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La
face obscure de Peter Sellers
Admiration
et sensibilité, louange et sympathie : pour retracer le parcours
du comédien britannique Peter Sellers, de ses débuts
radiophoniques à son dernier film, Stephen Hopkins a fait
le choix de l’intime. Adaptation du roman de Roger Lewis,
Moi, Peter Sellers fait certes la part
belle aux saynètes qui ont élevé Peter Sellers
au panthéon des acteurs comiques du siècle, et Geoffrey
Rush (jouant Peter Sellers) s’en donne à cœur
joie pour restituer l’énergie et l’amour du jeu
du célèbre Clouseau de la Panthère rose ; mais
l’accent est tôt déplacé vers l’homme
Peter Sellers, l’homme derrière les mille déguisements
d’une vie passée sous le signe de l’insatisfaction.
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Qui
était donc Peter Sellers ? Être polymorphe sans
intériorité, se plaignant lui-même de
son manque de personnalité, Sellers reste toute sa
vie un petit garçon œdipien, obéissant
à sa mère tyrannique et à son injonction
d’ambition et de succès : Sellers en veut toujours
plus, pense toujours pouvoir être meilleur. Tour à
tour délirant et satirique, Sellers a le jeu dans l’âme,
et lui sacrifie tout. Comédien jusque dans la réalité,
doté d’une énergie débordante,
Sellers se donne tout entier à ses personnages, sans
se soucier d’autre chose : mauvais époux, mauvais
père, il s’illustre hors-plateau par ses rages
monumentales, ses caprices, ses doutes et ses déprimes
; le génie puéril se perd dans des bras d’idiotes,
s’abandonne à l’alcool, voire à
la drogue, et sombre de toute son exubérance dans l’impasse
caricaturale des Hollywood stories. |
Si
l’on songe parfois à Austin Powers, ou, mieux,
au Man on the moon de Milos Forman, on ne rit somme toute
pas tant que cela devant Moi, Peter Sellers
: passé le générique haut en couleurs, le film
s’assombrit lentement, glissant de sketches en sketches vers
une issue plus subtile.
Stephen
Hopkins satisfait bien les cinéphiles par force mises en
abîme de l’œuvre de Sellers : on s’amuse
à croiser Clouseau, le docteur Folamour, et avec eux Blake
Edwards (John Litgow) et Stanley Kubrick (Stanley Tucci)... La star
du moment Charlize Theron laisse aussi indifférent que son
personnage, Britt Eckland, l’une des femmes écervelées
de Sellers ; au contraire, Emily Watson (jouant Anne Sellers, la
première épouse) offre un relai de qualité
au show irréprochable de Geoffrey Rush. Hopkins mêle
gags et anecdotes, plus ou moins signifiantes, qui ensemble font
de ce film très narratif un divertissement plutôt intelligent
et varié, reposant sur une reconstitution historique plaisante
; mais c’est surtout la performance de Rush qui vaut à
Moi, Peter Sellers d’être
une réussite assez jolie.
Nicolas
Cavaillès
(novembre 2004)

http://www.ocean-films.com/moipetersellers/
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