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Encore
Sfar ?
Mais on ne parle
que de lui ! Auteur jeune mais très productif, directeur
de la nouvelle collection Bayou chez Gallimard Jeunesse, musicien,
chouchou de Télérama, grand connaisseur de chats et
de rabbins, bon collègue du Président d’Angoulême
cru 2007… , ce diable d’homme est partout, occupe un
très large terrain médiatique au risque d’agacer
parfois. Pourtant, il reste très abordable, lucide sur ce
qu’il fait et la place qui est la sienne. Et il a du talent
!
Preuve en est
avec ce nouvel album, cette Vallée des Merveilles,
récit préhistorique très contemporain, dans
lequel Sfar mêle des éléments autobiographiques
importants (Sfar serait-il aussi un homme des cavernes ?) et introduit
les gens qu’il aime, ses enfants et sa femme.
L’histoire s’ouvre sur un petit matin paisible dans
un paysage paradisiaque où la couche d’ozone n’a
encore aucun trou. Dans un abri sous roche, une petite famille se
réveille doucement (pas d’emploi du temps très
serré en perspective !) : le père, Pot de Miel, vêtu
d’une seule mais jolie culotte de peau de bête, la maman,
Nuit des Câlins, une belle blonde aux yeux bleus, Esprit des
Anciens, la fille, délurée, débrouillarde et
très inventive, et Tigre, le petit dernier, qui aime bien
aller pêcher avec son papa.
Comme il n’y
a pas de supermarché dans le coin, il faut donc aller chercher
son manger là où il pousse, là où il
nage ou court. Esprit des Anciens s’occupe des racines de
manioc et les garçons du poisson que la maman cuisinera sur
le feu (qui est tout de même inventé). La vie est belle
dans cette Vallée et le bonheur existe. Mais voilà
que Nuit des Câlins se lasse du manioc-poisson et qu’elle
mangerait bien un petit peu de gibier. Pot de Miel n’a plus
qu’à changer de pagne, enfiler son collier de chance,
se fabriquer une épée de silex et un gourdin et puis
tailler la route. Il passe chercher son copain Grand Nez qui Déniche,
qui ne porte lui qu’un immense étui pénien un
peu encombrant. Après avoir salué Biche Vanille, la
femme de son ami, et son fils prénommé Tigre aussi,
bu un peu de la drôle de préparation que concocte Grand
Nez qui Déniche (à base de jus de fruits avec des
graines et des vers de terre empoisonnés) et qui fait tourner
la tête et rigoler, les deux compères entament leur
grande chasse, tout en essayant de sauver un ami des pattes d’un
sorcier, d’expérimenter de nouvelles techniques, de
parler coutumes vestimentaires, sexe, famille et philosophie, de
naviguer sur l’eau par beau temps et de goûter au plaisir
d’être ensemble. Ils font des rencontres, notamment
celle d’une espèce de barbare qui ne conçoit
les rapports humains que par combats et duels, et deux visionnaires
qui inventent l’agriculture. Ce qui est bien aussi dans les
voyages, ce sont les retours et le plaisir des retrouvailles avec
ceux qu’on a laissés, les cadeaux que l’on rapporte,
les histoires que l’on a à raconter...
Il y a comme
cela des livres qui font du bien, qui nous donnent du bonheur et
de l’intelligence, qui font que, pour quelque temps, on voyage
sur un petit nuage et l’on oublie les trous de la couche d’ozone,
les trente mille choses à faire en même temps, les
courses au supermarché… Celui-ci procure exactement
cette sensation et cela fait un bien fou ! Sfar ne cherche pas à
faire un récit historique rigoureusement documenté
ni scientifique.
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Là
n’est pas son propos. Il parle tout de même de
choses essentielles, par le biais du journal intime (puisque
Pot de Miel en est le narrateur), de la saga, du conte, du
récit d’aventures, de la poésie. Il parle
de la vie, des relations entre les gens, de la place de l’homme
dans son environnement, de son rapport à la spiritualité
et à la religion, de ceux qui n’existent que
par l’affrontement physique. Comme il y a l’art
naïf, Sfar fait de la bande dessinée naïve,
où il garde beaucoup de fraîcheur et de chaleur,
mais que l’on peut lire à des niveaux différents
bien sûr. Mention spéciale pour les dialogues,
toujours un peu décalés, drôles, poétiques
et d’une apparente légèreté. Ses
personnages parlent comme nous et sont proches de nous. |
Catherine
Gentile
(mai 2006)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle chronique aussi littérature de jeunesse
et bande dessinée dans la revue Inter CDI.

http://www.dargaud.com
http://www.pastis.org/joann/
lire aussi
Le Japon vu par 17 auteurs (Casterman,
Ecritures, 2005)
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