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Dans
le blanc des Confessions : un XVIIIe siècle en rose
et en noir
Une bonne idée
de départ : partir du personnage du frère aîné
de Jean-Jacques Rousseau, de dix ans plus âgé que lui,
et remplir les blancs de sa vie dont Rousseau ne nous dit pas grand-chose,
sinon qu’il vira libertin et qu’on n’en eut vite
plus de nouvelles.
Le récit suit la vie de Rousseau, de ses années genevoises
à son voyage vers Paris, de son emploi d’apprenti horloger
à celui de fabricant d’automates (l’histoire
est plus complexe encore, mais on abrège), de son séjour
à la Bastille (où il rencontre Sade) à sa vie
de héros de la révolution (le vieillard de la Bastille,
c’est lui), d’homme à tout faire d’une
maison close (de luxe) et de soutien à la cause des femmes
(ou du moins de celle qui prend cette cause en main).
Tout cela est très bien écrit et l’on entend
souvent un rythme et des tonalités proches de la prose de
Jean-Jacques, même si le dernier mot du texte est laissé
semble-t-il à Diderot à travers la dernière
phrase du Neveu de Rameau (« rira bien qui rira
le dernier »). Le fait de survivre à son cadet
et sa position d’aîné permettent effectivement
au personnage de regarder de haut son jeune frère (ce qui
fonctionne très bien pendant les années de Genève
où l’enfance de Jean-Jacques Rousseau est vue de biais
de façon tout à fait intéressante et convaincante).
Cela gêne davantage lorsque la révolution venue, on
assigne aux idées de celui-ci un rôle déterminant
et assez catastrophique (certes, nous dit le frère, ces idées
ont été mal comprises et mal maîtrisées
dans leurs effets, mais la vision qu’il nous propose des événements
est assez étroite).
L’aîné a la vie bien chevillée au corps
puisqu’il est encore vert dans les années 1790. La
narration de sa vie, faite à la première personne,
nous permet d’assister à de nombreuses scènes
savoureuses et variées : la rencontre d’un homme éclairé,
les dangers des grands chemins, la vie d’un cercle libertin,
les escroqueries scientifiques du temps, les rites d’une maison
close, etc. Plus qu’un « roman », au sens où
on l’entend banalement (c'est-à-dire la création
d’un personnage auquel on croit et à travers lequel
on vit), il s’agit ici d’une succession d’échappées
vers un XVIIIe siècle décliné sous diverses
perspectives.
Un roman picaresque moderne en somme, qui nous livre un point de
vue sur ce temps, point de vue très partiel et partial d’un
homme tiré de l’ombre des Confessions
qui nous livre les siennes sans retenue aucune (ah, si Jean-Jacques
avait été ce libertin …).
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(novembre 2006)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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