Dans la peau d’un acteur
de Simon Callow

traduit de l'anglais par Gisèle Joly
Éditions espaces 34, 2006

 

 

Un ABC du théâtre

« C’est un livre d’observation, en grande partie d’auto observation, je l’avoue. (…) fondé sur la conviction que le théâtre et le jeu de l’acteur sont au centre de notre situation d’êtres humains et éclairent bien plus que leurs seuls domaines », confie Simon Callow en préface de Dans la peau d’un acteur. Ce nom ne vous dit rien ? Pourtant vous n’avez pu oublier son personnage de Gareth dans Quatre mariages et un enterrement… C’est bien lui qu’on enterre, les larmes aux yeux !
Voici enfin la traduction française de son livre — guide, manifeste, autobiographie —, acclamé dès sa parution en 1984 dans les pays de langue anglaise et devenu depuis une référence incontournable, tant pour les acteurs que pour les mordus de 7e art.

Simon Callow retrace d’abord son parcours de jeune acteur dans les années 1970-80, années fondatrices faites de blocages, de déblocages, d’échecs et de révélations — « Il est, à ma connaissance, impossible d’apprendre des mots : ce qu’on apprend, ce sont les modèles de pensée du personnage, dont les mots sont l’expression inévitable. » De son job au triage du courrier à l’Old Vic Theatre dirigé par Laurence Olivier au rôle titre de Mozart sur la scène du Royal National Theatre, l’acteur se raconte et sa plume mordante nous transporte au cœur même du théâtre, de ses codes et ses rituels.

La seconde partie, née d’une lettre au dramaturge Edward Bond, permet de toucher à « la réalité des coulisses », à savoir le métier d’acteur en pratique, au jour le jour. Guide désopilant à l’adresse des apprentis acteurs, qui s’ouvre sur le mot « chômage », se referme sur un constat impitoyable du théâtre anglais actuel, en passant par un manifeste contre l’empire des metteurs en scène qui menacent œuvres et acteurs, et où il appelle son « peuple colonisé (…) dépouillé de toute initiative et responsabilité » à reprendre ses droits, quitte à subir les revers d’une « post-colonisation » !

Réflexion qui s’étoffe dans la dernière partie, avec le recul des années (20 ans après) où l’homme, fort d’un parcours inégalé — rares sont les comédiens qui réussissent à passer du théâtre à l’écran, encore plus rares ceux qui cumulent les casquettes d’acteur, auteur, réalisateur ! —, livre son opinion sur les dérives du théâtre, qui, selon lui, s’est éloigné des spectateurs — « au théâtre, le public est tout ; faire qu’il comprenne, soit satisfait, se divertisse, s’instruise, se transcende, voilà tout le but de notre travail. » — et d’en rappeler sa raison d’être : « unir un groupe d’êtres humains pour la durée d’une soirée ou d’un après-midi afin de leur remettre en mémoire ce sens de la communauté par ailleurs mort et oublié, masser l’imagination fatiguée pour la ranimer, et célébrer sous la forme vivante des acteurs eux-mêmes les possibilités d’être un humain ».

Vivifiant et inspirant.

Maïa Brami
(octobre 2006)

Née en 1976, Maïa Brami est écrivain — pour petits, moyens et grands! — et journaliste. En parallèle aux ateliers d'écriture dans les écoles et lycées, elle anime une chronique hebdomadaire sur la littérature Jeunesse dans l'émission Au fil des pages, diffusée sur les ondes de RCF. Après un premier roman, Vis ta vie Nina (Grasset Jeunesse, Prix Chronos 2002) elle a reçu en juin 2005 le Prix Matti Chiva de l'Institut Danone pour un album, Goûte au moins! (éditions Circonflexe). Derniers titres paru : Mon arbre ami illustré par Ingrid Monchy (Les albums Duculot, Casterman, 2005), un roman, Norma (Folies d'Encre, 2006), En rentrant de l'école (Grasset jeunesse, 2006)...

 

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