(The Life and Death of Peter Sellers)
de Stephen Hopkins

Avec Geoffrey Rush, Charlize Theron, Emily Watson

sortie 17 novembre 2004

 

 

La face obscure de Peter Sellers

Admiration et sensibilité, louange et sympathie : pour retracer le parcours du comédien britannique Peter Sellers, de ses débuts radiophoniques à son dernier film, Stephen Hopkins a fait le choix de l’intime. Adaptation du roman de Roger Lewis, Moi, Peter Sellers fait certes la part belle aux saynètes qui ont élevé Peter Sellers au panthéon des acteurs comiques du siècle, et Geoffrey Rush (jouant Peter Sellers) s’en donne à cœur joie pour restituer l’énergie et l’amour du jeu du célèbre Clouseau de la Panthère rose ; mais l’accent est tôt déplacé vers l’homme Peter Sellers, l’homme derrière les mille déguisements d’une vie passée sous le signe de l’insatisfaction.

Qui était donc Peter Sellers ? Être polymorphe sans intériorité, se plaignant lui-même de son manque de personnalité, Sellers reste toute sa vie un petit garçon œdipien, obéissant à sa mère tyrannique et à son injonction d’ambition et de succès : Sellers en veut toujours plus, pense toujours pouvoir être meilleur. Tour à tour délirant et satirique, Sellers a le jeu dans l’âme, et lui sacrifie tout. Comédien jusque dans la réalité, doté d’une énergie débordante, Sellers se donne tout entier à ses personnages, sans se soucier d’autre chose : mauvais époux, mauvais père, il s’illustre hors-plateau par ses rages monumentales, ses caprices, ses doutes et ses déprimes ; le génie puéril se perd dans des bras d’idiotes, s’abandonne à l’alcool, voire à la drogue, et sombre de toute son exubérance dans l’impasse caricaturale des Hollywood stories.

Si l’on songe parfois à Austin Powers, ou, mieux, au Man on the moon de Milos Forman, on ne rit somme toute pas tant que cela devant Moi, Peter Sellers : passé le générique haut en couleurs, le film s’assombrit lentement, glissant de sketches en sketches vers une issue plus subtile.

Stephen Hopkins satisfait bien les cinéphiles par force mises en abîme de l’œuvre de Sellers : on s’amuse à croiser Clouseau, le docteur Folamour, et avec eux Blake Edwards (John Litgow) et Stanley Kubrick (Stanley Tucci)... La star du moment Charlize Theron laisse aussi indifférent que son personnage, Britt Eckland, l’une des femmes écervelées de Sellers ; au contraire, Emily Watson (jouant Anne Sellers, la première épouse) offre un relai de qualité au show irréprochable de Geoffrey Rush. Hopkins mêle gags et anecdotes, plus ou moins signifiantes, qui ensemble font de ce film très narratif un divertissement plutôt intelligent et varié, reposant sur une reconstitution historique plaisante ; mais c’est surtout la performance de Rush qui vaut à Moi, Peter Sellers d’être une réussite assez jolie.

Nicolas Cavaillès
(novembre 2004)

http://www.ocean-films.com/moipetersellers/