de Serguei Bodrov

Russie 1996
durée 1h35
en salles le 17 juillet 2002
(à Lyon, au CNP)

avec Oleg Menchikov et Serguei Bodrov Junior

 

Les jeunes recrues russes au regard d'azur passent, en grappes compactes, la visite d'aptitude au combat. Pressées vers la mort. Puis, un blindé part nonchalamment en patrouille. Il tombe dans une embuscade tendue par des indépendantistes caucasiens (nous aurons peu de détails sur le contexte géographique et historique). Les rebelles font deux prisonniers: un jeune soldat un peu naïf, Vania, et son aîné, officier roublard et "dur à cuire", Sacha. Abdoul veut les échanger contre son fils retenu par les Russes et les emmène dans un improbable et magnifique village musulman perché sur une montagne. Très vite des liens se tissent entre les deux soldats et la population locale : avec leur geôlier bien sûr, mais aussi avec la fille d'Abdoul qui tombe amoureuse de Vania. La guerre n'est possible que lorsque la parole se dérobe.
Les deux militaires, eux-aussi, apprennent à s'apprécier et le film est émaillé de scènes cocasses, de confidences poignantes, ou encore de moments un peu fous comme seuls les Russes savent en filmer (une danse d'ivrognes sur le toit de la prison par exemple).

Serguei Bodrov signe ici un film âpre sur la guerre et ses absurdités. Sa caméra, souvent fixe, filme avec rigueur et affection les différents protagonistes sans prendre parti. Il se dégage de ce film rude une forte émotion ainsi que quelques lignes de fuite improbables: une danse d'ivrogne, un amour impossible, une évasion ratée,…
Si du côté caucasien "on tue les Russes parce qu'ils tuent nos fils", côté russe "il faut venger nos fils"… Serguei Bodrov revisite la tragédie grecque de bien belle manière et anticipe (il tourne en 1996) nos modernes tragédies : la guerre en Tchétchénie, pour ne citer qu'elle.

Jean-Emmanuel Denave
(juillet 2002)