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Le chat
du rabbin miaula pour la première fois dans les planches,
puis parla fort intelligemment en 2002, dans le premier volume de
cette histoire singulière, intelligente et drôle.
Le chat du rabbin,
c’est le narrateur, le compagnon fidèle de la jolie
Zlabya, la fille du rabbin, l’observateur du monde des humains
dans lequel il évolue, portant sur ces hommes un regard aiguisé
sans concession aucune. C’est un philosophe, un théologien,
qui, plus que tous, connaît le poids des mots.
Autour du chat, il y a Zlabya, bien sûr, puis le vieux rabbin
Sfar, le jeune rabbin de Paris que Zlabya vient d’épouser
et avec lequel elle s’ennuie car il préfère
les livres, les prières et les études à une
vie sexuelle digne de ce nom. Tout ce petit monde vit au cœur
de la communauté juive d’Alger la Blanche, au début
du siècle dernier, en assez bonne harmonie. On parle beaucoup,
on fréquente les voisins et les autres communautés,
on se chamaille aussi, on parle de Dieu et des pâtisseries,
on boit l’anisette. Bref, on vit car si l’amitié
entre les peuples est «une invention de sorciers, de gourous
et de menteurs de charme » (écrit Philippe Val
dans sa préface), l’amitié entre les hommes
existe pour de vrai.
L’imprévu
et l’aventure surgissent dans une caisse de vieux livres qui
proviennent de Russie où l’arrivée des communistes
au pouvoir provoque la fermeture des synagogues et des églises.
Dans la caisse, un homme gît, mort. Après d’âpres
discussions théologiques parfois, terre à terre souvent,
pour savoir avec quels rites enterrer le quidam, voilà qu’il
se réveille et se met à baragouiner en cyrillique,
langue que personne ne comprend sauf notre félin. Le Russe,
bel homme qui aurait un petit air de Petit Prince, est un peintre
ashkénaze qui a dû s’exiler pour pouvoir pratiquer
son art et qui pensait se retrouver à Addis-Abeba, en Ethiopie.
Afin de faciliter l’échange entre les hommes, on déniche
dans la minuscule communauté russe d’Alger un certain
Vastenov, Russe blanc richissime, buveur, jouisseur et sanguinaire.
L’artiste a un projet très précis : trouver
la mythique Jérusalem d’Afrique où, paraît-il,
les hommes noirs sont juifs, libres et égaux ! Malgré
le scepticisme extrême du vieux rabbin Sfar (« La
preuve, c’est que regarde : les Noirs, ils ont l’esclavage,
les juifs, ils ont les pogroms. C’est très lourd à
porter … Alors imagine un peuple qui aurait les deux à
la fois, c’est pas possible ! »), on décide
une expédition jusqu’en Ethiopie, financée par
Vastenov.
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Le
vieux rabbin est du voyage, accompagné de son chat,
de Vastenov, du peintre russe, du cheikh Mohammed Sfar, grand
musicien, grand connaisseur de l’Afrique, qu’il
parcourt pour collecter de nouvelles musiques, de son âne,
d’une authentique autochenille Citroën qui a fait
la croisière noire avec Audouin-Dubreuil et du Guide
Citroën pour tout viatique.
Les voyageurs entreprennent un long périple, d’ouest
en est, qui leur fera connaître le grand frisson, les
étrangers, l’amour, le désert, un explorateur
raciste, un scorpion et un petit reporter frimeur au Congo
belge qui tire sur tous les animaux qu’il croise, accompagné
d’un chien blanc stupide qui parle petit nègre. |
Si l’utopie
n’est pas au bout du voyage, nos héros auront au moins
vécu une expérience très enrichissante car
ce qui compte aussi dans les voyages, c’est de les faire et
pas forcément ce qu’il y a au bout !
Alors que le
tome précédent était un peu décevant,
celui-ci se révèle excellent en tous points, inventif
et plein de finesse. Sfar y aborde, avec une apparente légèreté,
des questions essentielles, celles qui agite le monde aujourd’hui
: religions, relations humaines, écoute de l’autre,
dialogue et respect, intolérance et ignorance. Il le fait
bien, sans pesanteur, sans didactisme trop appuyé. Une réussite.
Catherine
Gentile
(décembre 2006)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

http://www.dargaud.com
http://www.pastis.org/joann/
lire
aussi
La Vallée des Merveilles, tome 1 : Chasseur-cueilleur
(Dargaud, 2006)
Le Japon vu par 17 auteurs (Casterman,
Ecritures, 2005)
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