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la mère…
Petit aperçu
non-exhaustif : «Les femmes n’ont ni le sentiment,
ni l’intelligence de la musique, pas plus que de la poésie
ou des arts plastiques ; ce n’est chez elles que pure singerie,
pur prétexte, pure affectation exploitée par leur
désir de plaire.» ; «la dissimulation
est innée chez la femme…» ; «les
femmes restent toute leur vie de vrais enfants…».
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Enfin, pour le plaisir : «Le seul aspect de la femme
révèle qu’elle n’est destinée
ni au grands travaux de l’intelligence, ni aux grands
travaux matériels. (…) elle doit obéir à
l’homme, être une compagne patiente… »
; et de réduire la femme à sa fonction et sa finalité
biologiques, auquelles nulle ne peut résister...
La mauvaise foi de l’auteur n’ayant d’égal
que son mépris, ce pamphlet anachronique vaut-il que
l’on s’y attarde ? Mieux vaut voir là une
curiosité, une diatribe plus revancharde que sérieuse,
certainement moins audacieuse que ridicule et dont on rira volontiers
– en dépit de son habile et sophistique dénonciation
du mariage et de sa défense de la polygamie… reposant
en grande partie sur des constats a priori biaisés. |
Pour contrebalancer
l'ensemble, la postface de Didier Raymond nous éclaire sur
la misogynie du pamphlet en le contextualisant et en montrant comment
la férocité obtuse de l'homme Schopenhauer repose
directement sur les difficultés affectives et sexuelles qu'il
connaissait et sur son incapacité à résoudre
le conflit qui l’opposait à sa mère et aux femmes
en général : en voulant faire croire que ses affirmations
et ses propositions sont fondées et pour leur donner du crédit,
il ne cesse de s’abriter derrière une rhétorique
creuse et use de son fameux concept du Vouloir-vivre («toute
la physiologie de la femme répond au désir du Vouloir-vivre.
La Volonté et le corps ne font qu’un» écrit
Didier Raymond), alors que son texte n’est que le reflet d’une
époque et d’un homme singulier, et ne saurait donc
être pris comme universel et intemporel ; en réalité,
en faisant de la femme son «ennemie personnelle»
et, sous couvert de métaphysique, en légitimant sa
rancune et ses frustrations individuelles, le philosophe se montre
ici ni plus ni moins phallocrate que bon nombre de ses contemporains,
soucieux d’asseoir et de protéger leur position dominatrice,
en des temps où les désirs féminins d’émancipation
ne cessaient de prendre de l’ampleur. Il reste que ce texte
anecdotique témoigne de la souffrance psychique de Schopenhauer
le pessimiste et, dans ce cadre strict, fait office de réglement
de compte — on lui préfèrera, dans la même
collection, la Déclaration des droits de la femme
et de la citoyenne d'Olympe
de Gouges, un ouvrage visionnaire et 'révolutionnaire'
qui lui n'a rien perdu de son humanisme ferme et vigoureux.
Blandine
Longre
(février 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

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