La Science des rêves
Film franco-britannique de Michel Gondry (2005)
Avec Gabriel Garcia Bernal, Charlotte Gainsbourg
Alain Chabat et Emma de Caunes
Durée 1h45
Sortie nationale le 16 août 2006

 

 

L’art et la manière de rêver en couleurs

A cheval sur la frontière entre rêve et réalité, le premier film parisien de Michel Gondry est une merveille de divertissement.

Un roulement de batterie joué face à la caméra, et le film est lancé ! L’émission que tourne Stéphane, dans un petit studio équipé de façon très artisanale dans un coin de son appartement, définit d’entrée la règle du jeu. Ce bricoleur bourré d‘énergie, inventeur à l’imagination débordante, c’était sans doute, il y a 20 ans, Michel Gondry, as du clip formé au système D comme débrouille, ancien batteur, aujourd’hui l’un des cinéastes modernes les plus créatifs qui soient.

D’entrée, le présentateur touche-à-tout, musicien, réalisateur et philosophe explique à ses téléspectateurs (imaginaires?) la recette de son art. Tout est dans les ingrédients : les rêves, leurs origines, leurs évolutions et les idées qu’ils révèlent au cerveau humain. Ce mode de création original est suivi à la lettre par le cinéaste Gondry qui réalise une oeuvre éblouissante, véritable ravissement audiovisuel.

Pour conter les tracas d’un jeune artiste revenu du Mexique à Paris pour occuper un premier emploi d’illustrateur (Gabriel Garcia Bernal curieusement trilingue, comme l‘ensemble de la distribution d‘ailleurs), les figures de style se multiplient au fil d’une narration bavarde, à la première personne. Le savoir-faire du clip (à grands renforts d’une musique passable) et le goût prononcé pour l’animation à l’ancienne, mêlée au jeu des acteurs, s’expriment de mille manières. Renversements de décors, transformations surréalistes des lieux et des personnages, superbes compositions de couleurs, de formes mouvantes, objets, animaux, nuages… C’est une merveille pleine d’astuces, ultra vivante, qui revisite une jeunesse parisienne avec un brin de nostalgie.

L’action vire-volte principalement dans trois pièces, grâce à une excellente mise en scène des espaces. Elle suit le graphiste de sa petite chambre d’enfant (inchangée depuis plus de 10 ans) jusqu’au bureau de son employeur, un fabricant de calendriers, en passant chez Stéphanie, la voisine de palier, une jeune artiste aux idées contiguës (Charlotte Gainsbourg, forcément mignonne). Le boulot s’avérant très vite décevant, La Science des rêves a pour thème l’amour, ou l’amitié, magnifié par la création, le jeu enfantin et le pouvoir de l’imagination.
L’intrigue devient vite un lumineux labyrinthe en développant surtout l’interpénétration entre rêve et réalité. En dehors d’un Paris très bien montré sous un regard neuf et connaisseur, l’histoire est transportée en des endroits fabuleux, de mystérieux coins de nature qui servent de refuges imaginaires au héros fuyant notamment le milieu professionnel — à savourer tout particulièrement, la satire du travail de bureau en PME (avec encore un second rôle réussi pour Alain Chabat, en collègue lourdaud).

Les synapses débridées, le récit se place à un niveau égocentrique, cérébral, mais aussi très ludique. Rêveur intense, le timide Stéphane en vient à ne plus savoir quand il est éveillé. Ses déclarations d’amour maladroites, glissées sous la porte, ont-elles vraiment eu lieu? Comment distinguer entre la complicité, la collaboration, la complémentarité, la compassion ?… La relation parfaite, rêvée, n’existe pas, à la différence de la joie réelle de changer le monde par la création (symbolisée par un poney mécanique galopant). Comme dans ce rêve d’enfance où les mains deviennent géantes au bout des bras, l’envie de créer et d’aimer passionnément n‘a simplement pas de mesure.

L’adolescence de l’art

Le rapport aux images et aux sons paraît même une source intarissable de plaisirs, baignée d’une aura de bienveillance. Ainsi, excitées comme des puces, Stéphanie et sa copine Zoé (Emma de Caunes, craquante) appellent leur voisin en pleine nuit pour lui demander la démonstration d’autres illusions d’optique… De cette magie (audio)visuelle, les spectateurs vont sûrement en redemander aussi à Michel Gondry. Pour son premier scénario, et son premier film parisien, « l’enfant prodige », le wizkid (contraction de wizard et de kid) originaire de Versailles reprend de nombreux éléments de ses précédents ouvrages (deux longs métrages de fiction tournés aux Etats-Unis et tant de clips) pour signer un film touchant, sincère et personnel. La Science des rêves est une œuvre de jeunesse. Nostalgie du plein épanouissement artistique, de la poursuite romantique d‘un certain idéal de compagne, recherche anxieuse du bonheur de créer des images, on est à l’opposé du précédent film de Michel Gondry, un documentaire, juste pour le plaisir, sur une fête de quartier un été à Brooklyn (Dave Chappelle‘s Block Party, 2005, inédit en France) .

François Cavaillès
(juillet 2006)

http://www.lasciencedesreves-lefilm.com/accueil.htm