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La
peinture à vivre
"Le
monde des peintres d'hier est aujourd'hui, de ceux qui font bouger
la vie en grand ou en petit."
L'introduction
de l'auteure donne d'emblée le ton de cet ouvrage qui, entre
poésie et art pictural, fait le tour de la peinture occidentale
(de Magritte à Arcimboldo, de Dubuffet à Goya, de
Vermeer à Warhol...) tout en proposant des interprétations
poétiques plutôt amusantes, en regard de chaque reproduction.
Ce beau livre peut se lire dans le désordre (pas de chronologie
particulière à suivre), et prône fantaisie et
liberté, l'auteure refusant de fournir une ennuyeuse leçon
d’histoire de l'art : elle préfère, et c'est
tant mieux, proposer son regard individuel (nécessairement
subjectif) tout en apportant des pistes d'exploration variées
que les plus jeunes des lecteurs pourront exploiter. "Au
diable la perspective, l'harmonie et la beauté ! Vive la
peinture improvisée, le barbouillage et le gribouillage !"
Ce commentaire que l'on trouve face au tableau de Dubuffet intitulé
L'accouchement (1944) ne correspond peut-être pas
aux compétences que l'artiste mettait en jeu en peignant
sa toile, il n'empêche que Marie Sellier parvient à
intéresser le lecteur à un peintre dont les oeuvres
sont parfois difficiles d'accès. Parlant du même tableau,
elle écrit : "la maman ressemble un peu à
une grenouille, le bébé à un têtard sur
ce lit tout aplati.", profitant ainsi de l'occasion pour
utiliser des mots dont la simplicité prend en compte le premier
destinataire de ce "beau livre", l'enfant lecteur.
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Chaque
double page comporte un titre qui sert de pendant au nom officiel
du tableau ; ainsi "Portrait de vieillard et de jeune
garçon" (1488) de Domenico Ghirlandaio s'intitule
aussi "un gros nez", en référence
au nez déformé et enflé qui orne le visage
du vieil homme et dont l'aspect étrange frappe les enfants.
Ailleurs, "Numéro 4" (1949) de Jackson
Pollock porte un second titre, plus parlant, qui nous éclaire
sur l'abstraction de l’œuvre et permet d'ébaucher
une lecture d'une oeuvre réputée illisible : "un
rythme" ("giclures de jaune, éclaboussures
de rose et de vert, traînées de noir et de blanc...
Les courbes se croisent, s'entrecroisent et se perdent dans
un mouvement effréné."). |
D'autres textes
se goûtent comme de jolis poèmes : "Voilà
comment se rêve Frida Kahlo, la brume mexicaine aux sourcils
en ailes d'oiseau." écrit Marie Sellier à
propos de la toile "Le cerf blessé" (1946),
une création émouvante et cruelle. Même chose
quand elle se penche sur Le Cri de Munch (1893) ou de L'Eté
d'Arcimboldo (1573) : "l'été a le nez en
courgette, le regard cerise et des petits pois plein la bouche.
Sous son habit de blé mûr pousse un cœur d'artichaut."
Les 45 tableaux qui défilent sous nos yeux, dans le désordre,
ont été choisis par l'auteure ; certains sont drôles,
cocasses, d'autres représentent les douleurs du monde ou
des visions individuelles particulièrement sombres ; mais
pour chacun d'entre eux, même les plus hermétiques,
Marie Sellier (à qui l'on doit des albums qui ont fait leurs
preuves auprès des lecteurs, tel L’Afrique Petit
Chaka) sait trouver le ton juste, les mots qui touchent les
enfants.
B.Longre
(novembre 2004)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.nathan.fr
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