Essai sur les femmes
Mille et une nuits, 2005

 

Chercher la mère…

Petit aperçu non-exhaustif : «Les femmes n’ont ni le sentiment, ni l’intelligence de la musique, pas plus que de la poésie ou des arts plastiques ; ce n’est chez elles que pure singerie, pur prétexte, pure affectation exploitée par leur désir de plaire.» ; «la dissimulation est innée chez la femme…» ; «les femmes restent toute leur vie de vrais enfants…».

Enfin, pour le plaisir : «Le seul aspect de la femme révèle qu’elle n’est destinée ni au grands travaux de l’intelligence, ni aux grands travaux matériels. (…) elle doit obéir à l’homme, être une compagne patiente… » ; et de réduire la femme à sa fonction et sa finalité biologiques, auquelles nulle ne peut résister...
La mauvaise foi de l’auteur n’ayant d’égal que son mépris, ce pamphlet anachronique vaut-il que l’on s’y attarde ? Mieux vaut voir là une curiosité, une diatribe plus revancharde que sérieuse, certainement moins audacieuse que ridicule et dont on rira volontiers – en dépit de son habile et sophistique dénonciation du mariage et de sa défense de la polygamie… reposant en grande partie sur des constats a priori biaisés.

Pour contrebalancer l'ensemble, la postface de Didier Raymond nous éclaire sur la misogynie du pamphlet en le contextualisant et en montrant comment la férocité obtuse de l'homme Schopenhauer repose directement sur les difficultés affectives et sexuelles qu'il connaissait et sur son incapacité à résoudre le conflit qui l’opposait à sa mère et aux femmes en général : en voulant faire croire que ses affirmations et ses propositions sont fondées et pour leur donner du crédit, il ne cesse de s’abriter derrière une rhétorique creuse et use de son fameux concept du Vouloir-vivre («toute la physiologie de la femme répond au désir du Vouloir-vivre. La Volonté et le corps ne font qu’un» écrit Didier Raymond), alors que son texte n’est que le reflet d’une époque et d’un homme singulier, et ne saurait donc être pris comme universel et intemporel ; en réalité, en faisant de la femme son «ennemie personnelle» et, sous couvert de métaphysique, en légitimant sa rancune et ses frustrations individuelles, le philosophe se montre ici ni plus ni moins phallocrate que bon nombre de ses contemporains, soucieux d’asseoir et de protéger leur position dominatrice, en des temps où les désirs féminins d’émancipation ne cessaient de prendre de l’ampleur. Il reste que ce texte anecdotique témoigne de la souffrance psychique de Schopenhauer le pessimiste et, dans ce cadre strict, fait office de réglement de compte — on lui préfèrera, dans la même collection, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges, un ouvrage visionnaire et 'révolutionnaire' qui lui n'a rien perdu de son humanisme ferme et vigoureux.

Blandine Longre
(février 2005)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

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