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Avec Jun Fubuki, Koji Yakusho, Tsuyoshi Kusanagi, Ittoku Kishibe,
Kitarou
I
see dead people
Quatre
ans après sa sortie au Japon, Séance
(“Korei”) sort en France, où les films
du très prolifique Kiyoshi Kurosawa et de
la nouvelle vague asiatique touchent un public de plus en plus vaste.
Adapté du roman de Marc McShane Seance on a wet afternoon,
Séance est un film d’horreur
dans la digne tradition du genre, un thriller fantastique, spiritiste,
dans lequel Kurosawa travaille tous ses thèmes favoris au
service d’une peur froide qui n’épargne pas le
spectateur.
Dans
la banlieue de Tokyo, un bruiteur (Koji Yakusho) et sa femme, médium
(Jun Fubuki), vivent une vie calme, jusqu’au jour où
la police, par l’intermédiaire d’un étudiant
en psychologie spécialiste des sciences occultes, fait appel
à ses talents de médium pour retrouver une fillette
qui a été enlevée. L’histoire est simple,
digne des films de série B et, de l’aveu de Kurosawa
lui-même, des films des années 1940 où le crime
ne paie pas ; mais l’interpénétration de l’horreur
et du fantastique, qui rattache le film autant à Massacre
à la tronçonneuse (l’hémoglobine
en moins) qu'à Ring, en fait une œuvre plus
qu’intriguante.
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Hallucinations
funèbres, jeux avec la vie, la mort et l’enfance,
apparitions et disparitions fantomatiques de figures féminines
aux longs cheveux noirs et au visage inivisible, selon une
esthétique proche des nouvelles d’Edgar Poe,
dans un décor toujours plus glacial et désertique...
Kurosawa maîtrise son projet cinématographique,
trouvant pour relais au visuel d’efficaces ressources
auditives : battements de cœur oppressé, maison
qui craque, cris lointains... Le jeu alternatif entre le quotidien
vulgaire, banal, d’un couple lambda, et des mystères
inquiétants, fonctionne parfaitement ; Kurosawa parvient
à lier l’ensemble en faisant découler
l’angoisse (l’incompréhensible) du tragique
même (le rapt, à visée d’abord purement
pécuniaire). |
C’est
Jun Fubuka, en épouse tourmentée et fragile, qui fait
le lien entre le monde plat et l’Au-delà. Actrice clef
de l’univers de Kurosawa, elle impressionne en médium
en manque de reconnaissance, en quête d’extraordinaire,
lassée par les plates histoires de revenants et l’anonymat,
voire le mépris qu’elle subit dans la société.
Koji Yakusho, autre acteur fétiche de Kurosawa, impeccable
dans le rôle d’un bruiteur (mise en abîme amusée
de la création cinématographique) que guette la folie,
signe un travail digne de sa belle filmographie (on l’a vu
dans Tampopo de Juza Itami, dans L’homme qui
dort, de Kohei Oguri, et surtout chez Imamura, dans L’anguille
ou De l’eau tiède sous un pont rouge).
Peut-être
moins inspiré que pour Kairo ou
pour Cure, Kurosawa
livre une enquête policière, psychologique et fantastique
de très bonne tenue. Tel l’étudiant qui délivre
toutes les clefs du film, le réalisateur fait montre de sa
connaissance de l’occulte et propose un travail autrement
plus profond que le Sixième sens de M. Night Shyamalan,
et, somme toute, autrement plus original : quand Night Shyamalan
s’abritait derrière un simple renversement structurel
(en tablant sur le pitoyable petit Haley Joel Osment et sur l’impassible
Bruce Willis), Kurosawa opère un bouleversement métaphysique
: la fillette enlevée devient vite insaisissable, coupables
et victimes vacillent chacun à leur tour - et le spectateur
de trembler...
Nicolas
Cavaillès
(avril 2004)

voir
aussi Cure et Charisma
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