est toujours vrai ou au moins vraisemblable. Je suis romancier rappelez
vous… pas journaliste ou sociologue.
Avez-vous rencontré (un ou plusieurs)
Fu Zhanxin ? Dans quelles circonstances ?
Rencontré,
entendu, écouté, regardé, vu, contemplé…
Mon livre est un roman, pas un témoignage ou un essai politico-économique
; c’est une œuvre de fiction.
Quels
sont habituellement les contacts qu’entretiennent les occidentaux
avec ces travailleurs illégaux ?
Aucun. Ils ne
les voient pas. Pour un occidental (touriste ou expatrié)
la Chine c’est Beijing et Shanghai, les hôtels 5 étoiles,
les aéroports ultramodernes, les centres commerciaux et les
boutiques de luxe, les villas « californiennes » avec
le petit personnel, Xintiandi ou Wangfujing (les rues chics de Shanghai
et de Beijing), les restaurants gastronomiques, ou certaines villes
de l’intérieur en raison de leur passé impérial
et les vestiges de la Chine (vieux temples délabrés,
anciens quartiers Ming ou Qing…) telle qu’on en rêve
en Occident.
Le regard
porté sur les occidentaux est tout sauf tendre dans votre
roman ; quels comportements choquent généralement
les Chinois ?
Ce qui fait
l’identité chinoise, c’est la certitude, que
dis-je, la conviction, de la supériorité de leur civilisation.
La vision du monde des chinois est très manichéenne,
il y a « nous », et les «autres », «
la civilisation » et « les barbares ». Cette prééminence
a été balayée à partir de 1850 par les
Traités Inégaux et le dépècement de
la Chine par les puissances occidentales, une humiliation profondément
ancrée dans l’inconscient chinois. Aujourd’hui
il faut retrouver cette puissance et cette supériorité
et la croissance économique de la Chine, son poids de plus
en plus important dans le monde redonne fierté et orgueil,
la Chine retrouve la place qui doit être la sienne, la première…
Le
lecteur est étonné de la rancune entretenue vis-à-vis
de Taiwan : le point de vue du narrateur est-il celui d’une
majorité de Chinois ? Comment l’expliquer ?
Ce n’est
pas forcément de la rancune, qui serait due à une
certaine jalousie devant les succès économiques de
Taiwan et l’élévation spectaculaire du niveau
de vie de ses habitants ; c’est plutôt le sentiment
que l’île doit de toute façon revenir dans la
mère patrie, pour « reconstituer l’empire »
tel qu’il était avant l’arrivée des occidentaux
au XIXe siècle.
Ceci dit quand on parle avec des Chinois de la rue à propos
de Taiwan, et sans que cela bien entendu ait une quelconque valeur
de sondage, la réaction viscérale est souvent la même,
à savoir que si Taiwan déclarait son indépendance,
le recours à la force armée devra être immédiat.
Quels sont les aspects de la vie chinoise
qui vous fascinent encore aujourd’hui ? Ou bien qui demeurent
incompréhensibles à vos yeux d’occidental ?
Je ne sais pas
comment répondre à cette question. Peut être
avec une périphrase : quand je suis parti faire des études
à Harvard dans le département Extrême-Orient,
un de mes profs m’avait demandé pourquoi à 33
ans et avec un passé d’entrepreneur j’étais
venu étudier la science politique et l’économie
chinoise et je lui avais répondu que je baignais dans le
monde chinois depuis une dizaine d’années mais qu’il
me manquait les clés pour y rentrer vraiment et essayé
de le comprendre, à mon très modeste niveau. Je lui
avais dit que pour moi la civilisation chinoise c’était
un parc avec un château immense, j’étais déjà
rentré dans le parc mais je n’avais pas la clé
pour pénétrer à l’intérieur du
château et j’espérais que mes études à
Harvard me fourniraient cette clé. Nous sommes maintenant
en 2006, je suis rentré dans le château mais je suis
encore dans le hall d’entrée à admirer le plafond…
La
corruption endémique, bien décrite dans le roman,
est-elle selon vous un phénomène temporaire ?
La corruption
a toujours existé en Chine (comme dans la plupart des pays
du monde), sous le régime impérial et pour toutes
sortes de raisons. Aujourd’hui elle est la conséquence
d’une politique mise en place dans les années 1990
: D’abord, le gouvernement a autorisé une décentralisation
du pouvoir politique au niveau local, notamment pour donner plus
de flexibilité, de souplesse, dans la prise de décision
aux provinces, municipalités, districts…. et il a fallu
embaucher beaucoup de nouveau personnel (pas toujours très
« formé » ni « compétent »)
; d’où affaiblissement du contrôle exercé
par l’autorité centrale et en corollaire une plus grande
marge de manœuvre des autorités locales ; et secondement,
il y a eu aussi des changements au niveau de la fiscalité
et transfert d’un certain nombres de prérogatives dans
ce domaine de l’Etat aux collectivités locales avec
comme conséquence la commercialisation de la plupart des
services autrefois gratuits (hôpitaux, universités….),
et donc des fenêtres d’opportunités de corruption
se sont ouvertes spontanément chaque fois qu’il faut
un tampon ou une signature sur un document… La corruption
au niveau local est devenu un « fact of life », il faut
s’en accommoder et c’est le « prix » à
payer pour avancer.
Par ailleurs comme le gouvernement n’a jamais donné
de recettes, ni de règles du jeu, ni mis en place des normes
et des corps intermédiaires ou favoriser la création
d’une sphère économique en dehors du système
politique (la Chine est toujours, il faut le rappeler, un état
totalitaire) le mot d’ordre du « enrichissez-vous »
c’est donc chacun pour soi, la lutte de tous contre tous,
l’intérêt personnel et immédiat, l’absence
de confiance entre tous les acteurs sociaux, économiques…
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Homme
du Sud, Femme du Nord
de WANG Chao
Traduction Françoise Naour, Bleu de Chine
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Pensez-vous
qu’un écrivain chinois aurait pu écrire
ce roman ?
L’écrire
oui bien évidemment ; je pense spontanément
au grand romancier Wang Chao, d’ailleurs traduit et
publié en France par les
éditions Bleu de Chine, et qui est l’un
des rares à parler sans fard de la face cachée
de la Chine. Publier en Chine ? Oui je le crois aussi, après
tout la corruption, l’état social et économique
des campagnes, l’exode et les conditions de travail
des mingong, les explosions dans les mines, les différences
de revenus entre les villes et les campagnes, etc., on peut
le lire dans les journaux chinois et dans les journaux chinois
traduits en anglais, ce ne sont des secrets pour personne
; tant que rien n’est écrit sur une éventuelle
corruption des élites dirigeantes à Beijing…
corruption à laquelle je ne crois guère, les
sommets de l’Etat chinois sont au-delà de tout
soupçon.
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Et ce roman aurait-il pu être publié en Chine ?
Publier mon
roman en Chine ? Je crois que mon éditrice s’y emploie.
J’ai cru comprendre que cela provoquerait un grand choc, au
moins dans les milieux littéraires et intellectuels qui ont
tendance à s’embourgeoiser et à oublier le sort
des plus démunis pour décrire uniquement les filles
qui couchent avec des amis étrangers, boivent du champagne
dans les bars à la mode ou sniffent de la coke dans les chiottes
des grands hôtels internationaux… Publier le roman d’un
«nez d’éléphant » qui parlerait
de la misère chinoise et des laissés pour compte comme
un vrai Chinois, ça les obligerait peut être à
une certaine remise en question, voilà qui pourrait avoir
un effet salutaire !!! Mais enfin bon, ce sont les bruits qui courent,
je croise les doigts…
propos
recueillis par B. Longre -
avril 2006
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