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Intraduisible
littéralement, le terme portugais « Saudade » pourrait désigner
en français un tendre regret, un peu de nostalgie ou le doux
souvenir d'une personne absente. L'oxymore « Saudade do futuro »,
titre du documentaire de Marie-Clémence et Cesar Paes, joue
donc sur le paradoxe. Paradoxes de la mégapole brésilienne
São Paulo, et de ses 16 millions d'âmes. Plus particulièrement,
le film se penche sur le sort des migrants Nordestins venus vivre
dans le sud du pays pour fuir la sécheresse du Nordeste et
faire fortune.
Entre tradition
et modernité, masures archaïques et buildings rutilants,
Sao Paulo pousse ses tentacules de béton et de bitume jusque
sur les hauteurs de collines encore boisées. De nombreux
panoramiques aériens, ou bien pris du haut d'un immeuble,
nous dévoilent un développement urbain anarchique
et démesuré. Métros, gares ou périphériques
sont autant de fourmilières où viennent s'entrechoquer
corps de chair et corps d'acier.
Au pied du
colosse, on découvre alors quelques existences singulières :
un homme de radio, une femme chauffeur de taxi, deux jeunes filles,
le directeur d'une artothèque…tous issus du Nordeste. Leurs
récits, fragmentés et montés en parallèle,
sont rythmés par les joutes chantées des « repentistas ».
Ces véritables troubadours improvisent rimes et vers en s'inspirant
de la réalité immédiate qui entoure leurs auditeurs.
Leur gouaille et leur sens de la répartie rendent ces « duels »
savoureux (même si les cinéastes finissent par abuser
de ces séquences).
Bien filmé,
jamais ennuyeux, traversé par des personnages cocasses, Saudade,
malheureusement, reste à la surface des choses et des êtres :
la parole donnée à un habitant lui est aussitôt
retirée ou est bientôt coupée par d'autres séquences.
De plus, le documentaire a tendance à s'épancher sur
les clichés liés au Brésil : de jolies filles,
l'omniprésence de la musique et de la danse, le gigantisme,…sans
creuser plus avant. Dommage !
Jean-Emmanuel
Denave

http://www.saudadedofuturo.com
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