Seagull-play (La Mouette)
Enrique Diaz, Companhia dos Actores
TNP, 30 novembre et 1er décembre 2007

 

 


Comédie des comédiens

Sur une vaste scène blanche entourée par le public, les sept comédiens de la Companhia dos Actores, de Rio de Janeiro, font voler leur mouette tchekhovienne, une mouette symbolique, humble et ludique, explicitement frivole et subtilement enthousiasmante comme une litote… C’est une machine à écrire, un sèche-cheveux, une plante verte… Centrée sur les problèmes du comédien, et de l’écrivain, cette adaptation très libre de Tchekhov affiche ses doutes et ses désirs théâtraux en reconstituant le bouillonnement créatif d’une troupe envisageant de monter La Mouette ; le tout est d’une intelligence réjouissante, rafraîchissante comme l’imbrication nonchalante des langues utilisées (portugais, français, russe), chaleureuse comme le jeu mouvementé de cette troupe où chacun s’essaie à plusieurs personnages, habité moins par les répliques que par les personnes, moins par la lettre que par l’esprit.

Annonces et commentaires des actes, critique du jeu des uns et des autres, adresses nombreuses au public – et partout la même question, inspirée par la pièce de Tchekhov : comment jouer l’échec ? Comment jouer, si tout jeu est un échec ? À cette interrogation entremêlant le travail de l’artiste et sa vie, le dramaturge russe du XIXème siècle répondait moins par la puissance de l’instant artistique (un instant est une chose si fragile, si complexe, comme l’apprend à ses dépens le jeune auteur dans La Mouette) que par la douceur du souvenir : à travers l’art, nous nous créons moins un présent qu’un passé. Cela dit, comme il est rappelé dans le spectacle, la première de La Mouette, il y a plus d’un siècle, fut une expérience en soi, dépassant immédiatement le théâtre en soi. En tous cas, quant à ceux qui croient, par l’art, se créer un avenir, qu’ils soient rêveurs ou ambitieux, naïfs ou narcissiques, ils tombent inexorablement de haut.

Les problèmes s’enchaînent : comment, alors, faire de ce sombre constat sur l’art, miroir de l’existence, une « comédie » ? Tchekhov lui-même a qualifié la Mouette de « comédie » : ne se suicide-t-on pourtant pas, à la fin, se demande l’une des belles comédiennes de la Companhia dos Actores ? C’est par le truchement dynamique de la sincérité que cette troupe brésilienne tire son épingle du jeu : ils n’en savent pas plus que nous, ils essaient, devant nous, avec nous, pour nous.

Nicolas Cavaillès
(décembre 2007)

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