La peinture entrée libre
Nathan, 2004

à partir de 6 ans

 

 

La peinture à vivre

"Le monde des peintres d'hier est aujourd'hui, de ceux qui font bouger la vie en grand ou en petit."

L'introduction de l'auteure donne d'emblée le ton de cet ouvrage qui, entre poésie et art pictural, fait le tour de la peinture occidentale (de Magritte à Arcimboldo, de Dubuffet à Goya, de Vermeer à Warhol...) tout en proposant des interprétations poétiques plutôt amusantes, en regard de chaque reproduction. Ce beau livre peut se lire dans le désordre (pas de chronologie particulière à suivre), et prône fantaisie et liberté, l'auteure refusant de fournir une ennuyeuse leçon d’histoire de l'art : elle préfère, et c'est tant mieux, proposer son regard individuel (nécessairement subjectif) tout en apportant des pistes d'exploration variées que les plus jeunes des lecteurs pourront exploiter. "Au diable la perspective, l'harmonie et la beauté ! Vive la peinture improvisée, le barbouillage et le gribouillage !" Ce commentaire que l'on trouve face au tableau de Dubuffet intitulé L'accouchement (1944) ne correspond peut-être pas aux compétences que l'artiste mettait en jeu en peignant sa toile, il n'empêche que Marie Sellier parvient à intéresser le lecteur à un peintre dont les oeuvres sont parfois difficiles d'accès. Parlant du même tableau, elle écrit : "la maman ressemble un peu à une grenouille, le bébé à un têtard sur ce lit tout aplati.", profitant ainsi de l'occasion pour utiliser des mots dont la simplicité prend en compte le premier destinataire de ce "beau livre", l'enfant lecteur.

Chaque double page comporte un titre qui sert de pendant au nom officiel du tableau ; ainsi "Portrait de vieillard et de jeune garçon" (1488) de Domenico Ghirlandaio s'intitule aussi "un gros nez", en référence au nez déformé et enflé qui orne le visage du vieil homme et dont l'aspect étrange frappe les enfants. Ailleurs, "Numéro 4" (1949) de Jackson Pollock porte un second titre, plus parlant, qui nous éclaire sur l'abstraction de l’œuvre et permet d'ébaucher une lecture d'une oeuvre réputée illisible : "un rythme" ("giclures de jaune, éclaboussures de rose et de vert, traînées de noir et de blanc... Les courbes se croisent, s'entrecroisent et se perdent dans un mouvement effréné.").

D'autres textes se goûtent comme de jolis poèmes : "Voilà comment se rêve Frida Kahlo, la brume mexicaine aux sourcils en ailes d'oiseau." écrit Marie Sellier à propos de la toile "Le cerf blessé" (1946), une création émouvante et cruelle. Même chose quand elle se penche sur Le Cri de Munch (1893) ou de L'Eté d'Arcimboldo (1573) : "l'été a le nez en courgette, le regard cerise et des petits pois plein la bouche. Sous son habit de blé mûr pousse un cœur d'artichaut."
Les 45 tableaux qui défilent sous nos yeux, dans le désordre, ont été choisis par l'auteure ; certains sont drôles, cocasses, d'autres représentent les douleurs du monde ou des visions individuelles particulièrement sombres ; mais pour chacun d'entre eux, même les plus hermétiques, Marie Sellier (à qui l'on doit des albums qui ont fait leurs preuves auprès des lecteurs, tel L’Afrique Petit Chaka) sait trouver le ton juste, les mots qui touchent les enfants
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B.Longre
(novembre 2004)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.nathan.fr