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...mais
on peut se noyer dans une tasse de café au lait
Joyeux recueil
de nouvelles toutes aussi surprenantes les unes que les autres,
On ne peut pas s’étouffer avec des vermicelles
(qui est aussi le titre de la dernière nouvelle) se lit avec
un plaisir rare. L’auteur a certainement un faible pour le
quotidien qui déraille, pour la timidité des faibles
et pour les couples qui se défont, mais cela n’explique
pas tout. Le style en est incisif et concis, l’auteur ne tergiverse
pas et va droit au but de ses historiettes, l’enchaînement
des faits est imprévisible et surtout, le caractère
invraisemblable de ces petits récits prend le lecteur par
surprise, le faisant basculer dans des situations absurdes qui doivent
beaucoup, semble-t-il, au surréalisme.
Les treize histoires mettent en scène des personnages peu
à peu aspirés par des événements qu’ils
ne peuvent contrôler mais dont ils ne peuvent s’échapper
: ainsi, le jeune homme de Phosphorescence (une nouvelle
qui n’est pas sans rappeler les Exercices de style queniens)
se retrouve comme emprisonné dans un autobus, cerné
par des passagers hostiles et un contrôleur qui s’acharne
sur lui, ayant trouvé la proie idéale. « Tous
contre un » pourrait être la devise des autres protagonistes
et la scène qui se joue à huis-clos est lourde de
cruauté sous-jacente. Quand l’un des passagers (qui
vient de conspuer le jeune homme, ajoutant encore à la malveillance
ambiante) est applaudi par les autres, la situation, banale au premier
abord, prend des allures cauchemardesques.
De même, L’âme de la rascasse raconte
comment un auteur en vogue est harcelé par son entourage
(il faut dire qu’il s’est fait peintre malgré
lui et connaît un plus grand succès encore…),
jusqu’au point où la fuite devient son seul recours.
Cette nouvelle, particulièrement intéressante, explore
les notions d’art et de talent en renversant la situation
: quand la main de l’auteur se met à refuser de lui
obéir (« chaque fois qu’il essaie d’écrire,
il dessine ») celui-ci doit tout réapprendre :
« Il a dû se documenter, acheter une encyclopédie,
s’abonner à des revues d’art, visiter des musées,
des galeries, qui jusqu’alors ne l’intéressaient
pas. » Le retournement est une tactique dont l’auteur
raffole — déjà exploitée par Christophe
Paviot, par exemple, dans Edgar
a les dents jaunes — et permet à l’auteur
de dévoiler le réel avec talent, comme dans Plante
(la dite plante se nourrit de mensonges) ou dans la nouvelle éponyme,
quand la publicité pour un parfum (« Deux gouttes
suffisent pour séduire un bataillon de blondes »
! ) se révèle fonctionner, pour le plus grand plaisir
(puis l’abattement) du protagoniste masculin…
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De
même, la spirale qui emporte les personnages est habilement
illustrée dans Formation professionnelle, un
récit où le vaudeville est parodié jusqu’à
un point de non retour et enferme la femme, son mari et son
amant dans une spirale sans fin de saynètes pathétiques
et obscènes. D’autres nouvelles sont plus acides,
empreintes d’un délectable humour noir, et dès
le départ, on comprend que les personnages de Effets
secondaires, de Verticale ou encore de Le
gnou sont voués à disparaître…
L’ensemble possède une cohérence interne
rare dans un recueil de nouvelles et peut se lire d’une
traite, l’auteur entretenant parfaitement le suspense
pour nous emmener vers des chutes où l’absurde
règne en maître.
B.
Longre
(novembre 2003) |
Sergi
Pàmies, né à Paris en 1960, revient
à l’âge de dix ans à Barcelone où
il apprend le catalan "pour parler aux filles". Cette
langue, lorsqu’il décide d’écrire, s’imposera
naturellement à lui. Pàmies est traduit en anglais,
en allemand, en japonais et bien sûr en français. Les
Éditions Jacqueline Chambon ont publié trois recueils
de nouvelles, Le Grand Roman de Barcelone (2003, Prix de
la Critica Serra d’Or), Aux confins du fricandeau
(2001) et Infection (1998) ainsi que trois romans, L’Instinct
(1998), La Première Pierre (1995), Sentimental
(1997).

Editions
du Rouergue
http://www.lerouergue.com
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