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Comédie des comédiens
Sur une vaste
scène blanche entourée par le public, les sept comédiens
de la Companhia dos Actores, de Rio de Janeiro, font voler leur
mouette tchekhovienne, une mouette symbolique, humble et ludique,
explicitement frivole et subtilement enthousiasmante comme une litote…
C’est une machine à écrire, un sèche-cheveux,
une plante verte… Centrée sur les problèmes
du comédien, et de l’écrivain, cette adaptation
très libre de Tchekhov affiche ses doutes et ses désirs
théâtraux en reconstituant le bouillonnement créatif
d’une troupe envisageant de monter La Mouette
; le tout est d’une intelligence réjouissante, rafraîchissante
comme l’imbrication nonchalante des langues utilisées
(portugais, français, russe), chaleureuse comme le jeu mouvementé
de cette troupe où chacun s’essaie à plusieurs
personnages, habité moins par les répliques que par
les personnes, moins par la lettre que par l’esprit.
Annonces et
commentaires des actes, critique du jeu des uns et des autres, adresses
nombreuses au public – et partout la même question,
inspirée par la pièce de Tchekhov : comment jouer
l’échec ? Comment jouer, si tout jeu est un échec
? À cette interrogation entremêlant le travail de l’artiste
et sa vie, le dramaturge russe du XIXème siècle répondait
moins par la puissance de l’instant artistique (un instant
est une chose si fragile, si complexe, comme l’apprend à
ses dépens le jeune auteur dans La Mouette)
que par la douceur du souvenir : à travers l’art, nous
nous créons moins un présent qu’un passé.
Cela dit, comme il est rappelé dans le spectacle, la première
de La Mouette, il y a plus d’un
siècle, fut une expérience en soi, dépassant
immédiatement le théâtre en soi. En tous cas,
quant à ceux qui croient, par l’art, se créer
un avenir, qu’ils soient rêveurs ou ambitieux, naïfs
ou narcissiques, ils tombent inexorablement de haut.
Les problèmes
s’enchaînent : comment, alors, faire de ce sombre constat
sur l’art, miroir de l’existence, une « comédie
» ? Tchekhov lui-même a qualifié la Mouette de
« comédie » : ne se suicide-t-on pourtant pas,
à la fin, se demande l’une des belles comédiennes
de la Companhia dos Actores ? C’est par le truchement dynamique
de la sincérité que cette troupe brésilienne
tire son épingle du jeu : ils n’en savent pas plus
que nous, ils essaient, devant nous, avec nous, pour nous.
Nicolas
Cavaillès
(décembre
2007)

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