Napoli’s Walls
(ECM, 2003)

 

 

Louis Sclavis (clarinettes, saxophones), Vincent Courtois (violoncelle, instruments électroniques), Médéric Colignon (trompette de poche, chant, cor, percussions, instruments électronique), Hasse Poulsen (guitare)

Jusque là prophète à la fois dans son pays et dans l’Europe entière, notre instrumentiste, compositeur et arrangeur lyonnais, reconnu unanimement comme le plus inventif des clarinettistes de jazz actuel, se voit tresser des couronnes par l’un des critiques new-yorkais le plus écouté, Gary Giddins, qui écrit dans Village Voice du mois de mai de cette année :
"A cinquante ans, avec cinq CD à son actif chez ECM ces dix dernières années, Louis Sclavis est aujourd’hui un musicien phare, de plus en plus inclassable, du Jazz européen… son travail à la clarinette basse, en particulier, est ce qu’il y a de plus constamment impressionnant depuis celui d’Eric Dolphy… et, au sein de son cycle ECM, il ne s’est encore jamais répété…" Mazette !… Seuls jusqu’ici Django Reinhardt et Martial Solal avaient eu droit à autant de compliments venus d’outre-Atlantique.
Napoli’s Walls, est à la fois le nom de son nouveau quartette et celui d’un nouveau répertoire, ce disque se situant à la suite des projets majeurs déjà enregistrés chez ECM : L’affrontements des prétendants (1993) et Les Violences de Rameau (1995-96).
Parmi les dédicataires, outre le peintre et interventionniste Ernest-Pignon-Ernest (cet hommage : "en me laissant porter par ses images, en guettant la sueur des murs, j’ai voulu parler de Naples sans réalisme, ni folklore mais comme d’une ville de fiction"), Gesualdo, prince de Venosa et maître des madrigaux à cinq voix, le contrebassiste de jazz Charles Mingus, l’écrivain napolitain Erri De Luca (notamment prix Femina étranger 2002 pour son roman Montedidio), le producteur-chroniqueur de radio Daniel Mermet, auteur d’une fantastique série d’émissions sur Naples, le batteur Enzo Tedesco, les enfants… et le Vésuve.
Agencé comme une fresque, ce nouvel opus bigarré est conforme à « l’esprit Sclavis » : habile combinaison de folklore réel ou imaginaire, rythmes parfois rock, toujours jazz, influence « classique » ou musique française, séquences répétitives, et, inattendue, ambiance « techno » et «world music ».

De tout cela se dégage une intense poésie sonore aux perspectives kaléidoscopiques (de Gesualdo à l’opéra en passant les chansons napolitaines et les cris de rues) ; le choix et le talent de tous les participants n’y est pas étranger.
Hors normes, hors cote ; attention, pur chef d’œuvre.
Chaudement recommandé.

Jacques Chesnel
(octobre 2003)

Jacques Chesnel est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

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